Alors que le rouleau compresseur Batman V Superman s’apprête à tout emporter au box-office d’ici quelques mois, un retour sur son (polémique ?) metteur en scène s’impose. Et quoi de mieux que de traiter du premier film de Zack Snyder ; L'Armée des morts. Remake du métrage culte de George Romero (Zombie) sorti en 2003 et présenté au Festival de Cannes, L'Armée des morts fait partie de ces dignes héritiers du film de zombie moderne, et fut le premier à instaurer le mythe du zombie (et non de l’infecté) qui court. Au-delà de cet état de fait (pas si important), il faut souligner que les films qui traitent du mort-vivant n'ont eu depuis que peu de grands représentants au cinéma et seulement une poignée de productions se limitent au marché de la vidéo ou de la télévision. Pour autant, cela ne veut pas dire que le public n’est plus friand de ce genre horrifique, comme en atteste les succès impressionnants de séries comme The Walking Dead et son spin-off. Pour faire simple, L’armée des Morts représente surtout un des derniers films de zombie à gros budget vu au cinéma et la naissance d’un cinéaste aujourd’hui reconnu, pour le meilleur et pour le pire. Ou comment passer d’un film d’horreur ultra-violent à un blockbuster réunissant deux icônes super héroïques.

 

Flashback !

En effet, il faudra très peu de temps à Snyder pour emporter l’adhésion. Dix minutes plus précisément. L’introduction de L’armée des Morts est exemplaire ! En très peu de temps la contamination est évoquée par de petits détails : des moments de tension avortés (un ambulancier qui se réveille tel un mort à contre-jour), un premier plan lourd de sens, du hors-champ qui annonce la menace :

UN FILM DE ZACK SNYDER
Avec : Sarah Polley, Ving Rhames, Jake Weber...
Durée : 1h40
Nationalité : Américaine

2003. Le tournage du remake Zombie de Romero est annoncé. Qui est à la barre ? Un certain Zack Snyder, réalisateur jusque-là inconnu, tout droit sorti de la même école que les Michael Bay et autres David Fincher. Un « clippeur » donc, qui a à son actif des publicités pour des marques telles que Nike et Rebook. À ce jeune cinéaste incombe la charge de réaliser un important remake, avec un budget très confortable lui permettant certaines folies. Pour mettre en scène cette histoire, il s’entoure de techniciens compétents, le tout sur un scénario écrit par certain James Gunn (oui oui, le réalisateur des Gardiens de la Galaxie). Vu l’aura qui entoure le film culte de Zombie, il est difficile de ne pas avoir d’appréhension avant visionnage de L’Armée des Morts. Pourtant, les moyens mis en place et les noms associés au projet montre un réel amour et surtout respect du genre. James Gunn par exemple, a travaillé pendant des années dans la boite de production Troma, spécialisée dans les séries B (voir Z) trash. Pour donner une idée des films de la Troma, on doit à Gunn Tromeo et Juliette par exemple. De plus, la présence à la production de Richard P. Rubinstein (déjà présent en 1979), rassure quant à la direction choisie.

 

Enfin, c'est dès les premières minutes et via une intro tonitruante que notre jeune « pubard » finira par démontrer qu’il est bien l’homme sur qui on peut compter.

Man of Steel a opéré une rupture dans la filmographie de Snyder. Tout d’abord c’était l’adieu aux ralentis et autres gimmick de mise en scène associés depuis 300. Mais surtout c’était la première fois que Snyder se focalisait sur un personnage précis et non sur un groupe. Les personnages des films de Snyder ont toujours été un groupe en proie à des événements surnaturels ou les dépassant. Dans Man of Steel, c’est Superman qui est l’événement extérieur auquel tout le monde se confronte. L’armée des Morts, si il a comme protagoniste principal Ana (le film s’ouvre et se ferme sur elle), traite d’un nombre d’individus assez important, allant jusqu’à impliquer une dizaines de personnages dans sa narration. S’il n‘évite pas les maladresses (les protagonistes des films de Snyder n’ont pas attendu Man of Steel pour faire n’importe quoi pour un chien), le scénario de James Gunn arrive à jongler habilement avec les différents caractères et motivations de chacun, tout en les faisant évoluer de façon convaincante pour les plus importants d’entre eux. Ainsi, si CJ apparaît au premier abord comme l’ordure de la bande, il s’implique d’avantage au sein du groupe et devient un protagoniste attachant, qui se révèle qui plus-est dans l’action. Une attention portée sur les personnages qui fonctionne donc. Alors que Snyder n’est pas réputé pour être un réalisateur très fin, il réussit même de très beaux moments, comme en atteste cette scène d’adieu à un proche sur le point de se transformer.

 

De la part d’un supposé bourrin comme Snyder on en attend pas forcément autant :

Si Romero utilisait le mythe du mort vivant pour y incorporer une critique de la société de consommation, le film de Snyder expulse d'emblée cette métaphore. Adieu les zombies qui déambulent dans le centre commercial tel des humains (ou serait-ce l’inverse ?) car ici, la menace est contenue à l’extérieur. Ce qui n’empêche pas Snyder de faire parler la poudre à de nombreuses reprises. En effet, si L’Armée des Morts n’est pas aussi acide que Zombie dans son contenu, c’est parce qu’il préfère jouer sur l’efficacité. Une orientation tout à l’honneur de Snyder, tant la partie action du film se révèle plus que convaincante et jouissive. Utilisant très peu de CGI, les nombreuses fusillades et autres attaques de zombies sont l’occasion pour le cinéaste de nous montrer l’étendu de son talent dans ce domaine. Et c’est peu dire tant les morceaux de bravoure qui ponctuent le film sont impressionnants. Parfois très gores, nanties d’une vraie dynamique de mise en scène qui parvient à gérer son espace remplis de bonnes idées, les scènes d’action de l’Armée des Morts font sacrément leur petit effet ! Le must restera évidemment cette énorme scène dans laquelle les protagonistes foncent tête baissée avec leurs camions dans une centaine de mort vivants, découpant à coup de tronçonneuse et alignant les headshots de tous les côtés. Le culte des armes attire visiblement le réalisateur de 300, comme en atteste les nombreux inserts sur les canons. Ses fameux ralentis répondent déjà présent à ces moments-là, mais ne sont évidemment pas aussi nombreux et marqués que ceux de ses autres films

« Une des remarques que j’ai faite est que quand Romero a fait son film, la consommation de masse était un sujet tout neuf, tu sais, quelque chose qu’on venait de découvrir. Les gens étaient moins au courant du fait qu’ils vivaient dans une société de consommation/capitalisme, mais maintenant, si les gens ne savent pas que nous vivons dans une publicité, une société apparentée à une publicité cynique, un film ne va pas vous faire ouvrir les yeux. Nous avons passé beaucoup de temps sur la structure satyrique ; même la construction du centre commercial était faite afin de renvoyer à cette vision sociale/d’entreprise de notre monde. Une esthétisme sophistiquée pour donner l’illusion d’unicité, alors que la vérité est que c’est un produit de masse, fabriqué, auquel on a donné l’illusion d’être unique. »

 

Zack Snyder

L’approche de Snyder est donc radicalement différente. Si il y a bien un propos dans son film selon ses dires, il demeure infiniment moins évident à l’écran. Pour autant, si l’exécution de cet aspect demeure maladroite (la partie satirique est réduite à un montage de deux minutes, là où elle transparaissait tout le long du métrage avec le Roméro), il serait réducteur de parler du Zombie de Romero comme d’un film satirique en occultant le fait que c’est aussi un film d’horreur marquant. Un métrage qui dès les premières minutes happait le spectateur, avec une violence qui avait un propos choquant, et un enrobage en tout point fascinant (la musique des Goblin y est pour beaucoup). Romero arrivait justement à jongler entre ces deux aspects pour faire ressortir une peur de l’horreur bien plus profonde qu’un vulgaire défilé de mise à mort sommaires et gorrasses.

Snyder, lui, bénéficie peut être de beaucoup de recul vis à vis de ces thématiques, mais son film fonctionne sur un tout autre niveau, celui-ci étant bien moins viscéral, plus direct et évidemment plus hollywoodien. Mais cela n’empêche pas cet version 2004 d’exister, au contraire. Après tout, le cinéma n’est-il pas consommation ?

 

De la part d’un remake, qui vous promet à la base de voir la même chose, être conscient de son statut pour faire un film différent est un acte à la fois bienvenu et salutaire.

 

Par A.Portier

« Je suis allé au Art Center College of Design à Pasadena, et dès ma sortie de l’école j’ai réalisé une tonne de publicités et quelques vidéos. Il y a une pub Subaru qui passe à la télé dans l’intro quand Ana et son mari sont sous la douche, c’est en effet de moi. Mais bien sur, mon statut de réalisateur de publicités joue dans l’ironie évidente de la satire sur la dérive du capitalisme du film original.

 

La seule façon d’être sauvé est déjà de savoir qui on est. Mais le savoir vous donne une longueur d’avance. »

 

Zack Snyder

Tous les indices sont déjà là. Au lieu de placer leur apocalypse en plein centre ville, Snyder et Gunn décident de concentrer la menace et son implosion dans un quartier pavillonnaire tranquille. Après une courte scène de répit, la cellule familiale est attaquée sans aucune pitié. Snyder se révèle alors être un excellent technicien, un metteur en scène avant tout visuel qui sait trouver le plan qui claque tout en faisant preuve d’un découpage efficace. La fin de cette introduction verra ce petit quartier pavillonnaire réduit à feu et à sang par le biais de panoramiques et de longs plans de caméra embarquée à la voiture, permettant de jouer sur la peur et les péripéties sur la longueur, sans jamais quitter le point de vue d'Ana (à l'exception de cet impressionnant plan aérien qui petit à petit se focalise sur le véhicule de l’héroïne). En peu de temps le contrat est rempli : l’invasion est crédible, et le personnage réagit de façon cohérente, compte-tenu des événements extraordinaire qui défilent sous ses yeux :