En effet, DEADPOOL est tout comme Blade un film de super-héros Rated-R (interdit au moins de 17 ans aux USA contre 12 en France), qui contient une violence graphique omniprésente dès que l’action s’emballe et un langage ordurier. Pas étonnant que le projet mit tant de temps à se concrétiser. Ce n’est qu’en 2014, quand une vidéo test fuita sur le net, que le celui-ci cria sa joie et que les studios se décidèrent enfin à franchir le pas. Ryan Reynolds, très engagé sur le film, reprend le rôle qu’il a déjà tenu dans le pas fameux (restons polis) X-Men Origins : Wolverine, mais en faisant table rase du passé. Le personnage n’est pas le même selon lui, et l’acteur semble déterminé à effacer les erreurs du film de Gavin Hood. À la réalisation c’est Tim Miller, spécialiste des effets spéciaux et dont c’est le premier long métrage (il était le réalisateur de la vidéo qui a fuité), qui s’y colle, avec un budget réduit (70 millions de dollars, soit au moins deux fois moins que n’importe quel film de super-héros actuel), classification oblige. Le film a également bénéficié d’une campagne marketing absolument dantesque, multipliant les affiches et vidéos hilarantes, jeux de mots graveleux à l’appui. Les intentions sont là, le personnage est intéressant et peut potentiellement amener un peu d’air frais au genre, mais le film dans tout ça ?

 

Réponse.

UN FILM DE TIM MILLER
Avec : Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein...
Durée : 1h48
Nationalité : Américaine, Canadienne

 

Avengers était sympa. J’ai aimé ce film. Mais j’ai l’impression qu’on n’a pas vu cet aspect de l’univers des super-héros. Donc je pense que les fans veulent le voir aussi. Si tout est lisse et parfait et que tout le monde vole en Quinjet et vit dans un manoir, ça devient un peu… Je sais pas. Je suis prêt pour quelque chose de différent. Et vous ?

 

TIM MILLER

 

Le début du film ferait presque penser à Blade. DEADPOOL s’ouvre sur une scène d’action qui donne clairement le ton : ça décapite et ça se tire dessus dans la joie et la bonne humeur, le super héros est présenté dans son costume, bref on se dit qu’enfin on va avoir quelque chose de différent et qu’on va rentrer dans le feu de l’action sans s’attarder sur la naissance de l’alter-ego de Wade Wilson pendant des heures. Sauf que très rapidement le récit revient sur des rails bien plus balisés avec une origins story en flashbacks. Malgré l’enrobage, DEADPOOL reste un film de son temps. Miller a beau vouloir insuffler un rythme un poil différent via cette narration (la scène d’action d’intro se retrouve étirée sur plus d’une demi-heure), le résultat est le même que pour les autres films du genre. DEADPOOL apparaît du coup comme un film schizophrène en voulant faire quelque chose d’original mais pas trop. On se rend vite compte que ce qui différencie DEADPOOL, c’est bel et bien son personnage principal et non le film en lui-même, très classique dans son déroulement. Une trame vue mille fois (qui plus est ultra-simpliste) dans laquelle cependant le cinéaste insuffle un semblant d’originalité par moments.

 

Poule Morte

 

Les super-héros ont la hype depuis quelques années. En effet, depuis l’avènement de l’empire Marvel, ce ne sont pas moins de deux films par an minimum qui squattent les salles de cinéma. Warner, Marvel, Sony, la Fox, ces quatre studios se partagent le gâteau pour le meilleur comme pour le pire. Car si le film de super-héros est devenu un genre à part entière aussi commun que le film policier ou la comédie, il a également fait preuve d'un manque flagrant d'originalité narrative. En effet, depuis le Batman Begins de Nolan, l’industrie du film a produit une flopée de métrages qui à chaque fois s’entêtent à raconter la même chose : recommencer à zéro et raconter la genèse du héros pour la énième fois. Et il faut bien avouer une chose : ça devient chiant. Si ce schéma narratif n’est pas nouveau (Donner et Raimi en ont fait usage entre autres bien avant) cette volonté de combler les zones d’ombres a passé un cap depuis le film de Nolan et est devenu le fléau d’un Hollywood qui se sent obligé de tout expliquer au public, comme si celui-ci (trop bête apparemment) ne pouvait croire en un personnage sans voir son passé. Une uniformisation qui fait franchement peur et qui ne fait que ralentir bien souvent des intrigues qui n’en demandaient pas tant. Est-ce que le public s’est senti gêné quand en 1997 Blade est sorti ? Peu ou pas de scènes à proprement parler qui reviennent sur l’enfance du chasseur de vampire, deux trois lignes de dialogues disséminées ici et là suffisant à rendre crédible ce surhomme. Le film démarrait par une scène d’action (devenue culte) qui mettait le spectateur directement dans le bain, sans introduction de quarante cinq minutes, sans digressions. Aujourd’hui, revoir le film de Norrington fait l’effet d’une bombe : Hollywood a changé.

 

C’est pourquoi le projet DEADPOOL est intéressant.

On pense à cette romance, cœur du récit, qui se révèle touchante tout en jouant d’un décalage évident (elle est tout aussi tarée que lui). Passé le cap de l’acceptation d’un film quasi-identique à ses prédécesseurs (ce qui, on l’imagine, n’est pas chose aisée), le tout se regarde avec le sourire, et l’humour omniprésent déclenchera soit l’hilarité, soit la consternation selon le degré d’appréciation de chacun.

 

Et d’humour, le film en est gavé. Les blagues fusent, les gags bien gras se multiplient, et sont aussi bien présents dans les dialogues que visuellement. DEADPOOL étant un super héros méta, de nombreuses références à la pop culture, au cinéma, à l’univers des X-MEN (pauvre Hugh Jackman qui en prend pour son grade) voire à son acteur principal sont balancées au spectateur. Le film, conscient de son statut, va même jusqu’à plaisanter sur son budget lors de deux scènes croustillantes (dont une post-générique). Il suffit de voir l’hilarant générique d’ouverture, excellent détournement, pour se rendre compte de la connerie dont l’œuvre de Tim Miller est capable. Un jusqu’au-boutisme dans l’humour qui tranche pour le coup avec le tout venant actuel et apporte un peu de fraîcheur. C’est là-dessus que DEADPOOL va se différencier de la masse, et non par une quelconque originalité scénaristique.

Le personnage a été adouci par rapport aux comics (un psychopathe ? Oui mais pas trop quand même), le côté subversif de l’entreprise apparaît comme un poil hypocrite par moment, et l’emballage s’avère bien plus important que le fond. Un produit de consommation donc, qui fait bien attention à son image. Même si le film ne laisse que peu de répit avec ses vannes toutes les trente secondes, l’origins story a tendance à l’alourdir, ce qui est bien dommage vu que Miller semble vouloir éviter de faire comme tout le monde : la création du costume et l’apparition de celui-ci à mi-parcours sont vite expédiés via un montage parallèle et une succession de scénettes efficaces, tandis que la découverte des pouvoirs du héros est... inexistante ! Pour un film de super-héros c’est assez inattendu dans le sens où ces enjeux sont habituellement traités avec beaucoup plus d’attention et de sérieux. Pourquoi pas, mais en ne sachant pas sur quel pied danser, DEADPOOL rate quelque peu le coche et ne devient pas le film subversif qu’il voudrait et devrait être.

 

Pour un premier long-métrage, Tim Miller livre un travail correct, sans véritables fautes de goût, mais également sans génie. Montage et découpage sont globalement efficaces, le tout est lisible, les affrontements ont du punch, et la musique de Junkie XL (mélange assez sympa de synthés old school et de batteries) accompagne l’ensemble de belle façon. On sent évidemment les limitations de budget sur certains passages, mais les mano a mano font leur petit effet, même si la violence du film reste plutôt light compte tenu de son classement (le sang est présent, mais la caméra ne s’attarde pas dessus). Mais ce qui tire le film vers le haut c’est clairement Ryan Reynolds

L’acteur canadien se fait plaisir en (re) jouant le rôle de ce mercenaire qui n’a pas sa langue dans sa poche et sa tchatche fait merveille. Il est l’attraction principale du métrage, et le capital sympathie qu’on a pour l’acteur (qui peut se révéler très bon comme très mauvais selon les projets) joue en sa faveur. Tim Miller et l’acteur ont déclaré avoir fait un film pour les fans, mais on sent bien que le tout à été fait sans prendre trop de risques pour ne pas déranger le spectateur lambda et le studio.

 

Les grandes lignes sont plutôt respectées, le héros balance des vannes, tue le bad guy, sauve la nana, clap de fin, on applaudit. Ceci dit peut-être aurons-nous droit à plus avec la suite. En effet, avec cent trente-cinq millions de dollars au box office en un week-end, DEADPOOL est ce qu’on peut appeler un sacré succès et prouve que le public est demandeur de changements. On imagine que pour la suite, Miller (ou le prochain réalisateur en charge du projet) aura un budget bien plus conséquent.

 

Espérons qu’il mettra cette fois les pieds dans le plat, au lieu de timidement y tremper ses petits orteils.

 

Par A.Portier