BAY DE A à Z

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"F"

 COMME FEMME 

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On peut y voir le summum de la misogynie, mais aussi le strict contraire. Les hommes suscitent un plan d'une grande tristesse visuelle comparé à l'ensemble de l'imagerie déployée par les mannequins féminins. On pourrait dire des mannequins masculins qu’ils sont imposants bien qu'ils ne bougent pas, mais ils ont plutôt l'air mal à l'aise en simili loubards. Ils ne savent pas vendre les objets, les mettre en valeur. Dans le cadre d'une pub de vêtement, dans l'univers de Bay, ils sont clairement en inégalité : de temps, de mouvement, de valorisation. Si le réalisateur envisage la femme comme un mannequin juste bon pour défiler, l'homme n'est, à ce jeu, pas même bon pour un seul plan, ne serait-ce que pour jouer au dur. Ce qui va par contre gêner, c'est le fait que Bay va par la suite ne réserver ce type de plans qu’aux femmes, là où les hommes vont pouvoir être autrement iconisés et pris au sérieux. Megan Fox, dès sa première apparition dans la saga Transformers est devenue le symbole de cette façon de faire poser les femmes de manière lascive dans chaque plan, comme si, même quand elles s'y connaîtraient en mécanique, on ne devait se "régler" que sur les vidéos Victoria's Secret, Playboy et les pubs pour vêtements comme seul modèle pour les observer.

 

Ce goût du retors, parfois teinté d'un véritable cynisme, qui faisait le sel de ses publicités, a très longtemps été absent de son cinéma, mais semble depuis Bad Boys II être revenu en force. Déjà, dans ce dernier, Gabrielle Union était présentée explicitement comme une femme choisie par des hommes pour jouer un rôle parce qu'elle portait bien le bikini. Et elle jouait véritablement un rôle, du moins autant qu'on le pouvait dans Bad Boys II, loin du cliché de la fille à sauver, et pas plus « action woman surentrainée » ; il s'agissait du personnage féminin le plus intéressant de son cinéma jusque-là. Mais c'est surtout dans la saga des Transformers que cela va culminer, et que le Californien va s'attirer les foudres de beaucoup de commentateurs qui iront jusqu'à parler de viol pour évoquer le premier plan de Rosie dans Transformers Dark Of The Moon.

On retrouve la proposition cynique sur la fille embauchée uniquement pour ses fesses et, d’ailleurs, combien de critiques s’en étaient pris au réalisateur sur le fait qu’il ne l’avait choisie que pour ses qualités plastiques, la réduisant à une paire de nichons et un "cul sur pattes", tout juste bonne à défiler pour de la lingerie, mais pas assez digne pour le cinéma ? Si Rosie Huntington-Whiteley a effectivement été choisie pour son joli derrière dans la vraie vie, c'est aussi le cas pour son rôle dans le film car c'est avant tout le héros jaloux et le patron qui font d'elle un objet. Un des petits gestes d'humour du film vient parachever cette idée lorsque Patrick Dempsey évoque le physique de la damoiselle à travers la métaphore d'une voiture. Entre les deux hommes, il y a une dispute au sujet de ce « joli cul » primaire qui devient, à travers les yeux des deux mâles, un objet de dispute, et dont l’un et l’autre cherchent à s'assurer la possession.

 

Cete façon de faire serait complètement cynique et désagréable si Rosie Huntington-Whiteley n'avait pas le droit à une scène totalement démente, son personnage s'amusant à "joliment" semer le trouble dans le camp ennemi :

"F" COMME FEMME

L'un des reproches les plus récurrents faits à l'encontre du cinéma de Michael Bay porte sur sa misogynie supposée et sa façon de constamment traiter le corps de la femme comme un objet de désir, avec toute son imagerie associée. Il n'y aurait pour ses actrices que deux rôles possibles : la femme dévouée ou la fille lascive en bikini. Et effectivement, il faut reconnaître que, de Bad Boys à Transformers, l'image de la femme dans ses films est caricaturale. Soit la figure féminine est uniquement dédiée à l'émotionnel, comme dans Armageddon, où le rôle de Liv Tyler est "de ne rien faire" en attendant le retour de son père et de son futur mari, soit elle est juste là parce qu'elle a un beau corps à montrer. Les séquences de strip-tease/clubbing d'Armageddon et de Bad Boys II, comme autant de mini-clips déployant une imagerie ultra-sexualisée, sont en effet très proches des publicités pour Victoria's Secret que Bay continue de tourner. On peut aussi repenser au fait que le réalisateur a beaucoup tourné dans le manoir Playboy. Mais le reproche ne date pas d'hier. Déjà, au début des années 90, le réalisateur de pubs et clips était taxé de sexiste considérant la femme comme un objet. A l'époque, le réalisateur, visiblement échaudé par les remarques, avait tourné certaines de ses pubs et vidéos comme des réponses aux attaques. « I Touch myself » fait partie de ces clips que Bay a réalisés pour « s'expliquer » sur la question. Il l'a fait aussi avec beaucoup d'humour au travers de publicités, dont la plus signifiante et amusante est probablement celle pour Buggle Boy, justement intitulée « Girls » :

"D'une minute à l'autre, il va gagner et vous serez sa putain"

Carly à Megatron dans Transformers Dark on the moon

Le départ de la franchise de Megan Fox a néanmoins amoindri l'impact qu'aurait pu avoir cette scène : les échanges musclés entre elle et Bay sur le sexisme ainsi que la vision posée sur elle par ce dernier ont alimenté la communication autour de la franchise, et cette scène lui être accordée très explicitement comme un droit de réponse « dans le film » à la remarque du réalisateur  “we want her to look hot and that’s it”, où elle se servirait des remarques sexistes « humiliantes » en retournant l'arme contre son adversaire.