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NICE

guys

GUESS WHO'S BACK ?

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Il nous avait manqué. Shane Black, scénariste-star dont les scripts s'arrachaient à prix d'or dans les années 80-90, roi de la punchline et du buddy-movie consacré dès l'âge de 25 ans avec L'ARME FATALE, a connu une ascension fulgurante jusqu'au bide retentissant de AU REVOIR A JAMAIS, film mal aimé de Renny Harlin pour lequel il avait été payé 4 millions de dollars (quand même). Rangé des voitures après ce revers, totalement tricard à Hollywood, il n'a retrouvé le chemin des plateaux qu'en 2006 avec KISS KISS BANG BANG, petit bijou qu'il a réalisé et qui marqua son come-back en même temps que celui de Robert Downey Jr. L'acteur, dont la trajectoire est similaire à bien des égards, saura lui renvoyer l'ascenseur au meilleur moment avec IRON MAN 3, Black prouvant avec cette commande qu'il pouvait, à nouveau, être bankable. Quoi qu'on pense de cette production Marvel, le désormais réalisateur/scénariste a réussi, par petites touches, à y imprimer sa patte si reconnaissable (Starck qui doit repartir de zéro, sa relation avec le gamin, les punchlines...), et ses fans de la première heure pouvaient dès lors sérieusement se prendre à rêver d'un retour en force de Black sur un projet plus personnel. Ce projet rêvé, c'est THE NICE GUYS. Et ça défonce.

 

Le pitch. LA, 1977. Holland March (Ryan Gosling), détective privé veuf et alcoolo, et Jackson Healy (Russel Crowe), casseur de tronches professionnel vont devoir, après une rencontre pour le moins fracassante, faire équipe pour retrouver la trace de la jeune Amélia, jeune fille disparue qui est à la fois le contrat du premier et la cliente du second. Leur recherche va d'abord les amener à enquêter au sein du milieu du porno, mais les emmènera ensuite beaucoup plus loin...

Incarnés à la perfection par un Ryan Gosling on fire en Pierre Richard torturé (si si c'est possible) et un Russel Crowe qui se la joue ours mal léché au grand cœur, ses héros sont comme d'habitude profondément imparfaits, traînent derrière eux un lourd passif (la mort de sa femme pour March, les hommes qu'il a tués pour Healy) en même temps qu'un blues tenace (Healy qui aspire a se rendre « utile » ou le « You will never be happy » de March qui renvoie directement au monologue de Joe Hallenbeck devant son rétroviseur au début du DERNIER SAMARITAIN) et n'aspirent qu'à une rédemption salvatrice qu'ils trouveront dans un héroïsme retrouvé à la toute fin du film, moment jubilatoire qui rendra heureux tout cinéphile normalement constitué.

 

Au-delà de ce schéma récurrent et attendu, ce qui fait la valeur d'un film comme THE NICE GUYS c'est évidemment l'écriture ciselée de Black en même temps que sa capacité en tant que réalisateur à mettre en valeur chaque élément de son intrigue. De l'intro démente jusqu'au final chorégraphié à la perfection, chaque pièce du puzzle s'imbrique tout naturellement, chaque réplique tombe à pic et chaque gag est mis en valeur comme il se doit avec un sens consommé du timing. Pourtant jamais ce travail d'orfèvre n'empêche la surprise et la spontanéité d'émerger, et le spectateur se laisse tranquillement balader de surprise en surprise par la grâce d'un auteur qui sait aussi jouer du hasard, des coïncidences et des rebondissements inattendus souvent liés à la maladresse du personnage hilarant de Gosling. La jubilation instantanée du spectateur est évidemment renforcée par l'ambiance visuelle et sonore purement 70's, manière de jouer à la fois sur une forme de nostalgie mais aussi, plus simplement, de se faire plaisir avec une bande son outrageusement groovy. Cool, drôle et sexy, le film file ainsi tout droit à l'inverse d'un KISS KISS BANG BANG plus foutraque, mais partage avec ce dernier une forme de commentaire (plus indirect cette fois) sur le cinéma et, au-delà, sur la société d'aujourd'hui (voir ce moment où Healy annonce à un type qu'il épargne qu'il a littéralement été sauvé par un PG-13). Au final, si les héros changent le monde reste le même mais peu importe : seuls comptent la trajectoire des personnages, leur honneur retrouvé, l'amitié qui les soude tout autant que l'amour d'une petite fille pour son père (je vous ai dit à quel point elle était géniale la petite fille au fait ? Non ? Ben voilà c'est fait).

UN FILM DE SHANE BLACK
Avec : Russel Crowe, Ryan Goseling, Matthew Bomer...
Durée : 1h56
Nationalité : Américaine

Que les choses soient bien claires : un jour l'humanité se divisera entre ceux qui ont vu THE NICE GUYS en salle et les autres. En cette période morose qui ne voit plus qu'une poignée de films à 300 patates sortir des studios hollywoodiens, le film de Shane Black est une oasis d'espoir et de bonheur comme on osait plus en voir, une véritable bouffée d'air frais et un retour à un type de films qui n'existe tout simplement plus. Pensez donc : un pur buddy movie budgété à environ 50 millions de dollars (aujourd'hui entre 2 et 200 t’as plus rien), produit par Joel Silver (hell yeah !), écrit avec amour, avec des héros qui fument et picolent, des babes et des boobs, du rire, de la mélancolie, du groove, et deux stars au top du cool en tête d'affiche... Vous en rêviez, Shane Black l'a fait ! L'auteur (car c'en est un, un vrai) revient ici à ce qu'il sait faire et que personne d'autre ne fait comme lui, un VRAI film de personnages à l'intrigue cousue main, où chaque détail a sa place, aux multiples niveaux de lecture (plusieurs visions s'imposent) et à l'insolence revendiquée. Un monument de fun et de coolitude qui file la banane deux heures durant ! Les connaisseurs pourront s'amuser à relever tous les motifs récurrents dans l’œuvre de Black et autres clins d’œil (la relation père-fille bancale du DERNIER SAMARITAIN, la vitre pétée qui fait bobo comme dans LAST ACTION HERO, les deux intrigues qui convergent à la KISS KISS BANG BANG, etc...) mais la substantifique moelle du cinéma de Black, ce qui fait que l'on est si heureux de le retrouver à chaque fois, ce sont ces personnages de losers magnifiques que lui seul sait mettre en valeur avec un tel brio.

Tous ceux qui connaissent Shane Black vous le diront : ses héros, c'est lui. Lui, le loser magnifique, le mec cool mais torturé qui ne cesse de se battre pour retrouver son héroïsme perdu à travers le come-back ultime et qui le prouve une nouvelle fois avec cette perle anachronique mais revigorante. Alors, si votre mémoire cinéphilique est à jamais marquée par Martin Riggs avec un flingue dans la bouche ou par les répliques qui tuent de Jack Slater, il ne vous reste qu'une chose à faire : offrez à Black le succès qu'il mérite et foncer voir THE NICE GUYS en salle pendant qu'il est encore temps, en y traînant de force tous vos amis si possible.

 

Vous ne le regretterez pas.

 

Par S.Convert