UN FILM DE JOE & ANTHONY RUSSO * par ANTONY PORTIER

Après 10 ans de règne sur le box-office international, Marvel se décide finalement à mettre fin à près de dix ans de teasing. AVENGERS : INFINITY WAR (et le film qui suivra l’année prochaine) ne signe pas seulement l’arrivée de Thanos, mais aussi le début de la fin d’une ère et la promesse d’un nouveau cycle, l’occasion pour certains acteurs/personnages de faire leurs adieux et de laisser la place à de nouvelles têtes d’affiche. Une conclusion au AVENGERS de 2012 donc, et la très probable dernière apparition de certains piliers du MCU, en plus de la fameuse classique réunion des héros venant des différents films de la firme : AVENGERS : INFINITY WAR représente tout cela. Une ambition démesurée d’un point de vue scénaristique, surtout quand au vu du nombre de personnages très importants. Joss Whedon étant hors compétition, ce sont les frères Russo, responsables du fantastique CAPTAIN AMERICA : LE SOLDAT DE L’HIVER et de son excellente suite CIVIL WAR, qui ont la lourde tâche de porter à l’écran l’ingérable. Accompagnés de leurs scénaristes habituels Christopher Markus et Stephen McFeely, les Russo ont bien conscience de la difficulté d’un tel événement et de l’importance d’une telle histoire.

 

Et cela se ressent heureusement très vite. AVENGERS : INFINITY WAR est un véritable space opéra, un film d’aventure qui va à cent à l’heure dans lequel les héros participent avant tout à l’action et font avancer le récit à travers celle-ci.

Teasé depuis des années, Thanos a pris son temps pour débouler sur les écrans. L’attente ne fut pas vaine : c’est un bad guy formidable qui vole la vedette à tout le monde. Force de la nature que rien n’arrête (un des plus forts des Avengers en fait les frais dès les premières minutes), Thanos donnera du fil à retordre aux héros tout du long, surtout qu’il est accompagné d’une équipe de méchants (le black order) très classes qui nous vengent des 30000 robots sans saveur affrontés dans les films précédents. La gestion de la menace est ici très différente et bien plus convaincante, les Avengers étant constamment sur la corde raide. Thanos est inarrêtable, surpuissant, malin, et les scénaristes prennent le temps de développer les motivations et tiraillements d’un des meilleurs vilains vu sur grand écran depuis un moment. Tout ça ne serait rien sans l’incroyable performance de Josh Brolin, impérial, ou la qualité de la performance capture, à tomber par terre. Quand Thanos commet à un moment l’irréparable, c’est un véritable déchirement pour le spectateur mais aussi pour lui-même, et c’est cette nuance dans l’écriture du personnage qui fait toute la différence et tire AVENGERS : INFINITY WAR vers le haut. Autant dire que le film des frères Russo se situe très au-dessus des autres AVENGERS (ou même Marvel) de ce côté-là, surtout que le visionnage du film en Imax vaut son pesant de cacahuètes. En effet, le sens du spectaculaire et de la grandeur des frères Russo prend vraiment tout son sens avec ce format. Toute la partie sur Titan est à tomber par terre, et chaque apparition de Thanos est un bonheur pour les yeux. Un plan en particulier explique bien le parti pris de mise en scène des réalisateurs : à un moment Thanos se tient debout derrière Gamora. La version cinémascope crée du hors champs vu la taille du personnage et amplifie le sentiment de menace et de malaise de la scène. En Imax on a le même plan mais avec un format plus vertical et un Thanos beaucoup plus impressionnant et donc encore plus effrayant, tout en gardant une partie hors champ (il est cadré de façon à ce que sa tête ne soit pas visible). Après avoir vu INFINITY WAR en Imax il est difficile de penser au film sans l’associer à ce format d’image si particulier et apprécié par des réalisateurs comme Christopher Nolan.

Le débat quant à la suspension d’incrédulité de cette fin (la plupart d’entre nous savons qu’un autre film arrive l’année prochaine, et le line-up des prochaines films Marvel met la puce à l’oreille) est aussi passionnant qu’inintéressant : c’est un artifice scénaristique utilisé dans tous les medias qui racontent une histoire, que ça soit sur papier ou à l’écran. Personne ne s’inquiétait quant au futur de Neo à la fin de MATRIX RELOADED, tout comme tout le monde savait que Béatrice Kido allait tuer Bill dans KILL BILL VOL.2 ou que Jack Sparrow allait revenir dans le troisième PIRATES DES CARAIBES. Le voyage importe plus que la destination. Et de la part d’un blockbuster à 300 millions de dollars c’est audacieux. De la part d’un film Marvel c’est complètement inédit. Tout comme pour leurs précédents films pour la firme aux grandes oreilles les frères Russo ont encore réussi leur pari : faire d’un événement cinématographique majeur un film avec du cœur (la dramaturgie n’est jamais sacrifiée sur l’autel du spectaculaire) et avec un supplément d’âme qu’on n’attendait pas. Même certaines choses comme la relation entre Vision et Wanda fonctionnent du tonnerre avec peu de choses, les scénaristes ayant compris qu’à cause du temps de présence réduit compte tenu du nombre de personnages chaque scène et dialogue comptait. On n’atteint pas « l’équilibre parfait » comme dirait Thanos, mais de telles prises de risques dans un tel film est aussi surprenant que salvateur. On en viendrait presque à pardonner quelques maladresses comme le traitement de Hulk/Banner, assez poussif dans un registre humoristique pas très finaud.

 

Mais une chose est sûre : l’équipe de AVENGERS sait ce qu’elle fait et ne le fait pas à moitié. Il nous tarde maintenant de voir l’année prochaine la fin des aventures des Avengers tels qu’on les connaît dans un ultime baroud d’honneur qu’on imagine aussi ludique que mémorable.

Antony Portier

ps : Alan Silvestri, après un READY PLAYER ONE incroyable, récidive avec un score guerrier à tomber par terre.

Le gros problème, c’est qu’en voulant absolument se reposer sur les films précédents et sur la connaissance que le spectateur a déjà de tel ou tel personnage (chose que les réalisateurs revendiquaient déjà sur CIVIL WAR, cf leur commentaire audio), les Russo ne laissent que très peu de temps à certains protagonistes pour exister en dehors de leur fonction. Ce n’est évidemment pas un énorme problème pour des seconds rôles comme Falcon ou War Machine, mais un véritable pilier de l’univers comme Steve Rogers traverse par exemple le film comme un fantôme. Il ne lui arrive rien, il ne s’exprime que très peu, ne remet rien en question, a très peu d’interactions avec les autres (une ligne de dialogue avec Bucky et puis c’est tout), et n’a donc aucun vrai arc scénaristique à proprement parler. À l’inverse, d’autres comme Star Lord, Doctor Strange, Thor, ou Gamora sont au centre des enjeux et participent pleinement au déroulement de l’histoire (qui plus est Iron Man et Doctor Strange ont une dynamique intéressante dans leurs échanges). Il semble évident que l’équipe du film a voulu jouer la carte de l’efficacité pure (les 2h30 passent à une vitesse folle), avec un rythme qui ne faiblit que très rarement malgré les nombreux allers-retours entre les différents groupes, mais dix bonnes minutes de plus n’auraient pas été de trop pour donner plus de substances à certains personnages. Ceci dit il convient de saluer le travail de McFeely et Markus, qui ont réussi à donner à tout le monde un temps de présence plus que décent tout en gardant un excellent équilibre entre chaque arc narratif. Pour un film aussi dense, le résultat force donc l’admiration même si tout n’est pas parfait. Oubliez les tunnels de dialogues à la ferme ou dans des bureaux ; AVENGERS INFINITY WAR est une très longue course contre la montre, un énorme film d’action blindé jusqu’à ras bord de péripéties qui font avancer le récit, le tout culminant dans une dernière heure très impressionnante qui enchaîne les morceaux de bravoure. On est pas près d’oublier ce premier combat destructeur à New-York, ou encore cet affrontement titanesque (et on pèse nos mots) contre Thanos dans lequel le sens de la chorégraphie et du découpage des Russo font des merveilles.

Un autre aspect particulièrement mis en avant dès la campagne marketing est l’envie de surprendre le spectateur. Les bandes-annonces évitaient de dévoiler des pans entiers de l’histoire ou le moindre affrontement direct entre les personnages, et les différents spots TV se résumaient aux mêmes images montées différemment en boucle. Au-delà de la note d’intention plus que respectable (aujourd’hui combien de bandes-annonces n’hésitent pas à montrer tout le film dans l’ordre chronologique), il convient de saluer l’exécution de cet aspect, qui va parfois justement au-delà de la simple surprise (et il y en a un paquet, plus ou moins évidentes mais toujours bien amenées, tel ce retour d’un des meilleurs personnages du MCU le temps d’une scène) et fait preuve d’une vraie envie de briser les conventions de l’univers. Après 2h20 de bruit et de fureur, la toute dernière scène (muette, sereine, le calme après la tempête) amène des sensations jusque-là inédites dans un Marvel et hante toujours le spectateur après la projection.