UN FILM DE michael bay  * par ANTONY PORTIER

Michael Bay, le réalisateur le plus explosif d’Hollywood, le Kubrick du kaboum et de la tôle froissée, le metteur en scène fondateur du fameux « Bayhem », est de retour avec Six Underground, nouvelle tête d’affiche du catalogue Netflix avec la dernière messe de Scorsese. Avec son budget de 150 patates, un tournage autour du globe et une star bankable (Ryan Reynolds) Netflix mise gros sur ce nouveau blockbuster. Fraîchement débarrassé de la franchise Transformers (on a encore en bouche le sale goût laissé par le dernier opus), Michael Bay repartait sur des bases qu’on espérait solides. Cette fois-ci il fait équipe avec les scénaristes de Zombieland et Deadpool, autant dire qu’on attendait pas vraiment un film qui respire l’intelligence, au contraire : l’association du réalisateur et des scénaristes est limite logique quand on voit leur filmographies respectives.

 

De toutes façons on est pas venu pour parler politique ou réforme des retraites mais se prendre deux heures d’adrénaline en pleine tronche tel un junkie en manque.

Après une rapide introduction dans les airs, l’écran passe au noir. Des voix se font entendre, les pneus commencent à crisser, on comprend vite que ça va pas faire un pli et ce dès le début. À vrai dire, on ne s’attendait pas à un récit aussi direct laissant peu de place aux digressions inutiles. Ici, la première heure d’exposition enchaîne les séquences qui non seulement nous en disent plus sur chaque personnage, mais semblent avoir été également pensées par le réalisateur pour être fun à l’écran. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu Michael Bay aussi motivé pour tout faire péter à la moindre occasion ou tout simplement rendre la narration plus ludique. Sur le papier, le fait de présenter chaque personnage par le biais de flashbacks a de quoi faire peur. À l’écran chaque scène est au final pensée comme une opportunité de faire quelque chose de sympas et décalé, que cela soit une scène de parkour qui se transforme en cascade aérienne absurde, une séquence de guerre destructrice, un assassinat, ou un guet-apens explosif. La durée resserrée participe évidemment à cette impression de rythme effréné (deux heures, autant dire presque un moyen-métrage pour Bay), mais c’est vraiment cette énergie chaotique et limite surréaliste qui rend le film si galvanisant et agréable à suivre, sans grosses longueurs comme souvent chez le réalisateur, surtout que les personnages existent bel et bien et qu’à part celui du docteur (le seul sur lequel Bay ne revient pas et qui reste un peu en retrait) tout le monde a le droit à son petit background et participe pleinement à l’action.

Parler d’un film de Bay sans discuter de la partie action c’est d’ailleurs un peu comme parler d’une comédie avec Jim Carrey sans en énumérer les blagues : c’est difficile. Depuis ses débuts dans l’industrie, Bay s’est fait un point d’honneur de faire péter le moindre poteau sous tous les angles possibles. Et tant pis s’il y a un faux raccord, tant pis si telle scène est confuse, tant pis si un raccord lumière n’est pas parfait. Ce qu’il faut c’est que le spectateur ne s’ennuie pas, qu’il n’ait pas le temps de se lever pour applaudir avant que la prochaine voiture parte en vrille ou qu’un immeuble se pète la tronche dans un déluge de pyrotechnie qui fait crasher les ordinateurs d’ILM. Plus que jamais Michael Bay semble se donner à fond dans Six Underground, et ce dès le début. Avec cette très longue poursuite d’une quinzaine de minutes, le réalisateur nous balance direct dans le feu de l’action sans trop d’explications et enchaîne les cascades maousses à un rythme endiablé. Le montage est comme souvent chez lui frénétique, son style très agressif, et ce n’est certainement pas avec Six Underground que les détracteurs du style du bonhomme vont changer d’avis. Pendant la très drôle promotion du film, Ryan Reynolds annonçait que Six Underground était le film « le plus bayen que Michael Bay ai jamais Michael Bayé ». Il ne mentait pas sur la marchandise : Six Underground contient tous les éléments chers au réalisateur. Les voitures flashy, les tonneaux par paquet de dix, une lumière très solaire, de la vulgarité, des blagues qui ne volent pas très haut, et surtout le retour d’une violence pratiquement inédite pour ce genre de production répondent tous présent.

Dans Six Underground on a en vrac : de la tête qui explose, de l’empalement, du headshot en gros plan et au ralenti (Bad Boys 2 n’est pas loin), une giclé de sang en plein visage, un œil qui se balade en pleine poursuite motorisée… La liste est plutôt longue, et si on n’est évidemment pas dans Story of Ricky on est étonné de voir un tel étalage de fatalities parfois bien gorasses. Même les piétons et autres civils en scooter en prennent pour leur grade dans ce maelstrom de fureur déjà culte. On est devant ce qu’on pourrait appeler le film testament de Bay, celui dans lequel le réalisateur semble prendre un malin plaisir à tout faire péter mais aussi à raconter une histoire de la façon la plus rigolote possible tout en utilisant ce qu’il a dans son répertoire, peu importe si le bon goût ou le politiquement correct se font la malle en cours de route. Un peu comme si le Tom Cruise de Tonnerre sous les Tropiques (Less Grossman forever) avait décidé de faire un Mission Impossible coké jusqu’au nez.

Visuellement parlant, on est donc en terrain connu, avec ce que cela comporte d’aberrations techniques (dont deux faux raccords incompréhensibles en plein crash) mais paradoxalement de maîtrise indéniable. Car Bay reste quand même un technicien hors pair, qui a l’œil et sait déceler le plan qui arrache la rétine (littéralement) en faisant en sorte que le plus de choses possibles soient faites en dur, les CGI arrivant en renfort pour embellir le tout. C’est le type qui va tourner une séquence impliquant plusieurs figurant se faisant trainer d’un côté à l’autre d’un bateau par un aimant géant, ou qui va détruire la moitié de Florence dans un morceau de bravoure qui relève presque du jamais-vu. Et si son découpage peut paraître approximatif, il sait toujours gérer un minimum son espace via des raccords regards ou un mouvement de caméra bien placé. Plus que jamais, Michael Bay se faire plaisir du début à la fin et se débarrasse même de certains de ses défauts récurrents (principalement le rythme). Une sorte de récréation expérimentale pensée au montage qui file à cent à l’heure avec une énergie limite perturbante, dans laquelle les personnages parviennent à exister tout en allant constamment de l’avant et en créant une dynamique de groupe convaincante ? C’est Six Underground, et c’est probablement ce que Michael Bay a fait de mieux depuis très longtemps. Florence a beau être détruite, elle n’a jamais paru aussi belle que lorsque Michael fait péter son patrimoine pour contribuer au sien. L’art est mort, vive Michael Bay.

Par Antony Portier

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