Y a-t-il une vie après HUNGER GAMES ? C’est ce qu’espère Gary Ross qui, avec THE FREE STATE OF JONES, compte bien se racheter une crédibilité. En effet, on ne pouvait pas vraiment dire que la première aventure de Katniss Everdeen au cinéma brillait par sa mise en scène. Au contraire : dialogues d’une platitude effrayante, un manque d’ampleur flagrant, des scènes d’action d’une laideur sans nom (contrairement à ce que beaucoup pensent, Steven Soderbergh ne serait resté que deux jours en tant que réalisateur de seconde équipe)... On était donc assez inquiet quant à la tenue technique de son nouveau film, quand bien même ce dernier faisait plutôt envie. Entre un contexte historique plaisant, un brillant acteur dans le premier rôle et un récit ambitieux, le projet avait de quoi attiser notre curiosité. Mais celle-ci est un vilain défaut, et THE FREE STATE OF JONES va vite le confirmer.

On se plaît à rêver d’un magnifique film d’aventure, surtout que cette tranche d’histoire assez méconnue méritait amplement un script et une mise en image autrement plus riches. Malheureusement, si les fabuleux paysages du Mississipi émerveillent régulièrement et que la très belle lumière signée Benoît Delhomme rend honneur au film, on ne peut pas en dire autant de la mise en scène en général, très plate et sans saveur. Il y a bien un parti pris d’en montrer le moins possible qui fonctionne sur beaucoup de scènes, en mettant l’accent sur un personnage en particulier et non sur ce qui l’entoure, mais Ross n’étant pas Spielberg cette gestion du hors champ n’est pas accompagnée d’idées scéniques fortes, d’autant plus que la question du point de vue est très relative ici : on ne verra pas ce qui se passe sur le champ de bataille autour de McConaughey par exemple, mais on fera régulièrement des allers-retours entre les différentes factions et des bonds dans le temps sans que Newton Knight ne soit présent. Cette réalisation toute en retenue devient ainsi vite problématique, Ross n’arrivant que rarement à faire passer des émotions à travers les images. L’absence de scope et la platitude des rares scènes d’action achèvent de faire de THE FREE STATE OF JONES une sorte de gros téléfilm de luxe qui aurait plus sa place sur HBO ou Netflix que sur un grand écran censé transmettre le souffle épique d’un tel récit. A trop vouloir en faire, le film de Ross se prend les pieds dans le tapis et échoue sur presque tous les points.

UN FILM DE GARY ROSS
Avec : Matthew McConaughey, Gugu Mbatha-Raw, Mahershala Ali...
Durée : 2h20
Nationalité : Américaine

Guerre de sécession, 1861. Newton Knight, fermier de profession, déserte le champ de bataille et se réfugie dans les marais du Mississipi. Là-bas, il rencontre les esclaves, les autres déserteurs, les exclus de la société. C’est avec ce groupe qu’il va lentement construire une petite armée et se battre contre les états confédérés. Il va ainsi créer par la suite le premier état où les hommes ont les mêmes droits, qu’ils soient noirs ou blancs. L’histoire de THE FREE STATE OF JONES se déroule de 1861 à 1940. Si l’intention d’étaler le récit sur près d’un siècle est louable, l’exécution montre ses limites passé la première heure, avec des ellipses grotesques et un script qui semble ne plus savoir quoi traiter (on ramène le KKK le temps de trois plans) et qui confond ambition et précipitation. Difficile de s’attacher à quelque personnage que ce soit hormis celui de Matthew McConaughey, étant donné qu’ils traversent tous le film tels des fantômes sans véritables développement. Un comble quand Gary Ross tente de s’attarder sur le sort parfois malheureux de ces derniers. On pense au personnage joué par le très bon Mahershala Ali, très important dans les faits, mais dont le traitement laisse bien trop à désirer. Pire encore, les quelques flashforwards qui interviennent de temps en temps plombent complètement le rythme et sont amenés n’importe comment, un comble pour un film qui parle d’héritage.

Dans l’ennui ambiant surnage Matthew McConaughey, formidable encore une fois. L’acteur, qui n’a plus rien à prouver, se révèle à l’aise dans tous les domaines et arrive à faire passer une palette d’émotions variées pendant 2h20 - hélas en vain. On aura beau essayer d’aimer le film, THE FREE STATE OF JONES confirme l’incapacité de Gary Ross à assurer sur des projets un tant soit peu ambitieux (il est également co-scénariste ici, et traîne le projet depuis de nombreuses années). On se plaît à rêver du même film avec un réalisateur de la trempe de Kevin Costner. En l’espèce, THE FREE STATE OF JONES est ce qu’on appelle un énorme gâchis.

 

Par A.Portier