On avait laissé Judd Apatow sur une note douce-amère avec THIS IS 40, sans doute son film le plus autobiographique (il y mettait tout de même en scène sa femme et ses propres filles), chronique amusée mais criante de vérité sur les difficultés rencontrées par un couple de quadras en prise avec la routine et les affres du quotidien. Si jusque-là ses films procédaient d’un savant dosage entre la pure comédie et un certain discours sur la difficulté de grandir, voir d’évoluer (ses personnages sont tous sujets à des névroses et doivent se confronter à un moment ou à un autre au monde réel), c’est toujours - la seconde partie de FUNNY PEOPLE mise à part -  le rire qui l’emportait au final. Or, il semblait avoir atteint un point de non-retour avec THIS IS 40 tant la comédie semblait s’éloigner pour laisser place à un constat dur et sans concession.

 

C’est là que débarque la pétillante, Amy Schumer, star montante de la comédie américaine qui a écrit tout spécialement le scénario de CRAZY AMY (re-titré chez nous n’importe comment comme de bien entendu) pour Apatow dans l’espoir que celui-ci le réalise. On comprend sans peine ce qui a pu séduire le réalisateur dans le personnage (encore une fois quasi-autobiographique) que l’actrice s’est créé, jeune femme décomplexée, bourrée de défauts mais attachante et terriblement contemporaine (« J'étais fasciné par son humour, son impudeur, sa fraîcheur, on sentait bien qu'elle avait des histoires à raconter et qu'elle était bien plus qu'une comédienne. » déclare Judd Apatow). Et c’est ainsi que le parrain de la jeune génération de comiques américains revient avec une pure comédie romantique, dans laquelle il est question des déboires d’une trentenaire qui, suivant la morale paternelle (désopilante scène d’introduction), enchaîne les relations sans lendemain avant de finalement rencontrer l’amour, le vrai... Sauf que la pauvre Amy n’y est pas du tout préparée et que, entre son plan-cul musculeux, ses galères professionnelles et  son penchant pour la biture, c’est toute sa vie qui s’en retrouve chamboulée.

On le voit CRAZY AMY se fond parfaitement dans le « moule » Apatow, avec son héroïne forcée de « grandir » à vitesse grand V pour – le croit-elle – correspondre à ce qu’on attend d’elle. C’est sans doute à cause de cette tension entre l’attachement que porte le réalisateur aux « freaks » et autres « geeks » (comme dans la série du même-nom qu’il a créé avec Paul Feig) et la dure réalité du monde qui les entoure et les pousse à se remettre en question que certains ont qualifié le film (et ce n’est pas la première fois dans le cas d’Apatow) de « réactionnaire ». A tort, puisqu’il n’est pas question ici de se fondre dans la norme sans condition, mais seulement de faire un pas vers l’autre et d’accepter l’amour comme il vient. On le voit, le film suit ici les codes de la rom com, à ceci près que la femme y occupe la place que tient habituellement l’homme (le héros forcé de se remettre en question pour être à la hauteur de sa dulcinée) et que l’humour y est plus trash que d’habitude (ça parle beaucoup de sexe). La force de Judd Apatow c’est, comme à son habitude, de mettre en scène de « vraies » personnes, de celles que l’on croise tous les jours : Amy peut être craquante mais est loin d’être un top model, elle ne s’habille pas toujours avec goût, elle ne fait pas toujours les bons choix, etc... Même chose avec les personnes de son entourage : son père, qu’elle adore, est raciste, sa sœur rechigne à payer trop cher pour la maison de repos de ce dernier, et celui qui semble être l’homme de sa vie n’est pas non plus un Brad Pitt en puissance. Apatow rend accessibles ces personnages terriblement humains, de sorte qu’à un moment donné il est impossible au spectateur de ne pas s’identifier à eux.

Si CRAZY AMY dépeint avec une acuité réelle la vie sentimentale de son héroïne c’est aussi, et avant tout, une comédie. Eh oui car, même si beaucoup de scénaristes semblent l’oublier, dans « comédie romantique » le premier terme a aussi son importance, et de ce côté-là l’abattage d’Amy Schumer (une véritable machine à vanne à elle toute seule) est particulièrement efficace. On oubliera pas non plus les savoureuses performances de John Cena, Lebron James ou encore Tilda Swinton qui apportent tous leur grain de folie (les seconds rôles étant comme très souvent l’occasion de forcer le trait et de s’en payer une bonne tranche). Ce n’est que dans son dernier acte que le film, en toute logique, met quelque peu de côté le rire pour laisser place à l’émotion, mais celle-ci est alors particulièrement bienvenue dans la mesure où Amy Schumer et Bill Hader (excellent, comme d’habitude) parviennent à rendre le couple qu’ils forment à l’écran véritablement attachant.

 

Par S.Convert

UN FILM DE JUDD APATOW
Avec : Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson...
Durée : 2h09
Nationalité : Américaine

ALL YOU NEED IS LOVE

MoviescloseUp

CRAZY AMY