UN FILM DE DAVID LEItch  * par ANTONY PORTIER

Désormais une des franchises les plus prolifiques d’Hollywood, la saga Fast and Furious opère cette fois-ci un virage pas si inattendu que ça avec l’arrivée d’un spin-off centré sur les personnages de Luke Hobbs et Ian Shaw respectivement incarnés par Dwayne Johnson et Jason Statham. À priori Hobbs and Shaw a tout de la bonne nouvelle, les deux protagonistes ayant apporté un petit vent de fraicheur dans une saga qui peine à se renouveler. Les voir donc dans un film, séparés de la fameuse famille Fast and Furious et des défauts qui vont avec, a de quoi rassurer au premier abord. D’abord rumeur lancée il y a quelques années après le gros regain d’intérêt que connait la franchise avec le cinquième opus (le meilleur, de très loin), ce spin-off est vite devenu réalité quand les égos de Vin Diesel et Dwayne Johnson ont vite compris qu’il n’y avait pas assez de place pour les deux, les acteurs ne pouvant plus se supporter et allant jusqu’à tourner un film entier sans se croiser sur le tournage. Dès lors, difficile de ne pas considérer Hobbs and Shaw comme une grosse opportunité pour Johnson d’écrire sa propre histoire. Pas étonnant de la part d’un acteur/producteur qui depuis plusieurs années joue constamment au control freak sur ses projets, allant par exemple jusqu’à imposer la réécriture de la fin de Rampage pour cocher la case familiale. On était donc méfiant quant aux intentions de Johnson sur un film qui pouvait être une excellente surprise (le trailer donnait envie, soyons honnêtes) ou une énorme déception.

 

Pas de bol pour nous : Hobbs and Shaw appartient au deuxième groupe.

L’introduction de Hobbs and Shaw a de quoi rassurer au premier abord : une introduction rapide qui pose les enjeux de façon efficace dans l’action, un bad guy charismatique qui n’est pas là pour rigoler (Idris Elba, what else), une utilisation du split-screen pertinente… On se dit qu’on est en terrain pas si connu que ça. David Leitch, coréalisateur du premier John Wick et réalisateur d’Atomic Blonde et Deadpool 2, a tout du metteur en scène qui peut apporter quelque chose d’intéressant visuellement parlant. Et on reconnait bien le style visuel de Leich et de son directeur de la photographie Jonathan Sela, avec cette utilisation marquée des néons et des couleurs criardes. C’est les parties urbaines qui semblent le plus inspirer le duo, qui joue avec les formes et les tonalités même dans les scènes d’action. Le problème c’est que sorti des scènes d’action Leitch n’a rien de neuf à proposer et met en boite ses scènes « drôles » de la pire façon possible. À chaque fois que les deux leads s’enverront des vannes pendant plusieurs minutes ils seront soit assis côte à côte, soit se feront face, le tout en récitant des blagues surécrites comme des robots. N’espérez donc pas un semblant de dynamisme dans les scènes de dialogues, ces dernières étant non seulement interminables (la scène de l’avion ressemble à une mauvaise version longue) mais en plus statiques à en mourir. Hobbs and Shaw ressemble donc à un film de cascadeur/réalisateur de seconde équipe typique : Leich sait mettre en scène l’action de façon efficace avec ce qu’il faut de too much, de plans improbables qui flattent la rétine, et de tournage en dur pour balancer le tout, mais ne sait pas raconter une histoire correctement.

Il faut dire qu’il n’est évidemment pas aidé par un script de feignant qui se plante régulièrement (Chris Morgan, scénariste des Fast and Furious donc, qui nous balance encore une fois son discours sur « la famille c’est important »), enchainant les scénettes et les nouveaux personnages de façon superficielle. Car ce qui intéresse Dwayne Johnson n’est pas d’avoir son propre film, mais sa propre nouvelle franchise. On ne compte plus les nombreux caméos qui ne sont là que pour rallonger une intrigue pas bien compliquée à la base et préparer le terrain pour les multiples suites déjà prévues. Du mystère, du « on se reverra » à tour de bras, du teasing de partout, voilà ce qu’est Hobbs and Shaw régulièrement. Le pire dans tout ça, c’est que passé la très sympathique poursuite à Londres, Leich ne saura même pas offrir quelque chose de vraiment impressionnant (en comparaison, les derniers Fast and Furious sont supérieurs à ce niveau). Si sa maitrise lors des mano a mano apparait évidente dans la première partie (excellents combats montés en parallèles), la dernière heure apparait très fade en comparaison de ce qui a précédé malgré de maigres idées ici et là, dont un combat final filmé comme un véritable choc de titans malgré une chorégraphie assez pauvre.

Pas grand-chose de mémorable donc, si ce n’est un énième début de franchise pas original pour un sou et très mal rythmé (même le générique de fin, avec ses trois scènes surprises, ne semble jamais s’arrêter). Un mauvais buddy movie qui contient toutes les tares des mauvais blockbusters de notre époque et qui respire encore une fois l’ego de Dwayne Johnson, qui semble constamment prendre les mauvaises décisions pour se mettre en avant. Il faut se rendre à l’évidence : l’époque de Pain and Gain est décidément révolue.

Par Antony Portier

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