Après une série de films tous différents les uns des autres, Kevin Macdonald change une nouvelle fois de registre avec un genre peu présent au cinéma : le film de sous-marin. La capacité du cinéaste à s‘atteler à de nouveaux défis n’est pas une surprise : il a d’abord officié en tant que réalisateur de documentaires (Un jour en Septembre a été oscarisé qui plus est) avant de s’attaquer au thriller (Jeux de Pouvoir), au film d’époque (La Neuvième Légion), au drame (Maintenant c’est ma vie) tout en revenant au documentaire entre chacun de ses gros projets (on lui doit Marley par exemple). Le film de sous marin à été pendant un certain moment prisé à Hollywood, avec de solides représentants comme U-571 de Jonhatn Mostow ou K-19 : Le piège des profondeurs de Katrhyn Bigelow, ou encore Abimes de David Twohy. Depuis, c’est un peu le silence radio, et Macdonald entend bien changer la donne. Et si la qualité des films précédents du réalisateur est discutable, on reste toujours curieux de voir le prochain film du cinéaste dont le passif est comparable à celui d’un Paul Greengrass.

Si les grandes multinationales sont évidemment montrées comme manipulatrices, les travailleurs ne sont pas épargnés non plus. Tandis que ces derniers sont très vite montrés comme égoïstes, les différents caractères s’entrechoquent, les disputes éclatent, et c’est tout un univers multi-culturel (des russes, des écossais, des anglais) qui s’écroule. L’être humain, dans un ultime geste de désespoir, est capable du pire malgré ses bons côtés. Et c’est là toute la force du film de Macdonald : montrer les bons et surtout les mauvais côtés de l’homme dans de telles situations. Le personnage de Robinson (Jude Law, impérial) passera par les pires décisions par vanité, allant jusqu’à perdre son humanité à cause de sa soif d’argent. « Tu es pire qu’eux » lui lance un de ses collègues à la fin.

UN FILM DE KEVIN MACDONALD
Avec : Jude Law, Scoot McNairy, Ben Mendelsohn...
Durée : 1h55
Nationalité : Britannique

Le film de sous-marin est un genre qui revient régulièrement, et ce depuis des décennies. Par petite dose, et pour le meilleur comme pour le pire, mais à chaque fois avec la promesse d’une histoire centrée sur l’humain. En effet, le confinement imposé par le lieu implique un traitement proche de celui du huis clos, focalisant l’attention principalement sur ce qui se passe à l’intérieur du vaisseau. Quoi de plus normal donc que de créer du drame à partir de ce postulat. Macdonald, réalisateur engagé, nous parle ainsi du combat des travailleurs contre les grandes entreprises qui n’hésitent pas à se débarrasser d’eux malgré les sommes astronomiques qu’elles engrangent. Une vision qui serait très manichéenne si Macdonald ne traitait pas ses personnages sur un pied d’égalité. Après une rapide introduction du futur équipage via un montage parallèle, le réalisateur embarque sa troupe à l’intérieur du sous-marin. Pas de longue tirade sur le passé de untel, pas de flashback démonstratif, ils seront tous logés à la même enseigne.

Les principales scènes d’actions du film ne seront donc pas des morceaux pyrotechniques, mais les nombreuses scènes de disputes impliquant de nombreux personnages. Portées par un découpage millimétré, ce sont les moments forts de Black Sea. Des enjeux intenses, portés par des dialogues qui changent constamment l’opinion qu’on a sur chaque protagoniste. Ceci dit, Macdonald n’en oublie pas ses rares séquences hors du sous-marin, et livre une longue scène de plongée bluffante de réalisme. En connectant les enjeux avec les décisions prises à l’intérieur par Robinson, le film créer une proximité avec l’action et sa conclusion. Conclusion qui par ailleurs, amènera de nouveaux problèmes. C’est un des points forts de Black Sea qui à chaque bobine, change considérablement les rapports de forces et les enjeux. Un travail, un équipage, la richesse, s’enfuir des radars, voir tout simplement vivre...La diversité du scénario permet de régulièrement relancer la machine, d’autant plus que la tension du film est permanente.

Une fois le premier accident arrivé, les tons chair des acteurs se mêlent au rouge sang des nombreux couloirs et autres lumières qui habitent le vaisseau. Le bleu acier vient en opposition afin de marquer la bataille constante que livre l’être humain pour ne pas franchir la limite qui sépare l’homme de l’animal.

« Je ne voulais pas qu’il y ai trop de temps de pauses pour les personnages. Je voulais qu’ils se révèlent à travers l’action d’une façon subtile. J’ai aussi aimé le sentiment que le film de Friedkin (Le Convoi de la Peur) parle d’hommes et de métal, de la graisse et de la sueur, surtout dans cette séquence quand ils préparent les camions. J’aimais l’idée d’hommes brisés qui font un ultime geste de désespoir pour regagner le respect du monde, mais également leur estime de soi. »

 

Kevin Macdonald

« Le cœur thématique du film était cette idée d’isolation et d’abandon. Vous êtes coincé dans une boite de métal qui doit bien fonctionner sinon vous êtes condamné. Qu’est-ce que ce confinement révèle sur le caractère humain ? Ce sentiment existentiel d’être seul et piégé m’a rappelé « La Mort Suspendue » (son premier film) et cela m’attirait à la base de faire un film de sous-marin. Puis j’ai réfléchi à ce que ces hommes feraient là et pourquoi ils seraient piégés au fond de l’océan. Je voulais qu’ils soient des civils plutôt que des membres de la Navy. J’ai décidé qu’ils seraient à la recherche d’un trésor et puis j’ai réfléchi à la façon dont l’argent affecte les gens de différentes façons. Je suis allez voir mon scénariste, Dennis Kelly, et lui ai dit : « je veux faire un film qui grosso modo serait la rencontre entre « Le trésor de la Sierra Madre » et « Le Convoi de la Peur » dans un sous-marin. »

 

Kevin Macdonald

En bon documentaliste, Macdonald filme beaucoup caméra à l’épaule, mais tout comme Greengrass il parvient à rendre le tout extrêmement cinématographique. La caméra portée permet de maintenir la tension qui habite les différents échanges et autres pivots moraux qui habitent le récit. Car les problèmes ne viendront évidemment pas de l’extérieur mais du personnel même. En peu de scène, le réalisateur fait monter la tension au sein de l’équipage et l’impardonnable est vite commis. Une accumulation d’événements qui fait pourtant sens tant le film parsème ici et là les différents indices menant à cette terrible conclusion. Un des membres est de suite montré comme un « psychopathe ». Le dilemme qu’apporte ce choix (c’est un excellent plongeur) est vite balayé d’un revers de la main, tant c’est le professionnalisme qui semble primer pour Robinson et son associé. Une erreur fatale, qui se révèle pourtant terriblement humaine.

Le film de Macdonald est ainsi un exercice de caractérisation intéressant, car il met un point d’honneur à développer ses personnages dans l’action et seulement dans l’action. Pas évident comme proposition à l’heure où Hollywood produit des films Begins qui s’efforcent de ne laisser aucune zone d’ombre. Sauf que dans le cas d’un film comme Black Sea, l’affection qu’on a envers tel ou tel personnage résulte plus d’un acte effectué dans un but à la fois caractériel et solidaire (le sous-marin ne marche que si tout le monde met la main à la patte) que d’un background psychologique. Allez de l’avant, tel est le leitmotiv du film de sous-marin. Le passé, lui, ne semble pas glorieux.

 

Bien plus que la fameuse mer dont il est question ici, c’est bien de la noirceur humaine que traite Black Sea. Point de combats contre des sous-marins russes ou d’obus à éviter dans le film de Macdonald, mais un mal bien plus important : l’être humain et ses décisions. Quand ce dernier regarde le film de sa vie en fin de métrage, il a pris la sienne. Et il semblerait qu’elle soit enfin la bonne.

 

Une conclusion impeccable, pour un film qui l’est tout autant !

Par A.Portier

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