Comic Con, San Diego, juillet 2013. MAN OF STEEL est à peine sorti dans les salles obscures que sa suite est annoncée en grande pompe. En lieu et place d’un MAN OF STEEL 2 les fans découvre le logo de ce qui deviendra BATMAN V SUPERMAN : une belle opération de com’ qui permet à la fois de lancer la machine à fantasme et de préparer le terrain pour la Justice League, la Warner ne cachant pas son ambition de se mesurer à Marvel en lançant son propre univers étendu. A ce stade, point de scénar’, point de concept, mais qu’importe : le rouleau-compresseur est lancé. Le seul souci, c’est qu’il va falloir que ce duel tant attendu repose sur les fondations brinquebalantes du reboot opéré par la team Snyder-Goyer.  

 

MAN OF STEEL donc. Tentative de relance d’une des plus célèbres franchises DC au cinéma après l’échec du mal-aimé SUPERMAN RETURNS, le film de Zack Snyder souffre, malgré son énorme succès au box-office mondial, de nombreuses tares qui vont avoir un impact indéniable sur sa suite. Supposément sombre et adulte, il vide le super-héros le plus solaire de l’univers de sa substance en même temps qu’il passe ses couleurs à la machine, faisant de Supes un titan pas bien finaud qui se bastonne dans un monde tout gris. Retraçant – encore – la genèse du personnage, le script de Goyer échoue à la fois à l’humaniser (son père lui apprend à préférer la discrétion à la bravoure !) et à en faire le sauveur dont l’humanité a besoin. Le film se conclue ainsi par un carnage monumental, le héros et Zod s’envoyant des méga-pains dans la tronche aux travers des buildings sans prêter attention le moins du monde aux pauvres mortels victimes du désastre. Et c’est ce hors-sujet total qui va servir de point de départ à BATMAN V SUPERMAN.

 

Ben ouais parce que, mine de rien, c’est bien gentil de brandir un logo 3 ans avant, mais encore fallait-il trouver une RAISON pour que Supes et Batou se foutent sur la tronche. Et c’est bien ça le problème. Le principal échec de BVS est là : jamais le duel ne semble justifié, jamais les motivations des personnages ne sont crédibles et donc, en toute logique, jamais le crescendo émotionnel vers l’affrontement tant attendu n’est en mesure d’opérer. Entre un Bruce Wayne qui rumine sa colère contre Superman suite au carnage de Metropolis pendant 18 mois (un an et demi les gars !) sans même se rendre compte, dans l’intervalle, que celui-ci passe son temps à sauver des vies et que – par voie de conséquence – il a peut-être mieux à faire que de l’exterminer ; un Supes totalement transparent, dont la dimension messianique n’apparaît que le temps de deux ou trois spots télé et dont l’humanité ne s’exprime que par son amour de Lois Lane (et de sa maman, quand même) ; Lois justement, qui ne sert qu’à se fourrer dans le pétrin toute seul dès qu’elle en a l’occasion ; et last, but not least, Lex Luthor qui souffre non seulement d’une écriture totalement à la rue (pourquoi il est méchant ? BEN PARCE QU’IL EST MECHANT) mais aussi de l’interprétation absolument insupportable de Jesse Eisenberg qui semble se prendre pour L’Homme-Mystère dans BATMAN FOREVER ; rien, absolument rien de fonctionne en termes d’interactions entre les personnages principaux, et c’est tout l’édifice du film qui s’effondre.

Ça c’est pour la trame principale. Mais ce n’est pas tout !  Parce que, à ce cahier des charges déjà bien lourd (rendre acceptable le « V » du titre) vient s’ajouter l’obligation d’introduire les futures composantes de la Justice League. Les scénaristes s’exécutent donc dans un joyeux bordel, le personnage de Wonder Woman sorti de nulle part n’étant qu’un moindre mal au vu des flash-forwards oniriques incompréhensibles (« t’inquiète pas le jeune tu comprendras dans mon prochain film ») ou des clés USB magiques qui servent juste de bandes-annonces aux futures adaptations des franchises DC. En résulte un film malade et interminable de 2h30, infichu de boucler correctement un seul de ses arcs narratifs et dans lequel tout le monde est en plein bad et tire la tronche sans raison (sauf Luthor mais bon lui il est MECHANT donc il est fou).

MoviescloseUp

TOUT LE MONDE A PERDU

(contre)

Et c’est dommage. Dommage parce que, contrairement à ce qu’il a fait sur MAN OF STEEL, Zack Snyder ne se sent plus obligé de filmer tout ça dans un style You Tube à base de caméra à la rue et de zooms dans tous les sens (le fameux parti-pris supposément « réaliste » du premier film). Dommage parce que Ben Affleck ferait un formidable Batman dans un film solo correctement écrit (on espère sincèrement qu’il va s’y coller). Dommage parce que ses deux bastons et demi sont très chouettes et nous rappellent très fort (ce n’est certainement pas un hasard) les meilleurs moments de la saga vidéo-ludique ARKHAM de Rocksteady. Tout n’est donc pas à jeter dans ce BVS si on va dans le détail, mais pris comme un tout le film est un véritable ratage, à la fois pompeux, bête et finalement terriblement creux. Les plus optimistes diront que le director’s cut de trois heures promis par Snyder rattrapera le coup...

 

Pour notre part on déclinera poliment parce que, non, merci, mais on a plus faim.

 

Par S.Convert

BATMAN v SUPERMAN

L'AUBE DE LA JUSTICE

UN FILM DE ZACK SNYDER
Avec : Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill...
Durée : 2h33
Nationalité : Américaine