Il y a 8 ans déjà que CLOVERFIELD de Matt Reeves, petit protégé de JJ Abrams, a frappé un grand coup au rayon « found footage » (genre depuis usé jusqu’à la corde) en même temps qu’il a prouvé le génie marketing du boss de Bad Robots, entre son titre mystérieux et le marketing viral qui l’a précédé. D’un point de vue purement artistique, si l’on met de côté ses jeunes bourgeois têtes à claques pas attachants pour deux sous et les conventions propres au genre (« Non mais POURQUOI ce type continue à filmer ??? »), difficile de nier l’impact immédiat du film qui, avec sa mise en scène toujours à hauteur d’homme qui multiplie les contre-plongées et mise à fond sur les apparitions furtives du fameux monstre, fait toujours son petit effet. Après une promo toujours autant axée sur le mystère, on attendait donc avec impatience de découvrir ce que nous réservait ce 10 CLOVERFIELD LANE toujours produit par le réalisateur du dernier volet en date de STAR WARS. Etions-nous en présence d’une vraie suite ou s’agissait-il d’un nouveau tour de passe-passe marketing dont notre ami JJ a le secret ? Et surtout, comment vous le dire sans spoiler ? Et puis d’abord, pourquoi je suis là à taper sur mon clavier alors que j’ai encore une tonne de boulot en retard et que j’ai toujours pas fini METAL GEAR SOLID V ?

 

Inutile de tergiverser : nous ne vous dévoilerons pas ce qui constitue la révélation finale du film et ce sera à vous de vous faire une idée là-dessus. Néanmoins on ne se privera pas de dire que, oui, 10 CLOVERFIELD LANE est en soi une réussite, de ces petits films d’artisans bien troussés dont les différents éléments qui le composent sont tous le résultat d’un amour du travail bien fait. Une sorte de long épisode de LA QUATRIEME DIMENSION qui, sous ses dehors de série B assumée, traite en filigrane les peurs de notre époque comme le faisait déjà le film de Reeves il y a quelques années. Les ingrédients de cette petite réussite sont simples (ce qui ne signifie pas qu’ils soient faciles à obtenir) : un script solide et bien charpenté, une réal sans esbroufe mais soignée et intelligente, et des personnages non seulement bien écrits mais surtout excellemment interprétés. D’un point de vue strictement scénaristique, le métrage se présente dans sa quasi-totalité comme un authentique huis-clos. Trois personnages y sont enfermés (pourquoi ? HA HA T’AIMERAIS BIEN LE SAVOIR HEIN ?!) et la mécanique du récit repose entièrement sur les relations dynamiques qui vont se jouer entre eux. Epousant le point de vue unique du personnage de Mary Elizabeth Winstead (si belle qu’elle me fait souffrir) le scenario joue volontiers sur son angoisse et en particulier sur ses interrogations quant à la réelle nature du propriétaire des lieux. Celui-ci est incarné par le formidable, est-il bien utile de le préciser, John Goodman qui donne ici la pleine mesure de son talent en passant d’un registre à l’autre avec une facilité déconcertante. Conséquence directe : le spectateur est aussi déstabilisé que le personnage de Michelle et, très vite, ne sait pas sur quel pied danser. Vient s’ajouter un troisième larron interprété par le surprenant John Gallagher Jr, acteur de télé abonné aux seconds rôles au cinéma et qui parvient à rendre son personnage de bon gars attachant en une poignée de scènes.

Le film ne quittera pas ce trio jusqu’à la fin. Ainsi, 90 minutes durant, au rythme d’un retournement toutes les dix minutes, c’est au gré de leurs échanges que va se nouer un suspense impeccablement tenu jusqu’à une conclusion (QU’ON NE DEVOILERA PAS NON NON PAS LA PEINE D’INSISTER). La grosse surprise du film, c’est ce Dan Trachtenberg dont c’est le premier long et dont le passif se « résume » à diverses incursions dans la pub et les jeux vidéo. Sur ce coups-là, on peut dire qu’une fois encore JJ Abrams a eu le nez fin puisque le jeune réalisateur s’en tire avec les honneurs : sa mise en scène, précise et jamais démonstrative, fait honneur au genre, en ne fournissant à chaque fois au spectateur que ce qu’il a besoin de savoir et en posant de manière très rigoureuse les rapports entre ses trois personnages au sein du cadre. Le décor est bien exploité, les partis-pris narratifs encore une fois tenu jusqu’à la fin et ça ne pète jamais plus haut que son petit cul. Du bon boulot. Au-delà de sa qualité de fabrication, 10 CLOVERFIELD LANE a également le mérite d’évoquer, en filigrane (ce qui n’est pas le moindre de ses liens avec le film de Matt Reeves) les peurs millénaristes qui sont la marque de notre époque marquée par le terrorisme, au travers du personnage de Howard qui constitue l’archétype-même du survivaliste tel qu’il en fleurit depuis quelques années aux Etats-Unis.

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C'EST DANS L'AIR

Cette thématique, traitée de manière frontale, n’en parasite pas le récit pour autant et s’inscrit dans sa logique même, donnant tour à tour un visage inquiétant et rassurant à l’incarnation de cette tendance contemporaine. Un petit mot enfin sur le score signé Bear McCreary, un habitué de la télévision (BATTLESTAR GALLACTICA, MARVEL AGENTS OF S.H.I.E.L.D.) qui livre lui aussi un travail très honorable, entre tension palpable dans les moments de suspense et thème principal qui trotte facilement dans la tête.

 

Vous l’aurez compris : on vous recommande chaudement ce 10 CLOVERFIELD LANE, aussi modeste que remarquable dans son exécution. Et on vous embrasse (parce qu’on vous aime) (c’est gratuit c’est cadeau).

 

Par S.Convert

10

  CLOVERFIELD

    LANE

UN FILM DE DAN TRACHTENBERG
Avec : Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr. ...
Durée : 1h44
Nationalité : Américaine