UN FILM DE PEYTON REED * par ANTONY PORTIER

Sortie il y a trois ans, le premier ANT-MAN n’avait pas fait forte impression par rapport à ses camarades de chez Marvel Studio malgré des résultats satisfaisants au box-office compte tenu de l’impopularité du personnage au cinéma. C’est en grande partie à Paul Rudd qu’on devait la réussite de ANT-MAN, l’acteur étant très à l’aise dans un registre qu’il connaît sur le bout des doigts tout en étant crédible en super-héros. Le départ d’Edgar Wright et son remplacement par Peyton Reed, probable grosse erreur de Marvel Studios, avait fait craindre le pire et représentait tout ce qui cloche dans le système instauré par Kevin Feige : des films de studio gouvernés par des producteurs dans lesquels les réalisateurs n’ont pas leur mot à dire, avec le résultat qu’on connaît tous.

 

Le réalisateur de YES-MAN (douce ironie) rempile pour cette suite qui introduit La Guêpe aux côtés de Ant-Man. Alors, même soupe que le premier ?

Disons-le tout de suite : oui, ANT-MAN ET LA GUEPE souffre des mêmes problèmes que le premier, à savoir une réalisation sans inspiration, qui enchaîne les scènes de dialogues plates (et platement) et les (rares) scènes d’action jamais vraiment impressionnantes. Et ce n’est pas la reprise de la meilleure scène du premier film et l’ajout de Dante Spinotti à la photographie (parfois très belle il est vrai) qui changera grand chose. Pour un film qui se base sur un héros qui peut rétrécir jusqu’à atteindre la taille d’une fourmi, ANT-MAN ET LA GUEPE manque cruellement de passages qui mettent en valeur le gigantisme de certaines situations, ce que le premier arrivait pourtant à faire à intervalles réguliers (oui oui, souvenez-vous ne serait-ce que de la première incursion de Scott avec le costume : rien de tout ça ici). Réduit à quelques money shots, les héros XXXS sont au final peu présents pour faire de la place à une intrigue très simple mais jamais vraiment passionnante. L’arrivée de plusieurs antagonistes (Ghost et Walter Goggins qui fait ce qu’il sait faire de mieux : du Walter Goggins) n’y changera rien : il manque quelque chose, un supplément d’âme, malgré la tentative de faire de Ghost une méchante pas si méchante avec de vraies motivations.

Il y a toujours Paul Rudd, parfait, et quelques nouveaux arrivants qui font mouche, et le film arrive à être drôle régulièrement, mais on ne peut s’empêcher de pester contre la sous-exploitation de concepts qui sur le papier auraient pu donner lieu à des scènes hilarantes. Le passage à l’école avait tout pour être génial, au final c’est juste deux/trois sourires le temps d’une courte scène. On se raccrochera autant qu‘on peut à d’autres moments qui fonctionnent bien (le fameux « sérum de vérité », merci Micheal Peña, encore une fois impeccable) et quelques plans sympas, mais dans l’ensemble ANT-MAN ET LA GUEPE fait preuve de la même non-ambition que le premier film sur plusieurs niveaux. C’est le défaut de sa qualité, ce qui fait qu’on ne peut pas vraiment détester le film mais qu’on n'en gardera pas un souvenir impérissable. L’impression que Peyton Reed et les scénaristes ne veulent pas faire dans le bigger and louder (malgré une dernière demi-heure généreuse en action) et se reposent sur leurs acquis.

Au final ANT-MAN reste ANT-MAN, pour le meilleur comme pour le pire, et continue de représenter Marvel Studios de manière fainéante. Jamais détestable, jamais inoubliable. Pas fourmidable donc.

 

Antony Portier