Reparti avec le grand prix du festival de prix Gérardmer en 2015, BONE TOMAHAWK avait propulsé le réalisateur S. Craig Zahler sur le devant de la scène tout en apportant un peu de sang neuf au genre western. Si le film était loin d’être parfait (notamment à cause de problèmes de rythme) il avait su se différencier de la masse et proposer une dernière partie d’une radicalité qui faisait plaisir à voir. Deux ans après, Zahler revient avec BRAWL IN CELL BLOCK 99, long-métrage se déroulant dans l’univers carcéral avec un Vince Vaughn devant se frayer un chemin de cellule en cellule jusqu’à une cible à abattre. Un pitch de base simple pour un film qui se révèlera être tout aussi concis dans son scénario. Ici pas de personnages secondaires qui ne feraient que ralentir l’intrigue et pas de storyline nous détournant du cœur du récit. Les deux heures du film mettront en scène Vine Vaughn et lui seul du premier au dernier plan. A priori le nouveau film de Zahler a tout de la série B d’action classique du samedi soir. Et pourtant, rien ne nous avait préparés à BRAWL IN CELL BLOCK 99.

UN FILM DE S.CRAIG ZAHLER * par ANTONY PORTIER

BRAWL IN CELL BLOCK 99 est un film exigeant qui prend vraiment son temps et qui par son rythme oblige le spectateur à s’imprégner de son atmosphère. Par le biais de son découpage, de ses cadres, de la lumière et de son univers sonore, Zahler transforme ce qui pourrait être un banal film de prison en une expérience presque sensorielle. Le simple fait que 95% du film se déroule dans un silence de mort rend cette longue descente aux enfers oppressante, terriblement accrocheuse et surtout longue. De par sa durée (2h15) BRAWL IN CELL BLOCK 99 enfonce le clou et n’est assurément pas pour tout le monde, et on n’en voudra pas à ceux qui regarderont leur montre de temps en temps. Mais pour peu qu’on accroche à l’incroyable ambiance du film (magnifique photo qui fait du beau avec du moche) on reste scotché à son écran et au parcours de Bradley Thomas. Vince Vaughn est impeccable en véritable force de la nature capable de démonter une voiture à mains nues,  et qui se révèle meurtrière dès que le premier coup de poing part. Le format 1:85 est d’ailleurs tout à fait compréhensible quand on voit la montagne qu’est Vaughn (1m96, tout de même) et la façon dont Zahler veut le mettre en valeur dans le décor. La majeur partie du du film est composée de plans fixes qui rappellent les travaux de Winding Refn jusque dans ses mano a manos presque trop chorégraphiés. Que cela soit pendant les combats ou pendant les moments les plus calmes, Zahler met un point d’honneur à faire de BRAWL IN CELL BLOCK 99 un pur produit d’exploitation quelque peu poseur dans sa démarche artistique (là encore le côté Refn) mais sans concession.

Il faut bien attendre une heure avant que le premier bras soit brisé, et quand ça arrive ça fait mal, très mal. Déjà bien gratinée dans BONE TOMAHAWK, la violence passe ici un cap avec des visages arrachés (oui oui), des mâchoires explosées au sol, des dos cassés en deux, et des fractures ouvertes qui feraient passer THE RAID pour un épisode de DOCTEUR QUEEN FEMME MEDECIN. BRAWL IN CELL BLOCK 99 confirme en tout cas le goût de Zahler pour une violence radicale, qui n’apparaît que par intermittence mais viscérale et choquante. Il y a quelque chose de fascinant dans le point de vue de Zahler sur la violence, avec un rapport à la chair et la douleur qui lui est propre. L’utilisation d’effets physiques en lieu et place des CGI participe grandement au ressenti du spectateur dès que le sang coule ou que les os se brisent. Il suffit de voir le premier coup de sang de Bradley au début du film pour limite détourner le regard alors qu’aucun effet gore n’est à l’écran. Et pourtant si c’est bien la violence de BRAWL IN CELL BLOCK 99 qui va rester dans les mémoires il serait réducteur de ne retenir que ces scènes-chocs. Car aussi violent soit-il, le long-métrage reste un long parcours qui mise avant tout sur une ambiance anxiogène, avec sa série de niveaux que Brad doit passer avant d’atteindre le boss final dans une structure rappelant le jeu vidéo.

BRAWL IN CELL BLOCK est un film qui va diviser par ses partis-pris radicaux, mais c’est un objet assez fascinant qui démontre un véritable point de vue sur le cinéma de genre. On pourra pester contre une certaine tendance de Zahler à voir trop grand quant à la durée de ses films, mais sans la première heure de BRAWL IN CELL BLOCK 99 qui définit avec brio son personnage principale et ses valeurs (paradoxalement toutes ses mauvaises décisions l’aident et les seules bonnes décisions qu’il prend l’enfoncent) la deuxième partie ne fonctionnerait pas. Et voir un tel film qui n’a peur ni des excès ni du ridicule et qui n’hésite pas à repousser les limites pour raconter son histoire procure quelque chose de vraiment particulier. Aussi imparfait soit-il, le nouveau film de Zahler est une grosse gifle dont on ne ressort pas indemne et c’est peu dire qu’il nous tarde de voir son prochain polar avec Mel Gibson.

 

Antony Portier