Michael Bryce, un des meilleurs gardes du corps du marché, tombe très bas le jour où l’un de ses clients se fait assassiner devant ses yeux. Alors qu’il est au bord du gouffre, son ex (Elodie Young en agent d’Interpol, aussi mauvaise que chez Netflix) lui propose d’escorter un assassin renommé afin que ce dernier puisse témoigner au tribunal de La Haye contre le dictateur de la Biélorussie. A cause des nombreux différends qui opposent les deux protagonistes et des hommes de mains à leur trousse la route va être longue, très longue. Révélé cette année par un premier trailer hilarant, HITMAN & BODYGUARD fait partie de ces projets dont la campagne marketing bien huilée a su titiller notre curiosité. Bien entendu, nombreux sont les films qui se sont révélés être de grosses baudruches à l’arrivée, ne sachant jamais égaler la qualité dudit trailer ou aller plus loin que ce que ce dernier avait à offrir. Qu’on se rassure, le nouveau film de Patrick Hughes (le très bon RED HILL, le pas bon EXPENDABLES 3) arrive à tenir toutes ses promesses et bien plus encore. Un joli cadeau qui confirme tout le bien qu’on pensait d’un réalisateur qui n’attendait qu’un projet comme HITMAN & BODYGUARD pour s’émanciper pleinement.

 

Car heureusement pour nous le bougre est doué, très doué.

Patrick Hughes fait ainsi preuve d’un réel sens du cadre et du découpage qui font des merveilles lorsque les balles fusent et que la tôle se froisse, comme le prouve l’excellente poursuite motorisée à Amsterdam, gros morceau de bravoure rempli d’idées scéniques qui met la misère à moult blockbusters à 200 patates. Ces cinq grosses minutes de fureur représentent le point culminant d’un récit qui sait aussi prendre son temps et faire exister ses personnages. Car Patrick Hughes n’en oublie pas que l’action et les enjeux ne peuvent exister sans des protagonistes solides. C’est là tout le projet de Hughes : traiter le tout avec légèreté mais sans jamais tomber dans la parodie gonzo. Un exercice d’équilibriste fort bien exécuté qui parvient à faire fusionner le côté fun de l’entreprise avec un traitement sérieux qui ne prend jamais ses enjeux ou ses figures à la légère. En résulte un projet rigolo et borderline (les scènes avec Salma Hayek semblent tout droit sorties d’un Michael Bay) mais jamais stupide. Car derrière ses gags et ses « motherfucker » lancés à tour de bras par un Samuel L. Jackson on fire HITMAN & BODYGUARD est un film qui a du cœur et qui contient de vrais personnages au traitement intéressant. Kincaid est un tueur qui l’assume jusqu’au bout (« I don’t give a shit » lance-t-il en éclatant de rire au bad guy à la fin) mais est prêt à se mettre en danger pour la femme de sa vie (Salma Hayek, complètement déchaînée), alors que Bryce poursuit des idéaux qui seront remis en question par son nouveau co-équipier/client et ne sait comment s’affranchir de son comportement psychorigide.

Cette totale complémentarité entre les deux personnages à l’écran passe par l’alchimie entre les deux acteurs. Samuel L. Jackson se fait plaisir comme jamais et aligne les punchlines tandis que Reynolds est parfait dans le registre de la force tranquille (en apparence). Non seulement aucun des deux n’écope du rôle du boulet (ils participent ensemble à l’action) mais en plus leur statut de star n’éclipse jamais les personnages qu’ils incarnent. Compte tenu de la bonne humeur ambiante difficile de faire la fine bouche devant quelques défauts récurrents dans les productions Millenium comme des effets spéciaux pas à la hauteur (hélicos en CGI, explosions moches) ou une photo qui sur certains passages aurait mérité d’être plus soignée. Le récit semble également légèrement s’essouffler vers la fin avec ces multiples climax qui tranchent avec le rythme qui a précédé. Ces menues scories ne gâchent en rien un buddy movie de grande qualité qui méritera largement sa place dans votre vidéothèque et qui permet de finir l’été sur une note à la fois joyeuse et terriblement jouissive.

 

Comme le dit Darius Kincaid : FUCK YEAH MOTHERFUCKER !

 

Antony Portier

UN FILM DE patrick hughes * par ANTONY PORTIER