Financé en grande partie par la télévision, le cinéma français sert principalement à approvisionner ses grilles de programmes. D’où la quantité industrielle de comédies et autres drames bourgeois qui se caractérisent par leur caractère inoffensif et anti-cinématographique. Il s’agit de fabriquer des produits diffusables en prime-time pour une cible tout public. A force de vouloir plaire à tout le monde, la production hexagonale s’est dévitalisé pour se contenter d’intrigues ineptes, emballées avec un cachet de téléfilm. La conséquence terrible de cette paresse est la mise au placard de grands cinéastes comme Florent Emilio-Siri, Christophe Gans ou Fred Cavayé qui, malgré leur talent et succès évidents, ont un mal de chien à financer leurs projets; et se rabattent sur la réalisation de comédies pour survivre.

UN FILM DE YANN GOZLAN * par FOUAD BOUDAR

SENSATIONS FORTES ET COUP DU SORT :

Il arrive cependant que des miracles se produisent et que des petits bijoux fabriqués avec amour par des artistes de talent se frayent un chemin jusque dans nos salles. BURN OUT fait partie de ces exceptions. Troisième réalisation de Yann Gozlan après CAPTIFS (2010) et le formidable UN HOMME IDEAL (2015), il constitue ce que notre cinéma peut nous offrir de mieux. Dès les premières minutes, le réalisateur nous immerge dans une course de moto saisissante à la faveur d’une mise en scène viscérale qui nous plonge dans la peau de Tony.  Véritable note d’intention, cette scène d’ouverture hallucinante donne le ton: BURN OUT sera une expérience sensorielle et immersive hors normes.

Tony est doté d’un talent, celui de pilote de motos de course, qu’il perfectionne en intégrant une écurie prestigieuse. Son avenir est tout tracé: il est enfin reconnu et va pouvoir exprimer son génie pour se frayer un chemin vers la gloire. Son intégrité et son sens des responsabilités le poussent cependant à faire un choix qui l’entraîne dans une spirale infernale et le force à gérer des contraintes perturbantes qui le plongent dans un stress physique et émotionnel insoutenable. La mise en scène de Yann Gozlan déploie des merveilles en parvenant à nous faire ressentir l’épuisement de son héros grâce à une mise en image à la limite du rêve. Les scènes de go fast, filmées de nuit, sont furieuses, presque abstraites. Du grand art. Cette voracité formelle est brillamment complétée par l’interprétation fiévreuse du formidable François Civil. Très sobre dans son jeu, il nous fait saisir la rage et la détresse de son personnage avec une grande sobriété. L’immense Olivier Rabourdin propose un parrain de la pègre à la fois humain et terrifiant. L’autre grande force du métrage  réside  dans sa manière de caractériser ses personnages par un regard, des ralentis bien placés et des gros plans sur des détails physiques. En cela, il évoque le western.

TALENT D’ELEVAGE/TALENT SAUVAGE :

Formellement brillant, le film de Yann Gozlan bénéficie d’un scénario solide et intelligemment construit. Co-écrit par l’excellent Guillaume Lemans (MEA CULPA, POUR ELLE…) celui-ci lui y injecte sa «patte» à savoir son sens organique du récit et sa capacité à agrémenter ses histoires d’un sous-texte pertinent. BURN OUT se sert de sa fièvre formelle pour nous délivrer un propos vertigineux qui le rapproche de la fable morale et existentielle. Il est intéressant de voir Yann Gozlan traiter une nouvelle fois du thème du «talent» et de son usage. Là où UN HOMME IDEAL était l’histoire d’un imposteur, BURN OUT est celle d’un homme au talent hors normes que le destin va violemment frapper.

 

Suintant le cinéma à chaque photogramme, BURN OUT contient cent fois plus d’adrénaline que toute la saga FAST AND FURIOUS réunie et vous laissera hagard, un filet de bave aux lèvres.

Fouad Boudar