UN FILM DE ADIL EL ARBI & BILALL FALLAH * par ANTONY PORTIER

Dix-sept ans séparent la dernière aventure de Mike Lowrey et Marcus Burnett et celle qui arrive enfin dans nos cinémas après un long development hell qui aura eu raison de Michael Bay et Joe Carnahan (toujours crédité au scénario après de multiples réécritures). Une très longue gestation qui comme souvent n’est pas très rassurante, les nombreuses franchises à succès ayant tendance à ne pas s’améliorer avec le temps surtout quand elles reviennent après plusieurs décennies d’inactivité. L’absence de Michael Bay, réalisateur des deux premiers opus, avait aussi de quoi surprendre. Comment une saga si marquée par le style du réalisateur peut-elle survivre ? Un Bad Boys sans Bay c’est presque comme Mad Max sans Miller ou Indiana Jones sans Spielberg : on n’en voit pas trop l’intérêt, l’empreinte du metteur en scène faisant partie de l’ADN de Bad Boys dans chaque plan, le pic étant atteint avec le deuxième opus, suite complètement folle autant adorée par les fans du réalisateur (beaucoup le considèrent comme son magnum opus, son chef-d’œuvre absolu) que détestée par presque tous les autres.

 

La question était donc la suivante : est-ce que Bad Boys peut survivre sans le Bayhem ? Adil et Bilall, les deux réalisateurs belges en charge de cette nouvelle aventure, vont tenter d’apporter quelques éléments de réponse.

Adil et Bilall sont des fans des premiers films, c’est évident. Que cela soit l’ambiance colorée et soignée d’un Miami toujours bien mis en valeur, des caméos improbables (on vous laisse la surprise, mais revoir certains visages procure de suite un capital sympathie indéniable), la reprise du thème de Mark Mancina et l’utilisation de certains gimmicks de mise en scène hérités des premiers films démontrent un amour et un respect évident de la franchise. Évidemment, Bad Boys ne serait rien sans ses deux leads, et force est d’admettre que Will Smith et Martin Lawrence sont toujours en forme olympique quand la caméra tourne. Les répliques fusent avec un naturel désarmant, l’humour fait mouche, et les deux acteurs semblent se faire plaisir pendant deux heures. L’alchimie est donc toujours présente, et c’est grâce à eux que le film tient sur des bases très solides, même si malheureusement Will Smith oblige le tout devient vite un Lowrey centric et un moyen de rattraper une carrière en dents de scie après plusieurs échecs au box-office. Et c’est là que Bad Boys For Life perd de précieux points.

L’ombre de la star plane sur tout le film, allant jusqu’à vampiriser les enjeux via un twist inattendu mais dont on se serait franchement bien passé. On comprend ainsi un peu mieux l’accueil chaleureux de la presse US, les critiques du pays de l’oncle Sam étant devenues friandes d’un aspect « la famille c’est important » assené à longueur de temps par de nombreux blockbusters contemporains, le plus grand représentant étant la saga Fast & Furious et son discours d’une subtilité pachydermique. Ainsi, c’est le politiquement correct qui semble l’avoir emporté ici pour le plus grand bonheur des critiques. Fini la grosse gaudriole, les blagues racistes, les gags à base de cadavres ou de nichons et la violence exagérée. Le classement R est bien là avec son quota d’insultes et de jurons et deux petits effets gores, mais l’ensemble est bien plus sage que par le passé. Ainsi, Bad Boys For Life a beau contenir beaucoup de passages comiques et une tonalité légère, l’ensemble reste très sérieux et tente de jouer la carte « épisode de la maturité » tout en surfant sur la tendance actuelle du teasing, petite scène finale promettant un prochain film à l’appui. C’est ces aspects qui semblent plaire aux détracteurs de la franchise et qui pourtant ne rassure pas du tout quant à la suite des événements.

Les deux réalisateurs, bien encadrés par une équipe technique solide (certains ont travaillé avec Bay), emballent le tout sans génie mais sans grosse faute de goût. Les scènes d’action, assez rares (comptez deux gros morceaux de bravoure et un court gunfight), sont efficaces sans pour autant jamais vraiment impressionner. N’est pas Bay qui veut, le manque d’idées de mise en scène et un budget moins important que par le passé se faisant régulièrement sentir malgré une orientation brute de décoffrage qui rappelle plus le cinéma des 90’s que le tout CGI de bon nombre de blockbusters récents. Tout au plus sauvera-t-on un plan original lors du climax et un plan au ralenti qui détone avec le reste. Dans Bad Boys 2 chaque scène était une opportunité pour Bay de faire n’importe quoi, d’expérimenter des idées de mise en scène devenues cultes, de rendre une séquence mémorable par le biais d’une réplique ou une situation rigolote, ou simplement tout faire péter avec style. Et si les curseurs semblent avoir été poussés au minimum ici c’est principalement ce qui rend Bad Boys For Life plus attractif pour le spectateur.

Bad Boys et surtout Bad Boys 2 étaient des films parfois extrêmes dans les choix faits par Bay, ce qui pouvait les rendre repoussants, voire répugnants pour une bonne partie du public. Les scénaristes de Bad Boys For Life ont visiblement voulu faire un compromis en faisant de ce troisième opus un mélange des deux premiers, mais aussi en optant pour une approche beaucoup plus mainstream. Dramaturgiquement parlant on nage en plein déjà vu, et si Bad Boys For Life est loin d’être un ratage (l’ensemble reste solide et suffisamment bien emballé/interprété pour passer un bon moment) on a du mal à ne pas trouver triste l’orientation prise par une franchise qui jusqu’à présent se moquait bien des préjugés et n’essayait jamais de se conformer aux codes de son époque.

 

Wooosaaaah !

Par Antony Portier

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