Suite pas forcément attendue malgré le succès colossal du premier film de 1996, INDPENDENCE DAY : RESURGENCE est une nouvelle tentative de ramener au premier plan les anciennes gloires de Hollywood. Alors que la fin de INDEPENDENCE DAY n’appelait aucune suite, Emmerich et son scénariste Harold Kloser (également compositeur sur ces mêmes films) décident de faire revenir Jeff Goldblum et Bill Pullman ainsi que d’autres seconds rôles du premier afin de refaire tout péter dans un torrent de CGI. Après tout, pourquoi pas, étant donné que le film catastrophe est LA spécialité du réalisateur de 2012, son sens de la démesure étant une valeur sûre aux yeux des studios. Il n’y a qu’à voir les bides de ses derniers travaux ANONYMOUS et WHITE HOUSE DOWN pour comprendre le retour du réalisateur allemand à ses premières amours. Et pourtant, depuis sa sortie aux USA INDEPENDENCE DAY : RESURGENCE ne déplace pas les foules, se faisant méchamment corriger par le dernier Pixar ou le dernier film d’horreur tendance. Et si le public était trop vieux pour ces conneries ? Et si INDEPENDENCE DAY : RESURGENCE était la suite (déjà) de trop ? Un peu des deux malheureusement.

Ce qu’il y a de bien avec INDEPENDENCE DAY : RESURGENCE, c’est que le tout ne dure « que » deux heures, ce qui donne une rythme de croisière intense passé la laborieuse exposition et ses quinze mille allers-retours entre chaque personnage. Car il y en a des personnages dans le nouveau Emmerich. On compte au bas mot plus de dix rôles secondaires, et… Pas de rôle principal ! Goldblum semble constamment égaré, est balancé d’endroit en endroit par les scénaristes, et son personnage n’arrive jamais à vraiment exister, étouffé par tous les autres protagonistes qui veulent leur part du gâteau. Sauf qu’à force d’amener de plus en plus de monde dans l’aventure (à un moment ce ne sont pas moins de cinq personnages qui s’ajoutent à la liste, rien de moins) personne n’a de place pour être développé correctement. Résultat : une avalanche d’archétypes assez insupportables qui ne servent qu’à amener un humour souvent pathétique, quand ils ne ralentissent pas la narration pour rien. Quel intérêt de ramener le père de David et de nous infliger tout un arc scénaristique façon road movie ? Que vient faire Charlotte Gainsbourg dans l’histoire passé la première scène en Afrique ? Pourquoi faire revenir Vivica A. Fox dans un rôle mineur dont la finalité est embarrassante ?

 

Le film entier joue ainsi sur ce sentiment de nostalgie constant, en essayant de relier tant bien que mal des événements qui se seraient soi-disant déroulés il y a vingt ans et en jouant la carte du fan service facile. Pourtant, le cœur n’y est plus, et pour cause : l’arrivée des aliens et la destruction qui suit ne procure pas le moindre frisson malgré les tonnes de plans se voulant impressionnants (et ils le sont pourtant). Aucune implication n’est possible tant la mise en place semble bâclée. Le premier film pouvait se targuer de jouer sur l’attente, la découverte, ce qui rendait la fameuse scène de destruction vraiment marquante. Ici, tout semble aller trop vite (et pourtant…), on n’a pas le temps de s’attacher à un personnage plus qu’à un autre, et quand vient l’apocalypse tout est plat, aucune tension ne ressort, aucune émotion même quand un personnage important meurt devant nos yeux, la faute à une dramaturgie aux abonnés absents. Le casting a beau faire de son mieux, personne n’arrive vraiment à rendre son personnage important à nos yeux à cause d’une narration tellement éclatée qu’elle en oublie d’être efficace.

UN FILM DE ROLAND EMMERICH
Avec : Liam Hemsworth, Jeff Goldblum, Bill Pulman...
Durée : 2h01
Nationalité : Américaine

"Environ deux ou trois milliards de personnes sont mortes, donc tout le monde à perdu quelqu’un, et c’est un monde différent. Et c’est aussi un monde qui savait qu’ils allaient revenir, car ils ont trouvé des preuves. C’est donc ce monde qui devait enfin s’unir, mais cela est fait de façon très organisée. Donc désormais nous avons la première puissance et les meilleures nations du monde travaillant ensemble sur un programme de défense. Et c’est un monde très différent, un monde plutôt intéressant."

 

Roland Emmerich

 

Difficile en rentrant dans la salle de croire en ce projet qui sent bon l’opportunisme à plein nez. Et pourtant les premières minutes donneraient presque espoir. Vingt ans se sont écoulés entre les deux films, et en se servant de ce point de départ Emmerich et Kloser nous introduisent dans un monde beaucoup plus moderne, dans lequel nous avons étudié l’armement et la technologie alien. La qualité de la direction artistique fait plaisir à voir, tout comme les SFX, absolument impeccables. Cependant, ce postulat de base qui ouvre des perspectives scénaristiques intéressantes est sous-exploité, se résumant à de plus gros flingues et des avions un poil plus high tech. A aucun moment on ne voit ce qui a pu changer dans la vie sur Terre passé la première attaque autrement que du point de vue militaire. Pire encore : on est toujours pas foutu de créer des armes qui pénètrent des boucliers, et les dirigeants sont toujours aussi idiots. Mais soit, des incohérences, il y en a un paquet, et c’est pas ce qu’il y a de pire vous nous direz. Mais pour un film qui prône le changement les rapports de force sont toujours les mêmes, et la société n’a pas changé d’un iota.

"Je dois avoir des images dans la tête. Je commence à penser qu’un vaisseau doit planer, donc il doit avoir des jambes, et quand une jambe devient plus grosse qu’une ville entière on obtient un objet fascinant. J’ai toujours été fasciné par la taille, par les choses improbables que vous ne trouvez dans aucun autre film."

 

Roland Emmerich

 

Heureusement pour le spectateur, Emmerich à des sous, et il les utilise, faisant régulièrement péter des avions, des bombes, des bâtiments, fait intervenir un gros boss de fin, toujours avec le sens de la démesure. Sa mise en scène sait mettre en valeur l’ampleur de l’action, jouant sur les différences d’échelles (et Dieu sait qu’elles atteignent ici des proportions gigantesques), et il sait trouver le plan qui claque (cf cette plongé menaçante avec l’ombre du vaisseau sur la lune ou sur le désert). Mais difficile de se sentir impliqué dans ce maelstrom de bruit et de CGI qui à aucun moment ne parvient à faire ressentir les frissons de 1996 (ou des frissons tout court). Après deux heures d’abrutissement total (soyons francs : le scénario est d’une bêtise folle, les quelques bonnes idées telles l’exploration du vaisseau sont expédiées en deux scènes et les scènes d’humour font franchement de la peine), Emmerich nous annonce fièrement qu’il compte aller casser la gueule des extra-terrestres… dans l’espace, avec l’aide d’autres extra-terrestres ! Et le pire, c’est que ça donne envie. Sacré Roland.

 

PS : et OUI, un chien est encore sauvé.

 

Par A.Portier