UN FILM DE BEN WEATHLEY * par ANTONY PORTIER

Depuis ses débuts au cinéma en 2009 Ben Wheatley s’est construit une filmographie à son image : atypique et imprévisible. De part son éclectisme le voir s’attaquer au film d’action est presque une évidence, le réalisateur ayant officié par le passé autant dans le drame que le film d’horreur ou la comédie noire. Épaulés par un casting quatre étoiles Wheatley et sa co-scénariste Amy Jump ont écrit ce FREE FIRE qui raconte le long règlement de comptes entre des mafieux après qu’un deal se soit mal passé. Avec une unité de lieu (un entrepôt) et une unité de temps (une nuit) le film joue la carte du huit clos explosif dans lequel les insultes et les balles fusent pendant une heure trente. Armé d’un pitch aussi simple et direct, Wheatley avait toutes les cartes en main pour réaliser une petite bombe qui file droit.

L’introduction du film est à ce titre parfaite. Avec une économie de moyens exemplaire Wheatley met en place les différents pions de l’échiquier Au détour d’une réplique, d’un mouvement, d’une situation se dessinent les potentiels traitres, rivaux, antagonistes ou tout simplement victimes de l’heure qui va suivre. La galerie de personnages est ainsi parfaitement caractérisée et permet au film de partir sur des bases très solides sans s’embarrasser d’un quelconque surdéveloppement. Cette absence de gras dans le récit est tenue du début à la fin et donne un film qui va droit au but et qui est prêt à nous en donner pour notre argent. Le pitch simple et épuré était donc l’occasion pour le réalisateur de travailler sa mise en scène afin de rendre le tout diablement jouissif. Hors, c’est sur ce point précis que Ben Wheatley se plante assez souvent, avec une gestion de l’espace aléatoire et un découpage qui n’arrive jamais à rendre la topographie clair et compréhensible. Un comble pour un film qui se veut être un long gunfight passé son introduction. Si le metteur en scène met en boite quelques passages bien sentis et bien mieux réalisés l’ensemble de FREE FIRE se résume vite à une succession de plans rapprochés frustrants, d’autant plus que Wheatley ne semble jamais vouloir mettre en valeur son formidable décor au potentiel ludique certain à cause d’un manque flagrant de plans larges qui auraient fait respirer l’action. En ressort un sentiment de frustration évident, l’impression d’être passé à côté d’un formidable film d’action qui entre les mains d’un gars comme McTiernan serait vite devenu un classique.

Heureusement Wheatley peut compter sur le côté grotesque de l’entreprise qui emporte l’adhésion. Ici les injures ont autant de pouvoir que les balles et les personnages passent autant de temps à se tirer dessus qu’à s’insulter, comme si le langage essayait de prendre le dessus sur les échanges de coups de feu. Ce que FREE FIRE perd ainsi en spectaculaire il le gagne en rire, le comique de situation fonctionnant à merveille, surtout quand ce dernier est accompagné de l’humour noir et acide du réalisateur de TOURISTES qui fait ici des ravages. Les personnages jurent toutes les trente secondes et chaque balle qui rentre dans la chair est souvent autant vectrice de douleur que de fou rire pour le spectateur. On peut également compter sur le formidable casting pour faire remonter l’intérêt. Si Cillian Murphy est égal à lui-même et Sharlto Copley est hilarant de cabotinage, ce sont Armie Hammer et Jack Reynor (le beau gosse de TRANSFORMERS : L’AGE DE L’EXTINCTION ici méconnaissable) qui volent le show, le premier irradiant l’écran de son charisme et de sa coolitude tandis que le deuxième compose avec un personnage de merdeux très drôle. C’est donc là où on n’attendait pas forcément FREE FIRE que le film fonctionne le mieux. À vous maintenant de voir si vous voulez voir le verre à moitié plein ou à moitié vide.

Par A.Portier