UN FILM DE jESSE V. JOHNSON * par ANTONY PORTIER

À peine ressortis de leur TRIPLE THREAT voilà que Jesse V. Johnson et Scott Adkins remettent le couvert pour AVENGEMENT, nouveau film d’action des deux boss du DTV qui tape sec. Retour en Angleterre cette fois pour un long métrage qui lorgne plus en terme d’atmosphère du côté de leur ACCIDENT MAN sorti l’année dernière. L’histoire d’AVENGEMENT est en somme très classique : Cain Burgess, combattant hors pair, se retrouve en prison après s’être fait arrêté par la police lors d’un vol à l’arraché qui tourne mal. Le bonhomme se rend alors vite compte que sa tête est mise à prix en prison. Bien décidé à découvrir qui se cache derrière ce complot, Cain entame une longue descente aux enfers pour rétablir la vérité.

 

Et pas de bol pour les coupables : c’est Scott Adkins, l’acteur martial number one qui s’y colle, avec un quota de bras cassés et de patates de forains qui dépasse l’entendement.

Si Scott Adkins est très actif depuis maintenant plus de dix ans et que le capital sympathie qu’on a pour lui est indéniable, il y a toujours eu ce je-ne-sais-quoi qui l’empêchait de rejoindre les grands noms d’Hollywood. À y regarder de plus près, les meilleurs rôles d’Adkins ont été jusqu’à présent des rôles d’antihéros, à commencer par Yuri Boyka, machine de guerre adepte des coups de pieds extraterrestres qui n’était autre que le bad guy de la franchise UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE à ses débuts. Et finalement, à chaque fois qu’Adkins décroche un rôle dans un blockbuster (EXPENDABLES 2, DOCTOR STRANGE), c’est pour mieux jouer le registre du méchant mâchoire serrée qui met des bâtons dans les roues des gentils. Et quand on voit les performances d’Adkins en tant que bon gars dans d’autres films on le comprend : l’acteur semble moins à l’aise, moins naturel, et donc plus fade. Ce qui lui plaît à Adkins c’est de jouer le bad guy, le mec qui est pas là pour rigoler et qui t’enverra six pieds sous terre à la moindre dispute. Pas étonnant donc de le voir jouer l’antagoniste principal dans l’excellent TRIPLE THREAT. AVENGEMENT représente alors tout ce dont l’acteur avait besoin : il a l’occasion de jouer dans un registre qu’il connait sur le bout des doigts et qu’il maitrise comme personne (en gros : le fais pas chier) tout en jouant le bon gars qui ne demandait rien à personne (enfin si, un peu d’argent pour le coup mais on se comprend). Et c’est peu dire qu’Adkins a rarement été aussi bon ; que cela soit en tant que mec sympa ou en tant que distributeur de punchlines (et de coups de poing) avide de vengeance, Adkins est tout simplement formidable dans ce qu’on pourrait décrire de rôle-somme.

Beaucoup plus terre à terre que les anciens travaux de Johnson et Adkins, les combats d’AVENGEMENT n’en restent pas moins impressionnants et d’une violence qui fait vraiment mal. Pas de coups de pied sauté ou de guyver kick ici mais un enchaînement de frappes très directes parfaitement chorégraphiées. Filmées par un Jesse V. Johnson qui ne cesse de s’améliorer de film en film, les bastons d’AVENGEMENT ne seraient pourtant rien sans une histoire solide autour. Et c’est là la bonne surprise : l’histoire d’AVENGEMENT se suit bien, très bien même. Rien de super original là-dedans, mais Johnson (aidé par son coscénariste Stu Small, déjà à l’œuvre sur THE DEBT COLLECTOR) jongle habilement entre le film de prison, le huis clos, le drame et l’action pure avec aisance sans que l’ennui ne pointe le bout de son nez. Le fait d’avoir un scénario resserré aide beaucoup en terme de rythme (1h28, soit une bouffée d’air frais de nos jours), surtout que le réalisateur n’opère pratiquement aucune digression (allez, le court arc du flic pourri est sûrement en trop, on vous l’accorde). Alors si en plus de ça on a encore droit à un film qui malgré son budget riquiqui arrive à flatter la rétine on ne peut qu’être content et saluer l’effort de l’équipe qui cherche constamment à faire le meilleur film possible. Jonathan Hall, directeur de la photographie sur THE DEBT COLLECTOR et TRIPLE THREAT, récidive et tire constamment le film vers le haut surtout lorsqu’il s’agit de mettre en image des ambiances nocturnes ou tamisées. À la fin du film le pub est presque devenu un personnage à part entière dans lequel les enfers se déchaînent, véritable théâtre d’un règlement de compte dantesque qui tient toutes ses promesses.

Dans la catégorie série B qui remplit son contrat AVENGEMENT est donc tranquillement dans le haut du panier, est probablement le meilleur film du duo et prouve à quel point l’association Johnson/Adkins fait finalement des merveilles. Il se dessine même une vraie patte artistique dans la carrière du réalisateur, que cela soit visuellement ou même scénaristiquement parlant ; le personnage d'Adkins dans AVENGEMENT est très proche de celui de DEBT COLLECTOR, à savoir un homme bien sans histoires qui pour investir dans sa passion finit par tomber très bas. Comme souvent chez Johnson la violence fait mal et est garantie 100% prothèse à la Tarantino/Zahler, ce qui devient trop rare de nos jours. L’évidence nous saute alors aux yeux pendant la projection : AVENGEMENT fait presque penser à une adaptation non-officielle du PUNISHER. Et on se plait alors à rêver d’une adaptation du fameux vigilante par les deux compères. Messieurs les producteurs, soyez sympas : donnez-leur 20 patates et qu’on en parle plus.

Antony Portier