BAY DE A à Z

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"H"

 COMME HYSTÉRIE 

"H" COMME HYSTÉRIE

Michael Bay l'a souvent déclaré en interview : sa direction d'acteur est basée sur la capacité des comédiens à improviser. Mis à part sur certains films où cette dimension est moins présente (The Island, Pearl Harbor), la plupart des films du réalisateur contiennent, de l'aveu de ses monteurs, tout autant de scènes totalement improvisées par les comédiens que prévue au tournage. Le choix de ses comédiens de Bad Boys jusqu'aux Transformers a souvent été basé sur cela. Et il faut croire que tourner avec Michael Bay leur plait, car la plupart des comédiens avec qui il a tourné sont revenus à son cinéma par la suite. En effet, l'énergie qu'il essaie d'insuffler à chacune des séquences du film permet aussi tous les cabotinages et Bay s'est fait un expert des scènes hystériques où les acteurs semblent être en compétition pour savoir lequel sera le plus en surjeu. La comédie chez le cinéaste est toujours outrée et grotesque, et ses choix de comédiens ou de tons récents tendent à surligner plus que jamais les influences du réalisateur. En effet, le script et la méchanceté drolatique de Pain & Gain rappellent clairement l'univers des Coen...avec qui il a partagé Nicolas Cage, John Turturro, Steve Buscemi, Peter Stormare et plus récemment Frances Mc Dormand. Si l'hystérie générale donne parfois l'impression de faire du surplace à force d'être « toujours en force » et que la cohabitation avec les moments les plus premiers degrés du film ne se font pas toujours sans heurts, les derniers films du réalisateur ont trouvé un moyen de faire marcher cette dynamique comique en en faisant le cœur du récit « humain ». L'outrance de tous les personnages et leur point de vue irréconciliable constituent en effet un monde aussi absurde et fragmenté que celui des frères Coen, où chacun est piégé dans son point de vue sur le monde. Le cinéma de Michael Bay devient un miroir déformant où chacun doit hurler pour exister et s'imposer dans la séquence. Les personnages sont condamnés à aller plus loin que leur partenaire ou à devoir s'avouer vaincus.

 

Même quand ils sont dans l'impossibilité d'agir et doivent subir les outrances du monde, les personnages restent en surrégime. Depuis The Rock déjà, les héros vocifèrent d'autant plus quand ils se sentent impuissants et peuvent laisser toute la place à leurs frustrations, comme lorsque le roi du cabotinage Nic Cage s'énervant seul dans sa cellule et balançant un « par Jupiter et ses roubignoles »  devenu culte. Cette image de l'impuissance, on la retrouvera dans tous les films de Michael Bay dès lors. C'est Martin Lawrence humilié dans Bad Boys II, les clones de The Island, ou Sam Witwiki, condamné à se rabaisser alors qu'il « a sauvé le monde deux fois », atteignant l’hystérie totale lors d'une crise de nerfs à l’entrée de la base secrète des Autobots. L'hystérie rend d'ailleurs les personnages tellement fous que certains finissent par se désintégrer en montagne de cocaïne, ou par mitrailler leurs partenaires.

 

Chez Michael Bay on est hystérique, car on est toujours borderline : c'est aussi la conséquence de  « pousser les limites toujours plus loin ». Si Bad Boys II, Pain & Gain ou Transformers Dark Of The Moon arrivent à transformer cette énergie en dynamique générale, notamment dans la voie du slapstick dégénérée, les films restent des sommets d'épuisement où tout du filmage au jeu des comédiens est en surrégime.

"Le cinéma de Bay devient un miroir déformant du monde où chacun doit hurler pour exister et s'imposer dans la séquence"