BAY DE A à Z

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 COMME RACCORD 

"R" COMME RACCORD

Dès le début de sa carrière, on a beaucoup reproché à Michael Bay ses séquences d'actions montées frénétiquement et il est vite devenu l'emblème du réalisateur inconséquent qui, en plus de proposer au spectateur les produits les plus idiots et flattant les plus bas instincts, ne permettrait pas aux spectateurs de pouvoir les penser. En effet, ses films sont marqués formellement par un montage décrit comme incompréhensible et perçu comme un « lavage de cerveau » par certains, conformément à ce que nous avons vu dans les différentes critiques tout au long de sa carrière (cf Presse).

Il est peut-être temps, presque 20 ans après les premiers griefs, de faire le point sur ce qu'on a pu reprocher au cinéma du réalisateur (et de ceux à qui il a emboîté le pas ou qui ont suivi ses traces) et d'observer les conséquences de son style sur le paysage du cinéma d'action américain. Lorsque qu'il commence à s'imposer comme réalisateur de cinéma, son style de montage est atypique, mais pas tant que ça : on le rapproche directement de certains produits télévisuels, clips, publicités ou émissions de chaînes comme MTV par exemple, d'où il provient et dans lequel il est même une star.

"(...)ses films sont marqués formellement par un montage décrit comme incompréhensible et perçu comme un « lavage de cerveau."

Juste avant que Bay ne réalise Bad Boys, le premier grand scandale autour du montage MTV a eu lieu autour de Tueurs nés d'Oliver Stone qui avec ses 2300 plans en moins de deux heures en 1994 (le chiffre a fait à l'époque figure d'évènement) est devenu un symbole du flux incessant d'images. Le film d'Oliver Stone n'est pas le premier à reprendre cette esthétique, mais par contre, il est le premier à souligner le fait qu'il le fasse. Le film fait en effet office de critique de ces images qui s'entrechoquent et qui font perdre conscience au spectateur la notion de réalité, voire sa vision morale du monde et des images.

 

Quand Bad Boys sort, il est le versant non critique de ce cinéma-là : si Tueurs nés est le miroir déformant, Bad Boys est le film qui découle de la génération MTV, avec à sa tête un de ses réalisateurs phares, à l'affiche un acteur de sitcom et comme dynamique, un montage frénétique d'images-chocs sur-stylisées. Son film n'est pas le seul à offrir ces excès, mais il est clairement un des objets qui va le plus en ce sens depuis les années 80 et de ses excès clipesques. Mais si Bay est à l'époque considéré comme un faiseur anonyme, c'est à partir de The Rock puis surtout d'Armageddon que vont définitivement s'installer les reproches sur  son imagerie et ses choix de  montage publicitaires. A sa sortie, Armageddon est effectivement une aberration avec ses 2,2 images par secondes qu'on ne peut que raccrocher à d'autres productions Bruckeimer/Simpson (Les ailes de l'enfer, sorti un an après The Rock et tentant d'en retrouver le succès) ou d'autres films tenant d'une esthétique clip/publicitaire revendiquée, comme Ennemi d'Etat de Tony Scott. En proposant un montage en moyenne deux fois plus rapide que les productions d'action déjà considérées comme saturées d'action de Cameron ou  Lucas, il devient l'emblème d'une tendance générale vers l'accélération du rythme de montage dans les films. 

 

Le reproche fait à Bay tient non seulement à son esthétique, mais aussi et surtout à son inconséquence : le réalisateur filmerait comme une publicité sans avoir totalement conscience des conséquences que cela impliquerait sur son récit. Et sur le reste du cinéma. Car si Les ailes de l'enfer était déjà un des émules de l'esthétique du réalisateur, force est de reconnaître que si Armageddon est une aberration en 1998, moins  de dix ans plus tard, les montages de la sorte se sont normalisés et des films comme Die Hard 4, Domino sont-eux, bien plus frénétique lorsqu'ils filment de l'action. Et pas seulement de l'action : c'est tout simplement l'ensemble des montages  qui sont affectés par une accélération qui a été entamée de toute façon depuis les années 50/60. Ce qui est par contre notable, c'est que les années 90 ont vu une claire tendance générale vers des montages de plus en plus cuts d'une façon qui n'avait pas connu d'équivalents depuis les années 60/70. Et que si Bay n'a pas forcément eu l'impact qu'on voudrait lui prêter en terme d'esthétique, il est arrivé à un moment où les excès de son cinéma étaient possibles, même dans les films les plus mainstreams, et c'est avant tout son trajet de chez Bruckeimer jusqu'à la superproduction Disney qui est édifiante compte tenu des spécificités de son montage. 

On peut faire la remarque que le cinéma d'action, depuis les années 70/80, a toujours été plus rapide que la moyenne des films, jusqu'à deux fois plus, et que si Bay s'est effectivement inscrit dans une tendance, ce qu'on lui a le plus reproché, c'est d'être un représentant « abruti de celle-ci », tout comme certains avaient crié à la bouillie cinématographique et au cinéma pop-corn abrutissant et dégénéré lorsque les films "Lucas/Spielberg" comme les Star Wars ou Indiana Jones sortaient sur les écrans.

 

Et l'on peut ajouter à cela que depuis The Island, le cinéma de Bay s'est effectivement « calmé ». Cela tient à de nombreuses raisons (scénarios, utilisation de la 3D pour Transformers Dark Of The Moon) et les films comprennent toujours leurs moments d'actions folles. Si l'on signale encore très souvent le montage cut des films de Michael Bay, on peut remarquer que loin d'être le cinéaste le plus représentatif de ce style à Hollywood aujourd'hui, il se fond au contraire dans le paysage.