Terminator Genisys

Le (vrai) jugement

dernier !

Il y a des films que l’on pouvait craindre pour cette année 2015 et ce, pour de multiples raisons.

Terminator Genisys en faisait partie. En effet, la genèse de ce nouvel opus de la saga initiée par James Cameron revient de loin, voir même d’entre les morts et c’est peu de le dire !

 

Un petit rappel des faits s’impose.

 

En 2009 sort Terminator Renaissance. Arnold Schwarzenegger alors gouverneur de Californie, ne peut reprendre son rôle du célèbre T-800 et la production décide alors d’orienter la saga vers un nouveau terrain, à savoir le fameux Futur décrit pas Kyle Reese (dont on voit les bribes à chaque début de film). La saga se focalisera alors sur John Connor (cette fois-ci incarné par Christian Bale) et sur la résistance qui s’opère contre les machines. Même si le budget initial du film avait pu être remboursé, son résultat au box-office s’avère néanmoins être décevant compte tenu de l’aura de la franchise. Celle-ci continuera même d’agoniser lentement suite à l’arrêt pur et simple de la série Sarah Connor Chronicles. La licence Terminator finit par peser beaucoup trop lourd pour Halcyon, les recettes amassées de Renaissance et de la série n’auront pas suffi à la société pour éponger ses dettes (32 millions de dollars selon les rumeurs). Une licence que la société avait acquise en 2007 pour 25 millions de dollars. La suite ? (quasiment) tout le monde la connait.

 

LionsGate décide d’entrer dans la partie en proposant 15 millions de dollars afin de récupérer les droits, puis la productrice de Summit Entertainment (Twilight entre autre) s’était dit elle aussi très intéressée, Sony Pictures aussi (qui avait déjà distribué Renaissance) avait longuement été pressenti pour reprendre les droits…Au final, ce n’est pas à Sony Pictures ni à Lionsgate et encore moins Summit Entertainment, mais à Pacificor (une société de fonds de couverture) que Halcyon vendra les droits pour 29,5 millions de $. Fait étrange cependant car durant la même période, Halcyon accusait Pacificor d’extorsion, de corruption et de fraude, finissant par réclamer 30 millions de $ de dommages. Rappelons qu’en 2007, les droits de la franchise Terminator étaient passés des producteurs Andy Vajna et Mario Kassar à la société de fonds privés Halcyon donc, pour 30 millions de $. Et qui avait prêté l’argent à Halcyon pour conclure l’affaire ? Pacificor (!).

Coup de théâtre final, d’un commun accord entre les deux parties, Halcyon touchera 5 millions sur tous les prochains films de la franchise qui sortiront à l’avenir. Un autre petit arrangement a aussi été passé entre les deux parties pour effacer les dettes qu’Halcyon pouvait avoir envers Pacificor ou d’autres créditeurs…BREF !

 

Lorsque l’on vous dit que la franchise Terminator revient d’entre les morts, la métaphore choisie semble particulièrement évidente.

 

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la façon dont James Cameron avait perdu les droits à l’époque, voici un article qui pourrait vous intéresser.

Puis finalement, on apprend non seulement que Skydance (Star Trek, Jack Reacher, M:I Protocole fantôme…) & AnnaPurna Pictures (Foxcatcher, Her, Zero dark thirty…) récupèrent les droits mais on apprend aussi et surtout, le retour d’Arnold au sein de la franchise. A partir de là, la machine est enfin (re)lancée ! Plusieurs metteurs en scènes se retrouvent très vite pressentis. D’abord Justin Lin qui a le vent en poupe grâce aux succès immenses des Fast and Furious 4, 5 et 6 et aurait même discuté avec l’acteur autrichien d’un véritable potentiel nouveau volet dans lequel il reprendrait son rôle fétiche. Mais si ça avait été aussi simple…La valse des réalisateurs continue ! On parle d’Ang Lee (L’odyssée de Pi), puis Rian Johnson (l’excellent Looper), Denis Villeneuve (Prisoners)…A l’arrivée, c’est en la personne d’Alan Taylor jusque-là réalisateur d’épisodes de Game of Thrones et de Thor 2 que le projet Genisys finira par se tourner.

 

Comme pour Colin Trevorrow (Jurassic World), on se dit naturellement que ça n’est pas forcément le réalisateur le plus « rassurant » sur le papier pour tenir et mettre en place un tel projet. Surtout quand le script est co-écrit par Patrick Lussier, auteurs des Dracula 2000, Meurtres à la Saint Valentin 3D, Hell Driver…Pas vraiment des chefs d’œuvre qui plus-est vous en conviendrez. Le casting final est alors annoncé, provoquant par la suite la colère de certains fans. Et pour cause : Jai Courtney, qui reprendra ici le rôle de Kyle Reese, n’est pas spécialement dans le cœur de nombreux cinéphiles après un Die Hard 5 de sinistre mémoire. Ceci dit Arnold Schwarzenegger revient officiellement dans son fameux rôle, ce qui finissait par attiser un minimum notre curiosité. De plus, même si son Terminator Renaissance s’est fait violemment critiquer, McG délivrait à l’époque une mise en scène solide, citant ouvertement en interview Les Fils de L’homme d’Alfonso Cuarion comme étant l’une de ses principales références. Nanti d’une direction artistique de qualité qui rappelait fortement Mad Max par moment, Terminator Renaissance était aussi l’occasion d’introduire un mystérieux acteur Australien (Sam Worthington, totalement méconnu du grand public) qui finissait par littéralement voler la vedette à Christian Bale. Et pour Le soulèvement des Machines ?  Même s’il n’arrivait pas à la cheville de James Cameron, Jonathan Mostow avait déjà prouvé par le passé qu’il était un solide artisan (les excellents Breakdown et U571), parvenant même à emballer des scènes dantesques pour certaines d’entre-elles comme la fameuse course poursuite en pleine ville entre Schwarzy et Loken.

 

On pouvait donc laisser le bénéfice du doute à Taylor, même si la campagne promotionnelle du film s’est avéré catastrophique, spoilant sans vergogne son twist central par le biais de bandes annonces tout simplement mauvaises. Le film avait-il déjà grillé toutes ses cartouches ou gardait-il sous le coude quelques surprises ? Et si Terminator Genisys pouvait même avoir une chance d’être meilleur qu’on ne pouvait le penser ?

 

Réponse.

Les paroles de Alan Taylor résument très bien le parti pris de ce nouveau Terminator. D’abord annoncé comme un reboot puis un remake, le film prend finalement la forme d’une suite directe se passant dans une dimension parallèle (un peu comme JJ Abrams l’avait judicieusement  fait avec son Star Trek en quelque sorte). Lors de la première demi-heure de métrage, ce sont ainsi des scènes entières qui sont parfois revisitées ! Celles-ci sont désormais soumises à des histoires de voyage dans le temps plus poussées, rappelant le principe de Retour vers le Futur. Mais ce qui pouvait être une façon originale et ludique de revenir vers la saga, s’avère à l’arrivée n’être qu’un piège fatal dans lequel le film tombe très vite. En effet, il est difficile de ne pas soupirer devant ces longs tunnels de dialogues expliquant de façon laborieuse les tenants et aboutissants ainsi que les principes de timelines au sein de cette « nouvelle » histoire. La grande force du premier Terminator c’était justement de raconter énormément de choses avec peu. Bien que lintrigue se complique inutilement pour se donner des airs de blockbuster intelligent, le Genisys d’Alan Taylor ne raconte finalement rien ou si peu par rapport aux opus précédents. Dans le premier volet, le fameux Futur se résumait à de brèves séquences de cauchemars de Reese, ou à une rapide introduction dans le deuxième opus qui faisait froid dans le dos. Il faut aussi dire que Cameron avait toujours l’Idée de génie qui allait avec. En un plan (avec ce crane écrasé par un robot), Cameron marquait les esprits et la rétine. Ici l’introduction dans le futur et la fameuse « guerre » se révèlent être une pauvre séquence d’action d’une extrême fadeur, sans aucune ampleur en plus d’être victime d’une impression de déjà-vu.

Un comble quand on voit que les deux premiers volets sont respectivement sortis en 1984 et 1991 !

 

L’autre problème majeur : Le casting. Jai Courtney fait ce qu’il peut mais ne colle définitivement pas au rôle, Emilia Clarke se révèle très mauvaise alors que physiquement son choix est intéressant (elle possède des traits de visages de l’ancienne Sarah Connor/Linda Hamilton), à aucun moment Jason Clarke n’arrive à insuffler un minimum de peur dans son personnage alors qu’il est censé être le Némésis de ce nouveau volet. Et enfin, J .K Simmons se révèle embarrassant dans un rôle tout simplement inutile.

Retour aux origines de la saga oblige, la construction du film se calque sur le schéma instauré par le premier volet, à savoir une longue course poursuite entre nos héros et leurs Némésis. Les scènes d’action sont dispersées de façon régulière sauf que problème : Alan Taylor s’avère toujours être un piètre metteur en scène, emballant mollement ces séquences qui devraient être pourtant mémorables.  Le tout est accompagné d’une bande-son peu inspirée qui balance le fameux motif musical n’importe comment, à n’importe quel moment.

On est bien loin de l’excellent score de Marco Beltrami pour T3.

 

Le pire c’est qu’à la mise en scène quelconque vient s’ajouter le problème des effets spéciaux,  et lorsque l’on se souvient qu’en 1991 James Cameron mettait en scène une course poursuite épique sur autoroute entre une camionnette et un hélico (le tout sans CGI), qu’en est-il aujourd’hui ? Et bien Taylor réalise lui aussi sa petite course poursuite en hélico mais cette fois en plein centre-ville et le tout dans un rendu CGI parfois affreux ! Dépourvu d’un quelconque impact, l’implication émotionnelle du spectateur (déjà pas au mieux) finit par être sévèrement proche du zéro.

Ici, on peut tout à fait reprendre le fameux débat : « live contre CGI » et l’on pourra longtemps parler des différences et des préférences selon les spectateurs entre les deux procédés. Mais de nos jours, il est très difficile pour un metteur en scène de se reposer entièrement sur la synthèse, celle-ci dévoilant très facilement ses défauts à l’écran. L’un des problèmes d’Hollywood de nos jours réside dans cette fâcheuse tendance à considérer les effets spéciaux comme une nécessité et non comme une finalité (nous en parlions déjà dans notre critique sur Jurassic World).

 

Pour terminer, on ne peut que vous conseiller à tous de comparer la poursuite en hélicos de Genisys avec celle de Terminator 2. Après l’avoir vue, on peut vous assurer que celle-ci parait déjà obsolète pour ne pas dire complètement dépassée car gâchée par des effets spéciaux beaucoup trop voyants et bâclés.

Remise au goût du jour oblige, la menace Skynet devient quant à elle une application pour mobile et tablette, qui gère également l’armement militaire nucléaire. Une idée à la fois ridicule à l’écran et inutilement compliquée une fois de plus. Le film est constamment coincé entre cet hommage aux premiers opus et la volonté d’apporter du neuf. Sauf que le problème est que le premier Terminator était suffisamment bien abouti pour se suffire à lui-même, avec une conclusion qui n’appelait pas forcément de suite dans la foulée. Terminator 2 lui, était parvenu à imposer le modèle de la suite « biger and louder ». Un budget colossal, une date dans l’histoire du cinéma d’action/sf et des effets spéciaux qui eux-aussi avaient su marquer le monde des frères lumières, en plus d’être une réflexion sur la place des machines et de la robotique au sein de la société. Le fait est qu’à l’époque, la technologie était loin d’être aussi avancée qu’elle ne l’est aujourd’hui, et le film de Cameron se révélait donc en avance sur son temps, en traitant d’une technologie qui défie l’imaginaire dans un monde qui en était qu’à ses balbutiements. En 2015 il est peut être raccord de traiter de cette peur à l’heure où tout le monde est connecté, mais l’écriture maladroite ne fait que finir par  faire sombrer cette idée dans le ridicule. Comment croire une seule seconde à cette histoire d’application qui est affichée H24 sur tous les téléphones (décompte à l’appui) et qui est offerte aux enfants pour leurs anniversaires, alors qu’on ne ressent à aucun moment que le monde en a forcément l’extrême nécessité, ou simplement un minimum le besoin.

 

En voulant à tout prix étendre la mythologie Terminator, les producteurs et réalisateurs se sont vite pris les pieds dans le tapis. Si Terminator 2 réussissait avec brio à proposer un divertissement différent du premier tout en prolongeant les thématiques, le reste de la saga peine à offrir quelque chose de neuf. Même si il comporte quelques séquences jouissives, le troisième volet s’est avéré être un décalque du deux sans forcément apporter de véritables nouveaux éléments. Le quatrième, en voulant partir dans une direction opposée afin de nous dévoiler un Futur qui n’en était qu’à ses balbutiement, ne racontait pas grand-chose d’intéressant au final. En clair (et n’ayons pas peur de le dire), ces nouveaux volets n’existent que pour prolonger le plaisir du spectateur/fan de la franchise alors que les deux premiers Terminator, EUX, sont et restent parfaitement complémentaires.

 

Le premier est un petit film de science-fiction qui vire parfois-même vers le genre horrifique et qui, grâce à son scénario impeccable, tire le tout vers des cimes inespérées. Le deuxième volet est parvenu à imposer un modèle hollywoodien, tout en poussant la technologie plus loin (sans Terminator 2 et ses effets spéciaux pas de Jurassic Park), devenant à l’époque le film le plus cher de l’histoire et un véritable évènement. Les suites sont des blockbusters standards difficilement mémorables. Ils avaient cependant des qualités, mais James Cameron avait placé la barre tellement haute en 1991 qu’il est aujourd’hui encore presque impossible d’égaler cet exploit.

 

Doit-on obligatoirement jouer au jeu de la comparaison comme nous l’avions fait avec Jurassic World ? Pas forcément, mais il faut dire que les initiateurs de ces deux projets que sont Terminator Gensisys & Jurassic World cette année en l’occurrence, n’aident clairement pas le spectateur non plus. Car à vouloir trop jouer la carte de la nostalgie, ce sont les films eux-mêmes qui finissent par avoir le « cul entre deux chaises ». Ce sont des licences fortes qui ont été initiées par des metteurs en scènes de renoms, créées dans les années 80/90, dans un système hollywoodien qui n’était pas du tout le même, avec un ton et une production particulière. Cette proportion à vouloir ramener en avant ces fameuses licences aujourd’hui, en leur apposant un traitement « années 2010 » est un exercice très délicat que peu de réalisateurs réussissent. George Miller a prouvé que cela était possible. Colin Trevorrow a montré que ça ne marchait que par intermittence. Alan Taylor, lui, est la preuve vivante que c’est (malheureusement) bien souvent voué à l’échec.
 

Malgré tout, le débat reste ouvert. Doit-on se satisfaire de films « corrects » quand on va voir un Terminator ? Bonne question. En revanche ce qui est sûr par-contre c’est que les mauvais films, eux, ne restent pas.

 

Par A.Portier

UN FILM DE Alan Taylor
Avec : Arnold Schwarzenegger, Jason Clarke, Emilia Clarke...
Durée : 2h06
Nationalité : Américaine

« Ce n'est pas aussi simple parce que nous essayons d’en faire beaucoup. Nous essayons d’étendre les choses qui ont existées dans la mythologie précédente et de rester authentique tout en lançant quelque chose de nouveau. Il y a donc une sorte de complexité qui vient avec, qui je pense participe à la qualité de ce nouveau film et finira par le rendre plus riche. »

Alan Taylor

Reste Arnold Schwarzenegger qui arrive encore à tenir son rôle sur ses épaules. Le chêne Autrichien en impose toujours malgré son âge mais il doit malheureusement aussi composer avec des scènes parfois embarrassantes. Il faut dire que l’humour catastrophique du film n’aide clairement pas. Pour donner un aperçu de la chose dites-vous que la fameuse scène coupée du T-800 souriant dans T2 est ici reprise par trois fois (!). Et pour couronner le tout, les scénaristes de Genisys ne trouvent rien de mieux que de nous jeter sans aucune finesse et en pleine figure l’un des thèmes cher à la saga. En effet, la thématique de la figure paternelle propre au deuxième volet finit par être reprise ici mais de façon bien plus lourde et constamment appuyée (le T-800 étant appelé de façon très régulière pops/papa). Voulant à tout prix creuser les thématiques « familiales » de la franchise, les scénaristes finissent même par faire l’énorme erreur d’humaniser la version bad-guy de John Connor, rendant ainsi sa menace complètement caduque.

Malgré toutes ces fautes de goûts, on peut se dire qu'Alan Taylor va peut-être orchestrer des manos à manos bien bourrins entre organismes cybernétiques. Hélas, cet autre point fort qui a longtemps fait le sel de la saga se retrouve être parfois complètement tronqué dans Genisys. Les affrontements entre le T-800 et ses adversaires robotiques sont traités en hors champs par deux fois, reléguant ainsi le choc des titans hors du cadre ! Une énorme faute de goüt là aussi et difficilement pardonnable, surtout quand cela amène des trous scénaristiques grossiers (Schwarzenegger disparaît et réapparait comme une fleur sans conséquence selon le bon vouloir des scénaristes). Il y a bien quelques débuts de combats prometteurs (celui à l’hôpital fait son petit effet quand il commence), mais mis à part le final ils sont tous tués dans l’œuf dans la minute qui suit.

On comprend l’amour qu’ont le réalisateur et ses scénaristes pour les deux premiers volets de James Cameron, auxquels ils rendent hommage régulièrement, profitant même de remettre en avant l’histoire d’amour entre Reese et Connor, mais celle-ci ne marche jamais la faute (encore une fois) à un acting peu convaincant. Le dilemme qui habite Sarah Connor est une bonne idée pourtant (comment tomber amoureuse en étant consciente du futur et du funeste destin de son compagnon) mais l’écriture pataude de ces scènes tire constamment ces bonnes intentions vers le bas. 

« Pour moi, un des éléments principaux des deux premiers films était le fait qu’il était toujours question du monde que nous connaissons tous, dans lequel nous pouvons nous projeter en tant qu’humain ; dans lequel nous pouvons nous raccrocher au fait que quelque chose de complètement incroyable et d’instoppable puisse se produire. Lorsque qu’ils en sont arrivés à Terminator Renaissance, qui se déroulait complètement dans le futur, j’ai eu l’impression qu’on avait perdu le propos principal de la mythologie Terminator. »

Alan Taylor