Jurassic World

Le parc est ouvert...

à la critique !

Alors que les films dits « originaux » (qui ne sont pas des suites, des spin offs, ou des adaptations de best seller) continuent d’être de semi-réussites ou pire, de grosses déceptions au box-office, il semblerait que le public se soit identifié à un mécanisme qui semble lui paraitre fort bien huilé. Par peur de la découverte ? Par habitude ? La faute aussi à une promotion « absente » ou mal calibré de ces dits-films peut-être. Le débat reste ouvert et il suffit d’un « rien » pour que ce système ne finisse par assoir un peu plus le cinéphile dans un certain « confort ». D’ailleurs, c’est bien là l’autre problématique du système actuel qui s’amuse à (re)miser de nouveau sur certaines de ces franchises qui ont majoritairement contribué à faire son succès (tout est relatif) encore jusqu’à aujourd’hui.

Le triomphe de Jurassic World au box-office ce week-end le démontre parfaitement. Avec plus de 500 millions de dollars de recettes, Jurassic World ne fait qu’appuyer ce constat. Hollywood se repose en grande majorité sur des franchises aux noms déjà installé dans la conscience collective. Le public, lui, est toujours prêt à en redemander. Pour rappel, les plus gros succès de cette année étant toujours Avengers l’ère d’Ultron et Fast and Furioys 7. Un constat effrayant pour ces « autres » films (Jupiter Ascending, A la poursuite de demain…) qui se retrouvent parfois littéralement laissé à l’abandon par les producteurs eux-mêmes.

 

Là où tout cela devient aussi quelque peu inquiétant c’est bien dans cette volonté de vouloir confier les rênes de ses énormes blockbusters aux choix, à un inconnu total, ou alors, à des réalisateurs qui semblent ne pas avoir les épaules ni l’expérience nécessaire pour mener à bien ces franchises, pourtant initiées il y a des décennies de cela, par des grands noms.

On était donc à la fois curieux mais tout aussi effrayés à l’idée de voir une franchise initiée par Steven Spielberg, tomber dans les mains d’un certain Colin Trevorrow (réalisateur d’un seul long métrage à petit budget : Safety Not Guaranteed). Et même si le père de la saga reste toujours producteur et ce après des années de « développement hell » qui ne menaient à rien.

 

 

14 ans (!) après Jurassic Park 3, que vaut donc le nouveau cru de la saga préhistorique ?

« Nous voulions le faire de façon très équilibrée et mesurée. Tout d’abord, je sais que tous les fans vont y aller, et il y a certaines choses qu’ils voudront voir qui leur donnera l’impression qu’il y a une connexion aux anciens films qu’ils ont adorés. Et pourtant le film doit toucher un public plus large que simplement les fans de Jurassic Park. Je voulais le faire de façon à ce que cela n’empiète pas trop sur l’expérience tout en étant présent. Sur le plateau je dirais «  tenons Jurassic park dans nos mains mais pas trop fort » et c’est la règle que nous avons appliqué. »

 

Colin Trevorrow

Si il y a bien une chose qu’on ne peut enlever à Colin Trevorrow, c’est d’être respectueux des films originaux. Quitte à reprendre des plans à l’identique des anciens films, le réalisateur développe une grammaire cinématographique solide à défaut d’être du niveau des opus de Spielberg. Il se révèle être ainsi un solide technicien, emballant ses scènes d’actions avec énergie et un sens du rythme efficace. Une attaque de commando rythmée par le cardiogramme de chaque mercenaire, de long plans suivant le mouvement, du jeu sur le hors champ, et même un tournage en ratio 2.00 :1 (un compromis intéressant entre le 1 :85 et le scope en 2 :35). Il ira même jusqu’a invoquer l’esprit du maitre par le biais d’un plan séquence final très réussi.  La grande différence avec ce qui se faisait par le passé c’est que ces scènes ne sont pas pensées en amont, ne sont pas introduite de façon concise et n’ont que peu d’impact dramatiquement parlant. Si la scène du T-Rex du premier reste autant un monument encore aujourd’hui, c’est parce qu’elle intervient après une longue introduction qui jouait sur le hors champ, sur les attentes du spectateur, le tout, dosé à la perfection par Spielberg (choix du rythme, durée des plans, montages, et des idées de génie comme ce fameux verre d'eau…). Difficile d’en dire de même sur l’apparition de l’Indominus Rex qui, même si elle se révèle efficace, n’en reste pas moins peu marquante tout comme le reste des morceaux de bravoure qui parcourent le film.

 

Conscient qu’il est impossible de refaire exactement la même chose que par le passé (malgré les nombreux clins d’œil à la franchise initiale), le film s’adresse directement au spectateur via un discours méta qui finit par mettre en forme et en image les pensées de celui-ci ; « Les dinosaures ça n’effraie plus personne, il faut du nouveau, plus de dents, plus de frayeurs » nous dit-on plusieurs fois pendant le métrage. Problème : même en affirmant ceci, les nouveautés restent rares et ironiquement le film préfère recycler ce qui a été fait par le passé par le biais de scènes entières (l’attaque de L’indominus sur le véhicule des enfants). Autant dire qu’il y a presque mensonge sur la marchandise et qu’en fin de compte, le spectateur connaisseur du premier opus navigue, lui, en terrain connu. Par la suite, le manque d’idées se fait terriblement sentir. Ainsi, une certaine hypocrisie qui caractérise bien la mentalité du Hollywood d’aujourd’hui finit par opter pour la même recette (celle que la majeure partie des spectateurs connaissent déjà donc), pire encore, elle le fait de façon métronomique au lieu de prendre des risques !

Cependant et même si ça n'est que par intermittence, la formule reste efficace grâce en partie à un casting en tout point parfait. Bryce Dallas Howard campe un personnage féminin dont l’évolution est appréciable, Chris Pratt est excellent à la fois dans le registre de l’humour et dans les moments plus sérieux. Donofrio quant à lui campe un bad-guy dans un registre un peu plus classique et enfin Omar Sy, qui a finalement un rôle assez conséquent (même si pas foncièrement utile à l’intrigue). En revanche, tous ces antagonistes seront présentés dans une première partie malheureusement assez laborieuse car rythmée par des tunnels de dialogues peu passionnants. L’autre souci  avec la façon dont peuvent être fabriqués les blockbusters d’aujourd’hui, c’est de poser les enjeux de façon lourde voir quelque peu artificiel où au final très peu finissent par réussir à impliquer le spectateur.

Si la deuxième heure du premier Jurassic Park marche aussi bien, c’est parce que la première est un modèle d’exposition, présentant des personnages forts avec lesquels nous avions éprouvé sans mal de l’empathie. Tout le monde associe la franchise à des personnages comme ceux de Sam Neil et Jeff Goldbum et pourtant, ils n’étaient pas forcément des « action hero » de base. Ils étaient présentés non pas comme des figures d'action mais comme des scientifiques devant s’immiscer au sein de celle-ci, en son coeur-même. Et si le processus pouvait sembler être proche de "l'archétype", il n’en restait cependant pas moins naturel pour ainsi, faciliter l'immersion chez le spectateur. Les thématiques du film sur la fameuse « théorie du chaos » et l’humain qui se prend pour Dieu étaient alors bien plus raccords car jamais martelé sous peine de finir par devenir envahissantes avec ce que celui-ci racontait. Dans Jurassic World elles ne sont qu’un prétexte pour par la suite n’être traitées que par le biais de scènes grossières comme celles avec le personnage de Donofrio ou les passages avec le docteur Wu, qui ne servent qu'à annoncer des suites (encore une sale habitude d'Holywood).

 

Etrangement, passé cette longue introduction, on ne s’ennuie pas dans ce nouveau volet. Les scènes d’action sont nombreuse et font même preuve d’une cruauté et d’une violence assez inattendu, même si la fameuse attaque du public montrée dans les bandes annonces est expédiée un peu à la va-vite. Cette autre idée de faire des raptors des animaux « apprivoisés » (idée casse gueule sur le papier quand même), est ici plutôt réussi au final. Ils restent avant tout des mangeurs d’hommes vicieux et redoutables malgré des tentatives d’humanisation avec le personnage de Owen, qui sont parfois à la limite du maladroit.

On termine donc par regarder le tout d’un œil ouvert mais parfois peu concerné ou peu impliqué par ce qu’il se passe à l’écran. La magie n'opère définitivement que par intermittence. Le « Merveilleux », « L’Aventure »…tout cela ne marche qu’à moitié malgré une partition encore une fois parfaite de Michael Giacchino  et des CGI aussi réussis soient-ils mais qui n’ont malgré tout, pas le même impact que certains effets en animatronics d’antan (ici réduit à une scène ratée). On tombe encore dans cette facilité qui caractérise bien le système de production actuel; les CGI, bien plus souples en terme d'utilisation, sont devenus la norme, alors qu'il ne donnent pas autant de corps et n'impliquent pas autant que ces fameux robots utilisés par le passé.

Spielberg avait beau dire à l'époque que les animatronics étaient une plaie à utiliser sur le plateau mais force est de constater que le résultat reste sans appel : les plans utilisant ces fameux robots n’ont pas pris une ride, alors que celui de la découverte des diplodocus par Neil & Dern fait désormais pâle figure. Une comparaison qui résume bien l’impact de ce dernier opus de la franchise (probablement dans quelques années d’une certaine façon).

Un nouvel épisode pas désagréable mais bien loin d’être mémorable. Et pour une franchise comme Jurassic Park (3e opus exclus) c’est quand même sacrément dommage.

 

La parole d’un vieux con sans doute.

 

Par A.Portier

UN FILM DE Colin Trevorrow
Avec : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Nick Robinson...
Durée : 2h05
Nationalité : Américaine