BAY DE A à Z

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 COMME 360° 

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C'est presque comme si le plan s'emballait à vouloir nous montrer et le personnage surplombant ce qui est autour de lui et le monde vu par ses yeux. A côté de cet aspect « valorisant » du plan, on peut aussi faire la remarque qu'il exprime parfois presque le contraire, et que le cinéma de Michael Bay utilise aussi cette dynamique. D'ordinaire, ce genre de plan est souvent utilisé pour montrer des personnages en perte de contrôle. L'univers se déroule trop vite devant leurs yeux ébahis et ils tournent pour observer l'étendue les surplombant, nous laissant découvrir l'espace comme un piège impossible à percevoir clairement. Un des exemples typique de l'utilisation de la contre plongée et du travelling circulaire autour des héros pour montrer à quel point ils sont perdus pourrait d'ailleurs être pioché dans The Island, lorsque les deux personnages découvrent d'abord le monde inconnu qui les surplombe avant de se retrouver comme cerné par le désert :

Le fameux « plan typique » du cinéaste est entre ces deux perspectives : dans Bad Boys c'est après avoir échappé de justesse à une tentative de meurtre, épuisés et sans avoir réussi leur plan que les deux héros se retrouvent dans cette configuration. Dans The Rock, le héros se relève après avoir failli être écrasé par un tramway et avoir perdu la course. Ce plan, c'est avant tout celui du personnage qui se relève, comme l'acteur se redresse dans le plan, dans un monde qu'il ne maitrise plus. Cette volonté de surplomber une situation qu'on ne maitrise pas est au centre de cette configuration et du cinéma de Bay. On pourrait presque voir Pain & Gain comme un traité sur l'utilisation du travelling circulaire chez lui et du fameux 360° en contre-plongée. Il y a dans le film deux fois la fameuse configuration avec tous les éléments réunis : personnage qui se relève dans le plan, contre plongée et travelling circulaire autour du personnage. Les deux séquences sont très faciles à rapprocher et pour cause : il s'agit des deux seules séquences du film se déroulant dans une cour de prison. Mais revenons d'abord au récit de Pain and Gain et aux différents moments où la caméra tourne autour de ses personnages. Le film nous raconte l'histoire de Danny Lugo, culturiste, qui vit difficilement sa condition sociale, interprétée comme un piège étriqué. Il l'affirme clairement lors d'une réunion : il est un « fonceur ». C'est la première fois que la caméra tourne autour de lui. Lorsqu'il s'envisagera de nouveau et exprimera ce qu'il « est » tout autant après ses méfaits (avec un groupe de jeunes au bord de sa piscine) que sa condamnation, la caméra abordera le même mouvement. A la vision de sa vie comme une prison, se substitue un mouvement pour envisager autrement le monde, et celui-ci le suivra jusque dans une véritable cour de prison où il continuera de se persuader qu'il est un « fonceur » qui maitrise sa vie et le mouvement du monde. C'est à ce moment qu'interviendra le fameux travelling circulaire en contre-plongée, accompagné de la voix-off de Lugo. Les deux autres images circulaires seront le versant cauchemardesque de ce même mouvement. Il y aura la spirale des tortures diverses et variées auxquelles sera soumis Victor mais aussi le plan du personnage de Paul, interprété par Dwayne Johnson, qui se rappelle de son incarcération via un flashback et devient l'espace de quelques instants, l'autre narrateur du film :

"T" COMME 360°

Parmi tous les tics visuels du cinéma de Michael Bay, c'est définitivement les fameux travellings circulaire en contre-plongée autour des personnages qui semblent le plus caractéristique de son cinéma. Présent dès son premier film, Bad Boys, ce plan a été repris depuis par le réalisateur dans chacun de ses films jusqu'à devenir sa marque de fabrique, comme il le reconnaît lui-même :

 

Quel est le plan typique de votre cinéma ?

Michael Bay : Eh bien, pendant longtemps,  ce fut le travelling circulaire avec le regard vers le haut que j'ai utilisé avec Martin Lawrence et Will Smith, et ensuite avec Nic Cage pour la poursuite de “The Rock.”... (1998)

 

« Je fais toujours ce genre de plan. C'est un peu comme une blague. A l'époque (de Bad Boys) nous n'avions pas d'argent pour le film et nous devions quand même tourner et je disais  « j'ai cette idée, faites-moi juste confiance.” (2003)

 

Quel semble être le but de ce plan ? Tout d'abord de sur-iconiser les héros par la loi du bigger and louder. Les héros sont en contre-plongée, comme « dominant le monde »,  et de surcroit, le monde tourne autour de leur axe. Le plan nous propose aussi plus d'images et de mouvements puisque chaque seconde vient nous dévoiler du hors champ.

"A côté de cet aspect « valorisant » du plan, on peut aussi faire la remarque qu'il exprime parfois presque le contraire, et que le cinéma de Michael Bay utilise aussi cette dynamique."

Le plan est le même que celui sur Lugo dans sa cour de prison : on y retrouve la voix-off, une configuration spatiale et un mouvement de caméra analogues. Pourtant celui-ci est clairement le versant cauchemardesque de l'image de Danny, et la figuration d'un mouvement qu'on ne maitrise plus. Paul est perdu dans la cour de prison et ce mouvement va logiquement l'amener à la « rédemption » pour être stoppé. Le parcours de Paul dans le film rejouera cette même perspective narrativement : Paul retombera dans la spirale de la drogue avant de trouver la rédemption avant le procès en admettant avoir été pris dans le mouvement de Danny Lugo ce qui le conduira à être moins lourdement condamné.