Adeptes des films provocateurs et putassiers, Seth Rogen et Adam Goldberg ont depuis un moment créé leur propre univers constitué de personnages loufoques, de weed,et d’insultes en tout genre. C’est donc naturellement qu’on les retrouve à la tête d’un film d’animation… interdit aux moins de 17 ans aux USA et aux moins de 12 ans en France ! Un projet de longue date pour Rogen qui a mis près de six ans à le financer. Une initiative curieuse, qui avait vu sa sortie cinéma annulée en France, avant d’être reprogrammée suite à son excellent score au box office de l’autre côté de l’Atlantique. Mais du coup, ça vaut quoi TOY STORY avec des gros mots et du sexe ?

 

Réponse.

Et niveau humour Rogen et sa bande vont loin, très très loin. C’est bien simple : le niveau de vulgarité atteint par moment dépasse l’entendement pour un film d’animation, avec des « fuck », « bitch », « motherfucker » balancés à longueur de temps, et des situations/métaphores qui versent allègrement dans la pornographie pure et dure. On n’en dira pas plus, mais la fin du film possède une scène de cinq minutes qui risque de faire date. Évidemment, ce défilé de grossièretés peut agacer à la longue, surtout si on est allergique aux précédentes productions du duo Rogen/Goldberg qui tournaient vite en rond. Et étant donné que les compères ont une idée du juste milieu assez particulière ils choisissent régulièrement les extrêmes sans parfois trouver l’équilibre parfait. Prises séparément la plupart des scènes fonctionnent à merveille, mais l’ensemble apparaît vite comme une succession de sketchs qui peinent à prendre vie et à s’imbriquer entre eux.

 

C’est donc au niveau du rythme, inégal, que le bât blesse, et le film n’évite pas les longueurs malgré une durée réduite. Il faut un bon moment avant que la machine se mette en route, et les passages avec le personnage de Rogen s’avèrent parfois assez laborieux, en grande partie à cause d’enjeux assez minces et du fait que le spectateur a constamment une longueur d’avance sur les révélations du récit. Heureusement les scénaristes (Rogen, Goldberg et Jonah Hill) ont concocté toute une série de scénettes qui font souvent mouche. L’humour est ravageur, acide, évidemment vulgaire, référentiel (haaaaa cette scène sortie de IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN)  mais les auteurs font preuve d’un vrai tempo comique, et les allusions à des personnalités de la vie réelle sont très souvent payantes. A ce titre, on n’est pas près d’oublier l’alter ego de Stephen Hawkins, à se plier en deux. Il n’empêche qu’au-delà de cet aspect purement fun on est loin des standards posés par Pixar en termes de narration, et la monotonie s’installe assez régulièrement sans que l’émotion ne fonctionne vraiment. C’est ce supplément d’âme qui manque clairement à SAUSAGE PARTY et l’empêche d’atteindre le niveau de ses concurrents.

UN FILM DE CONRAD VERNON & GREG TIERNAN
Avec : Seth Rogen, Jonah Hill, Kristen Wig...
Durée : 1h29
Nationalité : Américaine

Soyons clair : le budget alloué à cette petite production (19 millions de dollars, soit presque rien) ne lui permet évidemment pas de rivaliser avec les films des maisons Disney/Pixar/Dreamworks d’un point de vue technique, mais l’ensemble s’en sort avec les honneurs grâce à une direction artistique qui regorge d’idées. Plus que la forme, c’est bel et bien le fond qui fait de SAUSAGE PARTY un objet attachant, avec une galerie de personnages hilarants bien sûr, mais aussi une réflexion acide sur la religion et la foi ce qui, dans le cadre d’une production américaine est toujours surprenant et agréable. Cette critique des croyances sert de base à une trame assez classique dans son déroulement mais surprenante dans sa conclusion. En faisant parfois fi de toute morale, l’équipe de SAUSAGE PARTY met les deux pieds dans le plat et offre une série de gags souvent jouissifs.

Ceci dit, ce que SAUSAGE PARTY perd en émotion, il le gagne en efficacité instantanée. On pourra dire ce qu’on veut de Rogen et Goldberg, mais leur patte apporte un petit vent de fraîcheur à un genre très codifié et permet au film de se démarquer du reste de la production. La question est : ce côté trash et vulgaire suffit-il à renouveler le genre en profondeur ? On serait tenté de dire pas complètement.  SAUCAGE PARTY, c’est comme une bonne blague qui nous ferait bien marrer sur le moment, mais qu’on serait incapable de raconter plus tard. Reste maintenant à savoir quel est votre niveau d’exigence en matière de poilade.

 

Par A.Portier