Réalisateur du sympathique LES PROIES sorti en 2007, Gonzalo López-Gallego n’avait malheureusement pas transformé l’essai par la suite avec les médiocres OPEN GRAVE et APOLLO 18. La découverte d’un nouveau film du bonhomme n’avait donc pas grand-chose pour nous enthousiasmer, mais le sujet de ce dernier et son casting avaient su attiser la curiosité du fan de série B aride et violente qui sommeille en nous.

 

Bonne pioche : THE HOLLOW POINT est une bonne surprise qui redonne foi en son réalisateur.

THE HOLLOW POINT rejoint la liste des films de cartel et autres polars traitant des conflits à la frontière mexicaine. C’est le trafic de munitions qui est ici à l’honneur, avec une trame certes simple et en apparence déjà vu, mais un traitement qui fait plaisir à voir. La violence du film est bien là et fait mal, très mal, avec des mains coupées à la machette, des visages défigurés par l’acide ou des meurtres qui interviennent sans prévenir. Genre oblige le ton du film est assez noir : les personnages  sont des raclures de la pire espèce ou des alcooliques notoires, doivent faire des choix parfois drastiques et franchir la ligne qui sépare les bons des méchants (Patrick Wilson, fusil à la main, qui fait une descente chez un couple, ne rigole pas mais alors pas du tout). López -Gallego est suffisamment malin pour contourner certains clichés du genre, quitte à sous-traiter des passages qu’on aurait imaginé plus long (l’alcoolisme de Ian McShane et son retour aux affaires qui se fait littéralement en un plan par exemple). La principale fausse note du métrage est le personnage féminin assez grossier joué par Lynn Collins qui ne fait parfois que répéter certaines choses que le spectateur venait de voir. Heureusement la palette de personnages est suffisamment variée et marquante pour faire passer la pilule : McShane a la classe et joue un registre qu’il connaît sur le bout des doigts, Wilson est globalement très convaincant, et Leguizamo est parfait dans un rôle presque muet et très premier degré.

C’est à travers ces âmes perdues que Gonzalo López-Gallego et son scénariste vont nous entraîner dans une quête de vérité et de vengeance qui changera à jamais leur destin. Personne n’aura gagné au change à la fin. Le long métrage s’avère parfois imprévisible dans ses péripéties et cite le S7VEN de Fincher dans son final, dont la noirceur fait franchement plaisir, même si THE HOLLOW POINT ne s’avère pas aussi radical dans son propos et son exécution que CARTEL ou SICARIO (pour ne citer qu’eux). Quant à la tenue visuelle de l’ensemble, elle est assez satisfaisante pour emporter l’adhésion : López-Gallego sait tout aussi bien mettre en scène de rares mais percutantes scènes d’action que des moments plus calmes via un filmage efficace (souvent composé de longs plans laissant les personnages évoluer dans le cadre ou travailler leur complicité dans la longueur)  et un scope qui met en valeur l’atmosphère particulière de ce petit patelin.

 

THE HOLLOW POINT partage ainsi avec nombre de films du genre le thème du cercle de la violence en faisant de son bad guy un vulgaire pion et en établissant une hiérarchie au sein des forces en présence. C’est de cette gradation des éléments que découle une véritable noirceur qui tire le film vers le haut. Il est alors fort dommage de voir le réalisateur et son scénariste céder aux sirènes du happy ending lors d’une dernière minute en trop qui contredit tout ce qui a précédé (restez après la fin cependant, une petit scène bonus fort sympathique vous attend). Une petite faute de goût qui fait un peu tâche dans une œuvre pas parfaite mais qui s’avère être une bonne surprise qu’on n’avait pas forcément vu venir.

 

Par A.Portier

 

(THE HOLLOW POINT sera distribué par MetropolitanFilmExport mais n'a pas encore de date de sortie française).

UN FILM DE Gonzalo López-Gallego
Avec : Patrick Wilson, Ian McShane, Lynn Collins...
Durée : 1h37
Nationalité : Américain