BAY DE A à Z

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"U"

 COMME UPGRADE 

"U" COMME Upgrade

Si on n'a jamais considéré Michael Bay comme un maniériste, on a souvent dit que tous les plans qui formaient ces films semblaient remplis de tics vus mille fois ailleurs. Et il y a une part de vrai dans cela : Bay ne s'en est d'ailleurs jamais caché. Il s'est inspiré de ses cinéastes préférés quitte à vouloir refaire leurs films, ou refaire certaines de leur séquence. Comment ne pas penser à Cameron lors de la première attaque de l'hélico de Transformers ou dans l'intégralité de Pearl Harbor, énorme décalque de Titanic ? Comment ne pas penser au cinéma de Scott en regardant Bad Boys ? Comment ne pas voir les multiples emprunts à l'œuvre de Lucas, jusque dans Age of Extinction où il reprend la fameuse séquence des podracers de Star Wars Episode I ? De même son admiration pour les frères Coen a clairement été signifiée au travers de ses choix de casting. Depuis qu'il est clippeur, il a toujours repris explicitement les plans, séquences et imageries des gens qu'il admirait. Il y a même eu une sorte de jeu du réalisateur à reprendre des images de son ami et collègue David Fincher et de les refaire à sa sauce.

 

Et ce jeu ne s'est pas arrêté là puisque Bay a continué de citer Fincher dans des séquences de ses films, reprenant par exemple l'un de ses fameux plans séquence de Panic Room en mode ultra spectaculaire dans Bad Boys II avant de proposer une autre version dans The Island.

C'est là qu'on voit que l'ambition de Bay n'est pas seulement de copier mais de proposer mieux. S'il reprend le concept du plan de Fincher en bigger and louder dans son buddy movie dopé, il lui ajoute une vraie poésie et une véritable cohérence dans son film de science-fiction. Le papillon stimule les mouvements de caméra et leur vitesse, on ne sait jamais où l'on va tout en sachant quel mouvement est suivi: celui de « l'air libre ». Du pur mouvement, donc du pur Bay. Il ne s'agit jamais véritablement de copier mais de faire « à sa façon » de façon amusée. Ce n'est pas pour rien que le plan du ciel de Fincher sur Hollywood est remplacé par le panneau Miami et saturé d'orange dans sa version Bayienne, ville devenue « fétiche » du cinéaste.

Cette idée d'upgrade fonctionne aussi avec ses pubs. Transformers apparaît parfois comme une version longue d'une de ses publicités des années 90. Bay ne semble jamais avoir changé de style, contrairement à beaucoup d'autres clippeurs qui ont effacé tous leurs tics. Encore maintenant, Bay semble rechercher à refaire certaines des séquences qu'il a déjà faites pour les améliorer. Dans Age of Extinction la question de l'upgrade est au centre de tous les enjeux du film et la réponse, pour aussi brouillonne qu'elle est, semble assez paradoxale. Alors qu'il réalise le quatrième épisode de sa franchise en mode reboot, toute l'intrigue tourne autour de l'opportunité de réaliser des upgrades toujours mieux (ou des suites ratées), du marketing autour des créations et du rapport maître/esclave. Et si le film semble vouloir relancer la machine, il est clairement gangréné par cette sorte de mélancolie de l'objet abandonné pour une version « meilleure » imposé par les lois du marché et par la question de  la « conscience des créateurs » (explicitement dit comme cela dans le film). Pain & Gain, déjà, questionnait cette réalité « plus belle » recherchée par ses héros. Toujours plus gros, toujours plus fort ? Si son cinéma ne semble n'avoir qu'effleuré la question, il y a clairement quelque chose qui tend à s'affirmer de ce côté et qu'il faudra observer dans ses prochains films pour voir s'il s'agit véritablement d'une tendance. Il est envisageable que, comme à l'époque de Bad Boys II, le cinéma de Bay soit arrivé à un nouveau point limite propice à de nouvelles directions. Ou peut-être, selon les rumeurs, à un nouvel upgrade de son buddy movie.