Succès surprise au box office, Le Labyrinthe avait su faire une plutôt bonne impression notamment grâce à ses partis pris et son histoire. Pas d’exposition longuette, pas d’histoire d’amour, un ton assez dark comparé à ses confrères « adapté d'un best-seller » du même genre et un mix entre Lost et Hunger Games qui savait doser ses effets et ses secrets afin de tenir le spectateur en haleine pendant une durée honnête (1h50, soit 30mn de moins que les Hunger Games tout de même). Malgré des défauts évidents, le film se révélait attachant, de par son casting 100% adolescents (qui plus-est justifié) convaincant et son concept intriguant. On était donc curieux de voir ce deuxième opus, qui se passe cette fois-ci en dehors du fameux labyrinthe.

 

La Terre Brulée se déroule désormais dans un monde post-apocalyptique. Un nouveau contexte crédible, soutenue par une direction artistique de qualité ; décors, effets spéciaux, costumes, photo...Tous les voyants sont au vert. On pense régulièrement à The Last of Us, jeu éponyme de NAUGHTY DOG et ce à de nombreuses reprises, le métrage de Wes Ball allant même jusqu’à reprendre le principe des infectés qui pourrissent avec le temps.

Pour un film à 60 millions de dollars seulement le boulot accompli est à saluer, d’autant plus que Wes Ball fait un travail de mise en scène très correct, mettant en valeur ses nombreuses poursuites via de longs travellings aux ras du sol et en utilisant son décor dès que possible allant même jusqu’à citer le Spielberg du Monde Perdue. Si le manque de moyen se fait sentir à de rares moments surtout dans la dernière partie (dont l’ampleur de la scène d’action finale est moindre) , on reste satisfait de ce qui se déroule sous nos yeux, particulièrement dans les deux premiers tiers du métrage. La dernière bobine a la lourde tache de relier les deux derniers livres et les enjeux qui en découlent, et si l’intention de faire son « Empire Contre Attaque » se fait sentir, l’exécution du jeune metteur en scène est assez maladroite. Ainsi, Wes Ball introduit certains personnages du troisième livre donc en avance, sans leur donner une vraie consistance. Ce qui amène malheureusement l'ensemble à une sorte de « fourre tout » et une accélération soudaine qui freine considérablement l’implication du spectateur pourtant bien embarquée dans ce début de nouvel aventure. Difficile de ressentir quelque chose pour la mort d’un personnage que l'on vient à peine de rencontrer il y a dix minutes, alors que dans le premier volet Ball arrivait justement à conclure ses enjeux de façon plutôt convaincante.

C’est néanmoins le défaut de sa qualité : en voulant à tout prix miser sur l’efficacité, le métrage en oublie ses personnages en cours de route. Les anciens sont devenus ici de simples silhouettes qui traversent le film sans véritablement avoir un quelconque arc narratif ou tout simplement évoluer, et les nouveaux arrivants sont quant à eux (à l’exception d’un) transparents. Problème majeure, surtout quand la majorité du film est composé de scènes d'action pendant lesquelles nos protagonistes peuvent s’affirmer et se caractériser (n'est pas George Miller qui veux). On imagine aisément que son premier cut plus long d'une quinzaine de minute aurait finit par laisser plus de place à ses personnages. Mais la durée importante de ce premier jet aurait quant à lui sans doute probablement terminé par desservir le rythme du film. La qualité première du premier était justement de dévoiler certains de ses personnages dans l’action : par exemple Minho passait de chef charismatique des runners à quelqu’un d’apeuré dans le labyrinthe, faisant ressortir le courage de Thomas dans l’adversité, finissant par s'imposer en tant que probable futur leader. A vouloir voir trop grand, La terre brûlée se prend les pieds dans le tapis et ne remplit finalement son contrât qu’à moitié.

 

Dommage quand on voit les bonnes idées qui parsèment le film ici et là.

UN FILM DE WES BALL
Avec : Dylan O'Brien, Ki Hong Lee, Kaya Scodelario...
Durée : 2h13
Nationalité : Américaine

Pourtant, si il y a bien une chose qu’on peut imputer à cette suite, c’est bien cette volonté qu'ont les scénaristes de ne pas nous resservir la même chose que par le passé. Une toute nouvelle orientation bienvenue qui évite un sentiment de redite et qui permet par la même occasion au récit de prendre des allures de film d’aventure post-apo aux influences multiples. La première partie du film est un décalque du début de The Island. Même construction, mêmes rebondissements, environnement similaire, utopie illusoire...Tous les éléments du film de Bay sont ici repris à la lettre. Les scénaristes sont cependant assez malins pour mettre un terme à cette partie rapidement. Après une vingtaine de minutes, nos héros se retrouvent rapidement en cavale, l’occasion pour le film d’enchaîner les scènes d’action, cette fois-ci plus nombreuses et longues, à un rythme très soutenue ! Ce second opus penche d’ailleurs une nouvelle fois vers l’horreur à certains moments. Des passages horrifiques qui sont d’ailleurs une véritable réussite pour un film estampillé « tout public », tant La Terre Brulée arrive parvient à nous procurer vraie peur palpable pour ses personnages, s’appuyant sur des infectés (appelé ici les Cranks) au design effrayant et une ambiance macabre. Point de gore à l'horizon, juste une gestion de la tension qui marche et qui permet de se sentir suffisament concerné. Cette volonté de mettre les héros dans une position de fuite en avant constante tranche littéralement avec les habituels films pour adolescent du même genre. La véritable force de cette franchise qu'est Labyrinthe c'est d'avoir été très directe jusqu’à présent. Celle-ci n'a toujours fait que suivre son fil rouge à toute vitesse sans passer par la case « gras », ce qui lui permet bien évidemment d'éventer toutes sous-intrigues inutiles qui ne feraient qu'alourdir son histoire principale.

Par exemple, il est étonnant de voir également la direction que les scénaristes décident de donner au personnage féminin. Alors que n’importe quel film pour teenager verrait Thomas et Teresa former LE couple, la série prend une orientation complètement différente, se refusant à instaurer une histoire d’amour lambda déjà vu mille fois ailleurs. L'idée est justement de créer un protagoniste (voir même antagoniste) qui en un long discours en plan fixe, voit sa trajectoire devenir beaucoup plus dramatique et inattendue que prévue. Un pied de nez aux attentes du spectateur qui fait franchement plaisir, surtout quand on imagine que celui-ci finira sans doute par amener un vrai « plus » pour la suite.

 

En effet, le long métrage se refuse à placer ses personnages sur l’autel d’un traitement trop juvénile et opte d'avantage pour une direction plus adulte qu'à l'accoutumée. À l’heure où les adaptations de best-sellers pour ados se ressemblent tous dans leurs enjeux et dilemmes, cette saga offre pour le coup une alternative intéressante. Wes Ball a affirmé il y a peu que le troisième film de la série ne sera pas divisé en deux parties. Encore une preuve de la singularité de cette trilogie dans le paysage hollywoodien actuel ! Et même si il y a pleins de choses à redire dessus, la trilogie du Labyrinthe semble malgré tout bien partie pour continuer à se démarquer du tout venant pour ados.

 

Par A.Portier.

« Je n’ai pas essayé d’en faire un film pour adolescents. Je leur ai dis que mon but pour ce métrage était de transcender ce schéma de film pour ados, ce label qui nous colle à la peau, parce que ce n’est pas ce que j’ai fais. J’ai juste fait un film avec des jeunes dedans. J’espère que les gens vont le voir dans ce sens, le découvrir, ou au moins se rendent compte que ce n’est pas juste un des ces énièmes films pour ados. ça parle de jeunes qui font vraiment des choix d’adultes et qui ne s’embarrassent pas de dilemmes d’adolescents. »

 

Wes Ball

LE LABYRINTHE

LA

TERRE BRÛLÉE

DANS LE FEU de L'ACTION