UN FILM DE SIMON KINBERG  * par ANTONY PORTIER

Alors que Marvel vient de terminer sa première grande épopée super-héroïque avec Avengers : Endgame, voilà que débarque la conclusion de la saga X-Men, près de vingt ans après le premier opus signé Bryan Singer. Simon Kinberg, habituel producteur et scénariste de la franchise depuis des années, prend le relai de Singer pour raconter une nouvelle fois l’arc du Phoenix au cinéma. C’est donc une double lourde tâche qu’a Kinberg : conclure les X-Men chez la Fox (c’est le dernier film avec le casting qu’on connait tous avant une inévitable future migration chez Marvel Studio) tout en essayant de faire oublier le mauvais rêve de Brett Ratner. Un baroud d’honneur à la hauteur des personnages ?

 

Pas vraiment.

Pour ceux qui prennent le train en marche, il est bon de rappeler que Dark Phoenix a subi d’importants reshoots dans sa dernière bobine. En effet, c’est toute la dernière partie qui fut retournée, cette dernière étant trop semblable à celle de Captain Marvel selon le studio. Un cas qui rappelle celui de Predators de Shane Black qui lui aussi avait vu son climax changé au dernier moment. Malgré l’importance des reshoots le film ne semble pas charcuté et le tout a l’air de tenir solidement. Hélas, peu de bonnes choses ressortent de X-Men : Dark Phoenix, à commencer par un script très pauvre et une réalisation loin d’être intéressante. Pas vraiment réalisateur chevronné à la base, Kinberg emballe le tout assez mollement, sans idées, si ce n’est une utilisation de la caméra portée, jusqu’ici pratiquement absente des films de la franchise. Le résultat est sans grosse fausse note mais ne décolle jamais si ce n’est lors de quelques plans furtifs. Que cela soit l’avancé d’un personnage sautant de véhicule en véhicule en plein combat, ou encore une baston collective partiellement filmée comme une production HK (oui oui), il y a quelques passages qui fonctionne très bien. Voir Magneto réduire un wagon à l’état de canette écrasée puis l’envoyer valdinguer d’un vulgaire geste de la main, ça n’a pas de prix. Ce dynamisme concerne malheureusement le final dans le train, les autres scènes d’action étant torchées à la va-vite et jamais vraiment impressionnantes, et on a la sensation que tout est étriqué à l’extrême. Pas la faute du budget, très confortable (200 millions, soit plus que le nécessaire de nos jours), mais plus de l’équipe technique et d’une direction artistique très pauvre et pas inspirée pour un sou.

Techniquement pas grand-chose à retenir de cette conclusion, et malheureusement le constat est le même du côté du scénario. Les personnages en font aussi les frais, et pas qu’un peu. Que dire de Magneto, qui encore une fois se tape le même cheminement que dans Apocalypse ? Il vit reclus, un drame le fait sortir de sa retraite, il se bat contre Charles avant de rejoindre le groupe à la toute fin, en voilà une histoire qu’on connait par cœur maintenant. Les autres membres de l’équipe sont logés à la même enseigne : Storm se résume à la fille qui lance des éclairs, Charles est en plein doute (encore), Mystique devient un simple ressort scénaristique grossier, Cyclope est transparent, et Vif-Argent disparait purement et simplement du film après une chute au premier tiers du film. Quant à Jean Grey (Madame Stark, pas vraiment convaincante), toute l’ambiguïté du personnage est sacrifiée sur l’autel du manichéisme à cause d’une bande de méchants aliens à la recherche d’un McGuffin. En pleine action, la démarche particulière des bad guys (qu’on croirait sortis de World War Z) donne un résultat assez particulier à un film qui fait tout pour rentrer dans les clous de la normalité. Difficile d’être ému devant cette dernière scène grossière, dans laquelle Charles et Éric se réconcilient au café des copains rue de la Paix (et ce n’est même pas une blague), alors qu’ils ont passé deux scènes ensemble dans tout le film.

Dark Phoenix est donc dépourvu de toute ambition narrative ou visuelle, ce qui ne laisse pas grand-chose d’intéressant à se mettre sous la dent. L’ensemble se laisse voir sans trop d’ennui, la durée plutôt réduite (1h45) aidant à faire passer la pilule. Difficile cependant de ne pas être déçu par ce qui devrait être une conclusion à la hauteur d’une franchise certes très inégale (la plupart des films sont très moyens voir mauvais) mais qui avait réussi à garder un capital sympathie certain. McAvoy, Fassbender, et les X-Men en général, méritaient mieux que cette conclusion d’une immense fadeur.

Par Antony Portier

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