M.Night Shyamalan serait-il en train de retrouver une seconde jeunesse ? C’est ce que pas mal de monde affirme depuis son dernier film THE VISIT, sympathique petite peloche qui mariait avec aisance les codes du conte avec le procédé du found footage. Accompagné d’un humour noir qui faisait mouche Shyamalan avait surpris son monde et avait redonné espoir en sa personne après les douches froides qu’étaient ses quatre derniers travaux. Une longue traversée du désert qui prendrait enfin fin avec THE VISIT et aujourd’hui SPLIT, qui signerait le retour du réalisateur aux affaires sérieuses ? Oui et non.

Shyamalan revient de loin, très loin même. Difficile de signer des films de la qualité d’INCASSABLE et SIXIEME SENS à chaque fois. Et pourtant le réalisateur semble déterminé à revenir au cinéma de ses débuts, à savoir des histoires très terre-à-terre qui traitent de la foi. Bruce Willis, Paul Giamatti, Mel Gibson et d’autres ont ainsi passé les films de Shyamalan à remettre en question leur foi et leurs convictions. C’est encore une fois le sujet ici, avec une histoire qui d’un traitement naturaliste va progressivement plonger le spectateur dans une réflexion sur l’impossible. C’est ce choc entre une histoire réaliste et une thématique de l’imaginaire qui fait le sel du cinéma de Shyamalan, et cet aspect se retrouve dans le nouvel essai du réalisateur. Ce qui fait la différence avec ses meilleurs travaux c’est malheureusement sa narration au rythme inégale et moins appliquée que par le passé. Alors que sa narration linéaire était parfaite pour mettre en scène une trame efficace propice à toutes les expérimentations visuelles Shyamalan choisit de raconter le tout en entrecoupant son récit de courts flashbacks sur l’enfance de Casey. Si on comprend l’intention du réalisateur (ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort) on peine à trouver ces scènes convaincantes étant donné qu’elles cassent régulièrement le rythme du film. La figure paternelle a toujours été au centre du cinéma de Shyamalan, mais dans SPLIT elle n’est vectrice d’aucune émotion. Un comble pour le réalisateur qui avait su bouleverser son monde avec les relations de ses autres films. Ce choix se justifie cependant par un récit bien plus noir que par le passé, dans lequel l’amour n’a aucune place. Ici point de sentiments (qui étaient au coeur de la filmographie du metteur en scène à ses débuts) mais une cruauté surprenante qui étonne de la part du réalisateur.

Ce qui apparaît le plus décevant est probablement la facture technique de SPLIT, qui apparaît comme le film le plus faible de son géniteur sur ce point précis. Alors que Shyamalan était connu pour être le spécialiste du plan séquence (ce n’est pas pour rien qu’il était appelé « le nouveau Spielberg »), du hors champ et du cadre dans le cadre, il semble ici beaucoup moins inspiré. En témoigne ces très nombreux dialogues en champ/contre champ très classiques et autres gros plans sans saveurs qui marquent une véritable rupture avec son style habituel (en interview, le réalisateur déclare s’être inspiré de CACHÉ de Haneke et CANINE de Lánthimos). SPLIT vient confirmer une chose : le Shyamalan des débuts n’est plus. Tout au plus doit on se contenter d’un film techniquement solide mais qui ne semble jamais vouloir décoller ou offrir de grands moments de cinéma. De la part du réalisateur, qui par le passé était passé maitre dans l’art de la mise en scène et tirait constamment vers le haut ses scénarios par leur mise en image c’est très décevant (l’absence de James Newton-Howard à la musique n’aide pas). Heureusement tout n’est pas noir au pays de Shyamalan. Ses personnages réagissent de façon cohérente, prennent des initiatives et sont loin des archétypes de pimbeches qui ne seraient que de la chair à canon. De ce fait, et même si les scénaristes se concentrent uniquement sur Casey et le personnage de James McAvoy, les seconds rôles ont suffisamment de substance (à travers leur comportement plus que par un quelconque background) pour inspirer l’empathie et faire marcher les nombreuses scènes de tension. L’introduction du film est d’ailleurs d’une efficacité redoutable et représente un parfait exemple de la capacité du metteur en scène à happer par sa mise en image : avec une économie de moyens et un découpage impeccable Shyamalan nous met direct dans le bain et nous prouve qu’il est bien le réalisateur de chefs d’œuvre tels INCASSABLE (son meilleur film à ce jour). Quel dommage de voir alors le reste du film ne jamais décoller et rester au niveau de la série B sympa mais pas inoubliable.

Le plus triste dans l'histoire c’est que Shyamalan ne trouve rien de mieux pour rebondir que de citer ses gloires d’antan et de copier la recette Marvel dans une pirouette final qui fera à coup sûr débat. Le deuil semble alors la seule solution. Le deuil d’un grand réalisateur qui semble désormais avoir d’autres ambitions pas forcément du goût de tout le monde. Un metteur en scène qui semble fatigué et qui tente tant bien que mal de se raccrocher aux branches d’un début de carrière formidable. Pour quelqu’un qui a fait un point d’honneur à traiter de l’incroyable, il est devenu de plus en plus difficile de croire en lui. Le succès de SPLIT au box-office nous conforte en tout cas dans cette idée : Shamalan est bien de retour. Dommage que ce ne soit pas celui des débuts.

 

Par A.Portier

UN FILM DE M.NIGHT SHYAMALAN
Avec : James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley...
Durée : 1h57
Nationalité : Américaine