BAY DE A à Z

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"M"

 COMME MILITAIRE 

"M" COMME MILITAIRE

Les films de Michael Bay sont-ils véritablement militaristes ?

La réponse semble clairement être oui, même s'il faut tout de même nuancer ce qui a été dit sur cet aspect de la filmographie du réalisateur. Tout d'abord il y a la fascination pour les véhicules militaires, qui semble avant tout être la suite logique de la passion du Bay pour les véhicules en général. D'ailleurs, ses relations avec l'armée américaine, en forme de partenariat sur plusieurs films, ne sont pas très éloignées de celles qu'il entretient avec les constructeurs automobiles : là aussi, nous avons le droit aux derniers gadgets en date, aux derniers designs et à des prototypes. Et le fameux plan des hélicos au soleil couchant et certains pans de l'univers de Michael Bay semblent plus dérivés d'une imagerie militariste très présente dans le cinéma des 80's qu'il a aimé jeune (Top Gun, par exemple) que d'une véritable volonté de porter un discours, même si l'aspect solennel est toujours présent.

 

Chez Michael Bay, l'armée est souvent la seule voix porteuse de valeurs et la seule utile, ou presque. Si dans The Rock ou Armageddon, ce sont avant tout les civils envoyés « au combat » qui deviennent des héros, l'armée est la seule voie de recours dans de nombreux films du cinéaste : la série des Transformers ou Pearl Harbor sont construits autour de cette idée. Dès que les combats commencent et que le chaos s'installe, alors que tout le monde semble porté par son intérêt propre, seuls les militaires sont les porteurs d'un message  universel. Néanmoins on peut signaler que chez Bay, l'armée n'est pas véritablement le corps militaire incarnant l'État, mais plus le seul groupe possible. Dans ses films, ce sont avant tout les troufions, les rescapés d'une attaque voire les rebelles qui sont présentés comme les véritables porteurs de l'espoir. Les gradés et les autorités sont souvent sacrifiés, et il y a toujours méfiance envers les décisionnaires. La seule véritable armée possible chez lui est celle où malgré la ligne de commandement, tout le monde est à égalité : c'est la machine parfaite de The Rock qui installe à l'intérieur d'Alcatraz les différents lance-missiles et armes. Dès que la hiérarchie refait surface, les responsables sont renvoyés à la réalité du combat et peuvent mourir sur le terrain, ou comme dans le final de The Rock, s'auto-exterminer. Seul Transformers Dark Of The Moon propose au travers du personnage de Frances McDormand une incarnation positive des autorités gouvernementales, ou du moins, un interlocuteur possible.

 

Cette vision militariste est particulièrement portée par les héros sacrifiés qui se sont succédé comme autant de représentation du troufion mourant sur le champ de bataille. Optimus Prime est devenu une figure typique de ce personnage, mourant à chaque film pour toujours ressusciter. Mais ce n'est pas la seule figure de héros possible chez Bay. Il y a toujours d'un côté ceux qui sont armés pour affronter les missions, et ceux qui, même s'ils peuvent devenir des figures héroïques, restent des simples messagers. C'est Nicolas Cage qui brandit le fumigène dans The Rock et très explicitement le trajet de Sam Witwicky dans Transformers : Dark Of The Moon. Pendant tout le début du film, Sam s'envisage comme devant être traité comme un héros militaire, combattant aux côtés de Bumblebee. Il refuse de s'envisager autrement, notamment dans le monde du travail, où il est rabaissé à n'être qu'un parmi tous les autres. Mais, même quand il croit participer à l'avancée des « négociations » entre les autorités et les Autobots, il est ramené à la réalité : il n'est pas un militaire, mais un simple messager. L'important est donc dans le fait de porter le message : c'est le destin de GoodSpeed/Cage, de l'équipée d'Armageddon ou de Sam, qu'ils soient plus ou moins compétents, ils ne sont héros que quand ils décident de dépasser leurs objectifs propres et se fondent dans la seule sphère universelle.

"Néanmoins on peut signaler que chez Bay, l'armée n'est pas véritablement le corps militaire incarnant l'État mais plus le seul groupe possible"

Si le cinéma de Bay est militariste, c'est que dans tous ses films, même ceux dans lesquels il n'y a pas de militaire présent, on est à la limite de la guérilla. C'est le point de départ de The Rock, et c'est vers quoi penchent les derniers épisodes de la saga Transformers, qui a transformé son équipée d'Aliens sages en un commando de militaires en exil, luttant contre tous. Chaque fois, il est porté par une figure de « sage », qui est toujours à la limite de la misanthropie. Du Ed Harris de The Rock à l'Optimus Prime vengeur et ayant décidé d'en finir avec les humains de Age of Extinction, ces figures sont toujours à la bordure. Mais c'est comme si elles étaient condamnées à cela : on retrouve l'idée du rebelle qui œuvre pour le bien. Plus encore que dans n'importe lequel de ses opus, dans Age of Extinction, cette idée de confondre le groupe, les individualités et les autorités semblent hanter tout le film. On retrouve dans l'espèce de maxime répétée de films en films « La liberté est le droit de tous les êtres humains vivants» ou « Vivre libre ou mourir » ou dans son versant le plus récent et guerrier « Soumets-toi, je t'offre la liberté » l'incarnation du libéralisme à la Bay et de son imagerie militaire.