BAY DE A à Z

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"V"

 COMME VULGARITÉ 

"V" COMME VULGARITÉ

On a depuis ses débuts qualifié Michael Bay de cinéaste à l'imagerie vulgaire, capable d'insérer une séquence de strip-tease au milieu d'un blockbuster Disney, ou des blagues tendancieuses pour caractériser ses personnages. C'est  néanmoins à partir de Bad Boys II que cet aspect est devenu une marque de fabrique affichée et assumée du cinéaste. Le film se permettait tout, dans une surenchère virant à l'écœurement. Plus qu'aucun de ses autres films, c'est lui qui a instauré un clivage clair: il était quasi légitime de traiter Bay de "pire réalisateur actuel" tellement il semblait tendre le bâton pour se faire battre. Cette outrance est aussi ce qui a fait que son cinéma a pu être reconsidéré. Par exemple, en France, à partir de Bad Boys II (dans le magazine Premiere) et de Transformers II (dans le magazine Les Inrockuptibles) on trouve des éloges de la vulgarité du cinéma de Bay tenant de la surenchère de tous les instants jusqu'à une outrance cartoon qui tranche avec le reste de la production. De nombreuses personnes ayant travaillé à ses côtés désignent bien souvent Bay comme un gamin à l’humour « bizarre ».

 

Le making-of de Transformers II le montre tout excité à l'idée d'insérer les « Scrotum » sur le design de Devastator. Et si Bad-Boys II représente pour beaucoup de cinéphiles le summum du cinéma transgressif (ou tel qu'il se voudrait imaginé par un ado décérébré devant MTV  diront certains), celui où tout est permis, qu’en est-il de Transformers II avec ses chiens sodomites, Julie White sous l'emprise de space-cakes, ce portrait des parents en touristes abrutis, sa « femme-robot » ou celui se frottant à la jambe de Megan Fox tel un chien en rut…On pourrait continuer très longuement. Le réalisateur avoue même s’être littéralement paumé et la grève des scénaristes n’a absolument rien arrangé. Pire, pour la toute première fois de sa carrière c’est en 2010 que Bay s’excuse publiquement au sujet du deuxième volet de sa franchise : 

 

« On s'est brûlé les ailes sur le second film. (...) On a du se mettre d'accord sur le scénario en seulement trois semaines, précise-t-il, en référence à la grève des scénaristes. Ce scénario était maudit du début à la fin. C'était injuste pour les scénaristes, c'était injuste pour moi, c'était injuste pour tout le monde. (...) Ça reste quand même un film divertissant, mais je trouve qu'on s'est planté sur plusieurs passages »

(...)pour la toute première fois de sa carrière c’est en 2010 que Bay s’excuse publiquement.

Et il est vrai que certaines scènes sont hallucinantes de mauvais goût à tel point que le baromètre du seuil de tolérance (déjà complètement dans le rouge sur Bad Boys II) finit littéralement ici par exploser. Plus qu'un véritable film, on dirait un parcours en roue libre, tentant de compenser les faiblesses habituelles de narration par une frénésie de tous les instants à proposer n'importe quoi, de marrant, de spectaculaire, de vulgaire, de rythmé, de surprenant. Le principe des films est quasiment de se demander (ou de se navrer) : "Est-ce qu'ils vont oser ?" sans jamais aller explorer les conséquences de cette démarche sur la narration et la cohésion de l'ensemble.

 

Cette vulgarité est néanmoins, et ce depuis les premiers excès de Bad Boys II, mêlé à la prise en compte du fait que ça puisse choquer. Quel serait d'ailleurs l'intérêt de proposer ce type d'excès si ça n'en était plus ? Les flics cubains de Bad Boys II reprochent aux deux héros leurs blagues racistes en leur disant "vous allez trop loin". Flattée d'être comparée à un objet, la Carly de Transformers Dark of the Moon va finalement se rebeller. Le personnage de Dutch dans ce même film ressemble plus à une parodie de "personnage étranger" qu'autre chose. Dans Pain & Gain, la « vulgarité » fait sens par rapport au sujet et est prise en charge par presque tout le monde, que ce soit les trois personnages principaux ou les victimes désignées comme monstre de vulgarité ou de bêtise. Seul le personnage d'Ed Harris semble échapper au jeu de massacre.