BAY DE A à Z

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"C"

 COMME COUCHER DE SOLEIL 

Chez lui, la lumière ne vient jamais donner des informations temporelles, et à un coucher de soleil peut se succéder une scène en plein jour ou de nuit presque indifféremment. Les variations sont à relier aux nécessités de l'action ou à la vision sur le personnage avant tout et il n’y a pas d'autre cohérence à chercher. La succession des couchers de soleil dans Bad Boys sert avant tout à l'iconisation des personnages, l'orange venant remplacer le fond explosif de l'affiche.

 

Que Michael Bay ait participé à construire cette esthétique pour le monde de la pub n'empêche pas que beaucoup de ces images évoquant plus directement un certain conformisme issu du marketing, qu'un style du cinéaste. Tout a l'air factice : le ciel est trop bleu, les couleurs trop flashy. Tout semble devoir être mis en valeur à coup de reflets, filtres, néons... Même si cet aspect ultra saturé est sa marque de fabrique depuis ses premiers spots, son approche de la lumière a tant été nourrie, puis imitée par les affichistes et clippeurs qu'elle semble souvent totalement clichée et impersonnelle. Une des dernières séquences de Pain & Gain  est assez étonnante, vu qu'elle constitue un commentaire presque explicite sur la météo dans le cinéma de Michael Bay. Alors qu’ils sont assis sur un fronton, le personnage campé par Ed Harris discute avec sa femme en regardant la vue. A sa remarque sa femme lui répond :

 

(ATTENTION SPOILER la séquence qui va suivre dévoile la fin du film)

Bay nous montre alors la vue qui se présente devant nos personnages : on suppose alors qu'au moment de nous montrer les belles choses, Bay va nous proposer un plan over the top, un coucher de soleil spectaculaire. Il nous propose le contraire : le ciel est pas très beau, les nuages transparents, les immeubles au fond de l'image un peu moches, et le tout a un aspect assez terne, encore plus en comparaison avec ce que l'on a vu de la ville de Miami pendant plus de deux heures. Cette image constitue avec d'autres une des propositions contraires explicites du film.

 

Celui-ci est composé de plan bling bling, ultra saturés, avec des angles bizarres et des mouvements d'appareil de partout : on assiste au cinéma dopé habituel de Bay. Sauf que Pain and Gain traite explicitement de dopage et ce plan vient interroger l'aspect insatisfait du cinéma de Bay, qui n'arrive pas à se rassasier d'un simple ciel, mais doit toujours proposer plus d'actions, plus de lumières et compenser le réel.

 

Cette mutation était déjà perceptible dans l'introduction de The Island, dans laquelle on voyait un rêve constitué d'images publicitaires se consumer à force de surexposition avant de se noyer dans l'océan. De plus en plus, il faut se méfier des endroits trop lumineux chez Bay.

 

Ça cache forcément quelque chose.

« Un jour, il est sorti de sa caravane et nous a dit  « Est ce que vous pouvez sortir une minute ? On est venu et il a pointé son doigt vers le ciel et nous a dit « Vous avez vu ce putain de ciel orangé. Quand c'est fini, la scène doit être shootée. Donc je me fous de ce que vous allez dire, mais faites attention à le dire dans mon plan ».

 

Will Smith, à propos du tournage de Bad Boys

"C" COMME COUCHER DE SOLEIL

Comme nous le voyons dans cette citation, Michael Bay semble accorder une grande importance à la lumière naturelle pour donner un aspect concret à ses images, tout comme il souhaite nous faire ressentir concrètement le mouvement lors de ses scènes de poursuites en voitures. Michael Bay l'affirme très clairement : il a tourné Bad Boys à Miami avant tout pour des raisons de luminosité et d'ambiance de la ville, car il y retrouvait les couleurs saturées qui avaient fait le sel de son esthétique. C'est le paradoxe de l'approche de la lumière et/ou du concret chez Bay : il ne veut du réel que pour proposer « plus gros et plus beau que du réel ». Mais il y a néanmoins toujours du réel derrière : bien plus que de fabriquer un décor en studio, Bay affectionne de trouver des lieux réels à investir comme le prouve ses tournages à San Francisco, Chicago ou Miami. En revoyant Bad Boys aujourd'hui, on ne peut qu'être frappé par le fait que le film soit quasi intégralement orange. Comme s'il se déroulait quasi exclusivement pendant des couchers de soleil, comme dans ses publicités ou clips de l'époque. La lumière dévore les corps, elle semble tout filtrer, elle donne tout à voir de façon ultra saturée... On pense aussi à la collection d'images d'hélicos sur fond de coucher de soleil, image récurrente que l'on retrouve de film en film comme une résurgence de Top Gun mêlée à l'esthétique crépusculaire de Bigelow, entre l'enfer cool de Miami  (Bad Boys) et l'apocalypse de Chicago (Transformers Dark Of The Moon). 

"De plus en plus, il faut se méfier des endroits trop lumineux chez Bay : ça cache forcément quelque chose."