Voilà donc le premier spin-off de la saga STAR WARS, histoire qui n’implique pas de jedi et qui se déroule avant les événements de UN NOUVEL ESPOIR. Après des réécritures, des reshoots, et un changement de compositeur trois mois avant sa sortie, le film de Gareth Edwards sort enfin dans les salles et s’apprête à tout ravager sur son passage. Cette gestation quelque peu douloureuse pouvait soulever des interrogations quant à la qualité du produit final, et c’est sans grande surprise qu’on s’aperçoit que le récit a souffert avec toutes ces modifications.

 

Les premiers touchés : les héros.

N’y allons pas par quatre chemins : le gros problème de ROGUE ONE, ce sont les personnages, qui n’existent jamais. Et ça, pour un film censé raconter la mission suicide d’un commando c’est un gros problème. L’épisode VII avait beau être un film paresseux, il contenait de vrais protagonistes qui évoluaient et avaient une véritable trajectoire dramatique. Ici, chaque personnage qui constitue le groupe est immédiatement identifiable visuellement mais ne possède pas de véritable progression (ou alors elle est très maladroite, à l’image de Cassian, dont la supposée ambiguïté morale ne fonctionne jamais). Il n’y a aucune interaction entre les personnages de Baze, Chirrut, Bodhi et ceux incarnés par Felicity Jones (pas franchement inoubliable dans le rôle de Jyn) et Diego Luna. Impossible alors de ne pas être surpris et confus quand un des personnages se comporte comme s’ils étaient meilleurs amis avant le climax de fin alors qu’ils n’ont eux aucun vrai échange pendant l’heure et demi qui a précédée. Il est donc difficile de se sentir impliqué dans une histoire dont on connaît évidemment la conclusion, surtout que les nombreuses morts qui parsèment le climax n’ont aucun impact à cause d’un manque de développement flagrant des protagonistes ou de l’absence d’une véritable dynamique de groupe. Quand la mort la plus émouvante s’avère être celle d’un sidekick comique, on est en droit de se poser des questions.

Heureusement tout n’est pas à jeter dans ROGUE ONE. La direction artistique est à tomber et fait un bien fou après un septième épisode qui se contentait de proposer du réchauffé. Les nombreuses planètes visitées par la troupe sont toutes splendides, et proposent un dépaysement total dans un univers qu’on commençait à connaître par cœur au cinéma. Même constat du côté des monstres (peu présent ceci dit), costumes, et des designs en général. Visuellement ROGUE ONE est donc un pur plaisir, surtout que Edwards est très compétent quand il s’agit de se la jouer Emmerich en jouant sur le gigantisme de certaines situations. Ce jeu sur les échelles donne lieu à des scènes parfois incroyables et à des plans qui restent gravés après visionnage. À cela s’ajoute un véritable sens de l’iconisation qui fait des merveilles et  réserve son lot de passages formidables. Toutes les scènes avec Dark Vador sont ainsi de fabuleux morceaux de mise en scène, et sa dernière apparition risque fort de faire date tant elle représente un fantasme qui prend vie sur pellicule. Mais là encore, aussi fabuleuses soient-elles, ces scènes n’ont qu’un intérêt moindre scénaristiquement parlant et ne sont que pur fan service.

 

On ressort donc très mitigé de ROGUE ONE, conscient d’avoir vu un spectacle tout à fait honorable dans son déroulement mais plombé par des scénaristes qui oublient leurs personnages en chemin. C’est probablement ce qu’il y a de plus triste : à aucun moment l’histoire de ces nouveaux personnages ne se révèle émouvante, on a pas l’impression d’avoir vécu l’aventure avec eux, juste de l’avoir observé de loin, manque d’empathie oblige. Le film ne marche pleinement que quand il raccroche les wagons avec la trilogie de Lucas. Edwards invoque Vador, Tarkin (pourquoi ressusciter Peter Cushing via des CGI au rendu imparfait plutôt que de caster un nouvel acteur ?), Leia, et pousse les curseurs du fan service au maximum.

C’est cet aspect qui fonctionne limite le mieux. Pour un film qui est censé raconter une nouvelle histoire c’est triste. Et Michael Giacchino a beau faire ce qu’il peut avec son très bon score (enregistré en quatre semaines), ce qui se déroule sous nos yeux est aussi impliquant qu’une vidéo réalisée par un fan sur youtube.

 

Du beau travail complètement désincarné, et un énorme gâchis : voilà ce qu’est ROGUE ONE.

 

Par A.Portier

UN FILM DE GARTEH EDWARDS
Avec : Felicity Jones, Diego Luna, Mads Mikkelsen...
Durée : 2h13
Nationalité : Américaine