BAY DE A à Z

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"E"

 COMME EXPLOSION 

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"E" COMME EXPLOSION

Le cinéma de Michael Bay est devenu le représentant absolu du cinéma qui considère que le summum du spectaculaire est de tout faire exploser. C'est par exemple le cas d'Armageddon, ou il n'y a quasiment parmi les décors construits pour le film que celui de la NASA qui ne finit pas en cendres. Dans ses premiers films, il semble même que c'est la seule solution à toute situation de conflit. S'il paraît logique que l'un des poursuivants finisse par exploser pour résoudre la situation dans le cadre d'une course de voitures, le procédé est souvent applicable à la quasi-totalité des scènes cherchant à provoquer de la tension. Les quelques scènes voyant des groupes ou des individualités se confronter (la confrontation des commandos ou le schisme final des militaires de The Rock) sont expédiées en quelques instants le temps d'une centaine d'explosion. Ce n'est pas tant que Bay ne sait pas faire monter la tension, mais au contraire, dès qu'il s'agit de filmer l'action, on arrive dans un pur délire de surenchère. La multiplication des points de vue entraine des explosions, dans une logique de liquidation qui fait que beaucoup des scènes d'action peinent à excéder les deux minutes. L'explosion survient comme quelque chose qui s'impose, par ou contre les personnages et qui plonge tout le monde dans une immédiateté où plus rien n'est perceptible qu'en gestes, mouvements, pyrotechnie. On évoque beaucoup la comédie musicale, notamment West Side Story pour représenter la volonté chorégraphique du réalisateur de Bad Boys, on pourrait élargir cela en considérant que Bay se place dans une tradition d'abstraction volontaire par le montage, où c'est avant tout des formes, des directions, du rythme, des raccords qui guident la narration. Dans ses premiers films, il est vrai que cela se faisait souvent au détriment de toute cohérence spatiale et avec des solutions de facilité un peu grossières :

La séquence des météorites à New York d'Armageddon a souvent été commentée pour évoquer comment le réalisateur ne pense pas l'espace et mise tout sur l'effet. L'immédiateté  est souvent saisie de façon peu imaginative, au travers de la répétition des mêmes plans sous un axe légèrement différent, de points de vue impossibles et omniscients, de la multiplication d'explosions et de plans cherchant à relier les personnages par des purs effets de mouvement. Par exemple, dans la séquence d'Armageddon, après l'explosion de la gare, Bay semble faire un raccord à l'extérieur de la gare qui se révèle finalement être située complètement ailleurs : on retrouve le personnage qui a ouvert la séquence. On a le sentiment de simultanéité, le mouvement des explosions se propage de plus en plus, dans tous les sens, avec des gens courant partout et se faisant rattraper inexorablement par les explosions qui ont lieu au fond du cadre. Ce qui est foncièrement gênant dans la séquence, c'est qu'elle semble dirigée par des mouvements contraires qui peinent à s'accorder. Dans The Rock, les tensions psychologiques ont du mal à être canalisées par autre chose que des explosions et la destruction d'un quartier d'Armageddon impose une vision spatiale fragmentée dont Bay ne sait que faire. Il mise tout sur la surenchère : il n'y aura pas une, mais des dizaines de météorites pour animer ses plans. Cette surenchère, c'est surtout à partir de Bad Boys II que le réalisateur va la penser au travers de dispositifs spécifiquement adaptés à son style, comme la séquence de poursuite en voitures d'une dizaine de minutes évoquée dans l'article automobile. Bay va développer tout un art de la chorégraphie accidentée, dans lequel on ne cesse de tomber (la séquence "Uncharted" de Transformers Age of Extinction ou de l'immeuble de Transformers Dark Of The Moon) ou de recevoir des objets, emportés dans une espèce de grand mouvement englobant (Shockwave et l'immeuble s'écroulant en étant la meilleure représentation à ce jour). Cette séquence de l'immeuble qui s'effondre arrive à réunir cette idée du dérapage infini (dans les étages, sur la façade et ainsi de suite) comme la perspective des explosions rageuses incessantes dans un même moment d'action.

"La séquence des météorites à New York d'Armageddon a souvent été commentée pour évoquer comment Bay ne pense pas l'espace et mise tout sur l'effet"