BAY DE A à Z

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"D"

 COMME DÉCOUPAGE 

"Ce que j'aime dans les comédies musicales, c'est que c'est un genre où l'on brise les règles du montage... Les vieilles règles qui nous disent de couper tel plan avec tel plan. Et ce que l'on ne peut pas monter ensemble... C'est une chose que les comédies musicales et les films d'action ont en commun."

"Dans les comédies musicales, le public accpete plus facilement qu'on utilise des points de vues très spécifiques et divers. Les spectateurs comprennent que le monde que l'on cherche à représenter n'et pas vraiment le « vrai monde ». Ça marche aussi pour les films d'action."

 

Michael Bay

"Il avoue n'avoir jamais voulu apprendre le montage et que cette partie technique ne l'intéresse absolument pas"

"D" COMME DÉCOUPAGE

Chez Michael Bay, la caméra peut se situer n'importe où, n'importe quand, avec parfois un sens de « l’abstraction » empêchant toute représentation de la scène. Cette folie des points de vue tient avant tout au fait que chacune des séquences des films du réalisateur est envisagée comme une mini séquence chorégraphique indépendante. Si son style a souvent été associé au montage de ses séquences, le réalisateur a un rapport très particulier avec les editing room. Il avoue n'avoir jamais voulu apprendre le montage et que cette partie technique ne l'intéresse absolument pas. S'il est présent tous les jours, parfois en visioconférence, il ne souhaite voir que des premiers jets de ses monteurs dans lequel il ne vient que pour faire le travail correctif, de façon parfois un peu violente. Car Michael Bay travaille fréquemment avec des équipes de monteurs depuis Armageddon, avec chacun à sa charge des séquences spécifiques.

Bay admet aussi ne jamais véritablement travailler la globalité des films, mais de travailler séquence par séquence, en les traitant comme autant de mini-films à optimiser qui auraient quasiment leur indépendance. La vision globale est « dans sa tête » et les monteurs sont là pour optimiser chacune des séquences. Il n’y a pas de monteur « spécifique » à rattacher au style « Bay », mais une équipe de collaborateurs réguliers, comprenant le collaborateur de Cameron et Verhoeven, Mark Goldblatt (Armageddon, Pearl Harbor, Bad Boys II), puis une équipe qui le suit de film en film composé notamment de Roger Barton (Pearl Harbor, Bad Boys II, Transformers 2,3,4), Tom Muldoon (Bad Boys II, Transformers 1,2, Pain & Gain)  et Paul Rubell (The Island, Transformers 1, 2, 4) pour les plus récurrents.

 

Si Michael Bay affectionne cette méthode de travail, c'est qu'il tourne énormément de prises différentes : près de 70 plans sont livrés chaque jour. Beaucoup de séquences vont être truquées en post production et demandent donc de devoir anticiper et imaginer certaines actions, particulièrement pour la saga Transformers. Le réalisateur travaille quasiment autant avec les artistes SFX, dès la préproduction pour concevoir et penser le montage des scènes à tourner. S'il n'aime pas les prévisualisations définitives et reste attaché au tournage en réel, il est de plus en plus amené à penser le montage au préalable. A faire des compromis entre « ce qui est improvisé sur le plateau et ce qui a été préparé », mais aussi de ce qu'il est possible de faire en post production, où peuvent aussi surgir des idées de dernières minutes. Il peut y avoir près de 70 versions de chacune des séquences SFX, suite à ses diverses exaspérations. Les montages des films de Michael Bay peuvent ainsi durer plusieurs dizaines de mois afin de permettre à l'ensemble des interlocuteurs et intervenants de pouvoir assembler les pièces de leur travail validé par ses soins. Qui a cette tendance à énormément segmenter le travail de ses monteurs comme il le dit lui-même :

 

"Il n'y a pas un monteur qui est bon pour tout. Paul est le meilleur monteur pour tous les aspects narratifs. Glen c'est le meilleur pour l'action. Tom est le meilleur pour obtenir un bon timing pour l'humour."

L'hétérogénéité des films de Bay tient avant tout à cet aspect de la fabrication des films. Ce n'est probablement pas un hasard si le réalisateur a très vite affectionné des films construits « en épisodes », avec tout que ça pouvait amener comme sentiment de dispersion voire de confusion assumées. Chez lui, on change de personnages et de lieux à quasiment toutes les séquences et les enjeux ne durent que le temps que l'action se déroule. Et l'action ne dure que si elle est structurée en épisodes assez différents pour que leur succession soit « intéressante », dans une logique bigger and louder. Entre chaque séquence sont parfois insérées des liaisons n'ayant pas grand-chose à voir avec l'action (des hélicoptères volant sur un coucher de soleil, par exemple) qui ajoutent encore plus au sentiment d'assister à un film composé de vignettes.

 

C'est justement en se rapprochant de modèle sériel que Bay va arriver à donner forme à ses derniers films. JJ Abrams, qui travaille autour de dynamiques pas si différentes était d'ailleurs le scénariste d'Armageddon, une des narrations les plus efficaces de Bay. Cette structure « en épisode » sera aussi très présente dans les Transformers, jusqu'au troisième volet dans lequel ce  sera pleinement assumé. Transformers Dark of the Moon semble d'ailleurs à de nombreux moments compenser les défauts du cinéaste ou du moins d'arriver à leur donner une certaine intensité. Une ellipse folle viendra nous faire passer dans un mode apocalyptique en trois quatre plans dans une séquence d'une efficacité et d'une sécheresse exemplaire. Certains moments, effectivement complètement indépendants, viennent s'enchâsser. Comme de force dans le récit avec une énorme brutalité, à l'image de ce montage très rapide et allusif de l'arrivée d'un robot dans une maison familiale et du massacre « supposé ». 

 

Tout cela présenté qu'au travers de courts fragments :

On n'est encore là pas loin de ce qu'aurait pu proposer un JJ Abrams, dans une version hystérique et ultra rapide. Plus globalement, c'est toute la saga Transformers qui est structurée en épisode, avec l'introduction historique, la première séquence d'action... Chaque séquence est de surcroit encadrée de plans purement iconographique présentant les héros dans des positions mettant en valeur leurs étapes en autant de vignettes symboliques. Aidé par une deuxième partie en mode "mission commando" où tout le monde se perd et se retrouve. 

 

Il s'agissait probablement de sa meilleure tentative de narration depuis le très classique Armageddon et l'efficace The Rock.