UN FILM DE james wan * par ANTONY PORTIER

Alors que l’univers DC au cinéma est des plus flou (JUSTICE LEAGUE qui fut une déception critique et financière, le film FLASH et son interminable production chaotique) voilà que débarque AQUAMAN de James Wan. Sur le papier Wan a donc une grande responsabilité : redorer le blason d’un studio/univers tout en développant un personnage introduit dans un film mal-aimé.

 

Le résultat est un véritable ovni de 2h20 qui nous a laissé sans voix.

Rarement un blockbuster récent aura semblé aussi étrange. De par sa direction artistique qui flirte parfois avec le mauvais goût sans gène (c’est simple : on se croirait dans POWER RANGERS à plusieurs reprises) ou ses dialogues complètements risibles (une punchline = un riff de guitare au début, rien que ça) AQUAMAN fascine tout autant qu’il fait pleurer des larmes de sang. Une scène magnifique (et il y en a un paquet qui décrochent la mâchoire) sera suivie par une séquence pas terrible aux incrustations approximatives, une scène d’action au découpage millimétré sera interrompue par une ligne de dialogue que n’aurait pas renié Michael Bay, un montage musical romantique sera accompagné par un gag tout droit sorti d’une production ZAZ, les héros se feront constamment coupé la parole par une explosion (fantastique futur jeu pour les soirée à shots)… Il faut le voir pour le croire, mais le film de James Wan fait constamment le grand écart, entre grosse gaudriole franchement assumée et film d’aventure épique appliqué, sorte d’INDIANA JONES croisé avec G.I. JOE dans lequel une chanson de Pitbull (oui, vous avez bien lu) tape l’incruste sans prévenir en plein milieu.

Et pourtant, malgré l’apparente nullité de l’ensemble, c’est l’amour de James Wan pour son sujet qui fait toute la différence. Bien conscient que trop de sérieux tue le sérieux, Wan décide d’y aller franchement et d’assumer le statut d’AQUAMAN. Ici, point de dark & gritty ou de questionnement sur la place du super-héros en société. Wan est là pour réaliser un film d’aventure mené tambour battant qui ne se prend pas trop au sérieux malgré des enjeux proches d’un BLACK PANTHER. Et niveau divertissement difficile de faire la fine bouche  devant cet univers rempli d’idées folles et de scènes d’action pour la plupart très bien mise en scène. Que cela soit une poursuite dans un village en Italie à la gestion de l’espace méticuleuse, des mano a mano parfaitement découpés (on reconnait bien le style qu’il avait mis en avant dans son FAST AND FURIOUS 7 avec ce goût prononcé pour les travellings circulaires) ou un climax final dont la démesure renvoi les trois quarts des Marvelleries de Kevin Feig en primaire, Wan démontre qu’il est définitivement un réalisateur au dessus du tout-venant hollywoodien. On reste sans voix devant la générosité du spectacle, pour le meilleur comme pour le pire.

On ressort du film le cerveau liquéfié, avec l’impression d’avoir vu un film qui contient autant de moments de génies que de moments embarrassants. Le niveau de WTF atteint par AQUAMAN dépasse parfois l’entendement, mais c’est justement cette folie, cette foi inébranlable dans ce qu’il raconte qui fait du film de Wan un objet précieux. Comme si GODS OF EGYPT avait été réalisé par le fils bâtard de Michael Bay et Stephen Sommers. Il est difficile de dire si AQUAMAN est génial ou complètement nul, mas une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent.

Par Antony Portier