UN FILM DE ELI ROTH * par FOUAD BOUDAR

Le vigilante movie (ou film d’auto-défense) nous a donné des œuvres mémorables mettant en scène des citoyens lambda qui, après avoir été eux-même des victimes, décident, lassés de l’inertie des autorités, d’éradiquer la racaille par leurs propres moyens.

Ce genre exacerbe la loi du talion qui sommeille en chacun de nous; ce qui le rend extrêmement jouissif et satisfaisant. Cette radicalité aboutira même à un sous-genre, le Rape and Revenge, mettant en scène une femme se vengeant de son viol (I SPIT ON YOUR GRAVE). Le voyeurisme se joint à la soif de sang.

 

Durant les années 70, l’insécurité est à un niveau jamais atteint aux Etats-Unis et certaines villes (dont New-york) sont de vrais coupe-gorge. C’est dans ce contexte que sort DEATH WISH (Michael Winner-1974); qui a alors valeur de commentaire social. Porté par Charles Bronson, il donnera lieu à trois suites produites par la CANNON. De qualité variable, elles colleront pour toujours à l’acteur l’image du « justicier solitaire ».

 

Quarante ans plus tard, la violence urbaine est toujours au top aux Etats-Unis; les tensions raciales génèrent drames et tempêtes médiatiques. Initié par le talentueux et subversif Joe Carnahan (NARC, LE TERRITOIRE DES LOUPS...) ce remake était à la fois pertinent et prometteur.

Un film mou :

En désaccord avec la MGM, Joe Carnahan quitta le navire au profit d’Eli Roth. Ce changement de cap modifia totalement l’ampleur et l’intention du projet. L’exigence, le jusqu’au boutisme de Carnahan firent place au cynisme et à la paresse du protégé de Tarantino.

Petit malin, Eli Roth nous a donné des péloches bien sales (le dyptique HOSTEL, CABIN FEVER, GREEN INFERNO) et fun à regarder. Reposant principalement sur des concepts, elles tiraient leur efficacité de leurs effets gores et de l’horreur des situations vécues par les personnages (souvent de belles gonzesses). Quand il investit un genre reposant davantage sur le jeu des acteurs et la précision de la mise en scène (KNOCK-KNOCK), Eli Roth trouve sa limite et ne parvient pas à se hisser à la hauteur de son matériau ni à le transcender. Cette paresse apparaît au grand jour dans ce DEATH WISH 2018. Situé en milieu urbain, le film se devait de nous immerger dans une forme de fièvre et de désenchantement induits par le parcours bouleversant du personnage : un quidam lambda qui découvre le plaisir de tuer.

​La réalisation est impersonnelle et parvient même à saborder les bonnes idées du scénario. Architecte dans le film original, notre héros est ici chirurgien; une brillante idée de scénariste qui laissait espérer des scènes de vengeance perverses à souhait. A défaut d'utiliser ses compétences, le personnage se contente de flinguer à la chaîne .

Un acteur mou :

La mise en scène anémique est au service d’un acteur qui l’est tout autant. Entouré par de bons seconds rôles (Vincent D’Onofrio, Dean Morris) Bruce Willis est la fausse bonne idée du film. En roue libre, il se contente d’un jeu mutique et désincarné. A aucun moment il ne transmet la moindre émotion ni ne fait ressentir la détresse de son personnage. Du grand n’importe quoi. Un contre-emploi eut été plus pertinent pour incarner ce personnage issu de la bourgeoisie se muant en justicier (Matt Damon était le choix initial de Joe Carnahan).

 

Un potentiel grand film a été massacré et passé à la lessiveuse. Avec le recul, il se peut que le remake de DEATH WISH existe déjà : DEATH SENTENCE de James Wan. Un chef d’œuvre.