UN FILM DE VICTOR SALVA * par ANTONY PORTIER

Dire que JEEPERS CREEPERS 3 s’est fait attendre serait un euphémisme vu les 15 ans qui séparent ce troisième opus de la dernière apparition du Creeper en 2003. D’abord intitulé JEEPERS CREEPERS : CATHEDRAL, ce nouveau chapitre a connu une très longue gestation et de nombreux changements qui font que le produit fini n’est pas celui qui était prévu à la base (CATHEDRAL serait devenu un script pour une éventuelle série télé) mais bien une nouvelle histoire se passant entre le premier et le deuxième film. Le premier JEEPERS CREEPERS était une excellente surprise, un petit film d’horreur sorti de nulle part qui a lentement mais sûrement fait son nid et acquis une réputation de petit classique. Le deuxième opus sorti en 2003 était tout aussi intelligent dans son orientation que convaincant dans son exécution. Sorte de variation musclée façon ALIENS d’une efficacité redoutable et considérée par pas mal de monde comme supérieure au premier, JEEPERS CREEPERS 2 avait placé la barre très haut.

 

Malheureusement, le retour du Creeper ne vaut pas la très longue attente et s’avère être une monstrueuse déception, et ce pour plusieurs raisons.

Ce qui nous amène à un autre gros problème du film : ses effets spéciaux absolument hideux qui feraient presque passer SHARKNADO pour du Cameron. Le moindre coup de feu sera l’occasion de pleurer toutes les larmes de son corps devant tant de gâchis, Salva faisant l’énorme erreur de faire de JEEPERS CREEPERS 3 le film de la franchise le plus ambitieux en terme d’action sans un dixième du budget requis. Le résultat est une suite de cascades toutes plus moches les unes que les autres, une succession de choix incompréhensibles quand on voit la qualité des effets spéciaux. Dès que quelqu’un ouvre le feu ou qu’un véhicule fait une sortie de route ce sont les responsables des CGI qui prennent la relève pour un résultat à l’écran absolument irregardable. Les effets spéciaux n’ont certes jamais été le fort de la saga, mais ils avaient le mérite d’être assez discrets et au final peu nombreux. Ici tout est montré plein cadre, en plein jour, ce qui n’aide pas à cacher le rendu inacceptable des CGI. Il paraît évident que Salva n’a pas eu le budget nécessaire pour peaufiner correctement son film, mais le recours systématique (pour tout et rien parfois) aux CGI est extrêmement problématique compte tenu de la « qualité » de ces derniers.

La première est scénaristique. Le choix de faire de l’histoire quelque chose d’éclaté, une sorte de film choral avec plusieurs protagonistes et des allers-retours incessants entre chaque storyline s’avère contreproductif, la faute à des personnages inintéressants. À part celui de Meg Foster, aucun n’est vraiment attachant et ne suscite suffisamment d’empathie pour qu’on se sente impliqué dans les péripéties. On suivra ces coquilles vides pendant 1h30 en regardant le tout d’un ennui poli, sans vraiment en avoir quelque chose à faire, jusqu’à un final anti spectaculaire et assez honteux. Scénaristiquement parlant, JEEPERS CREEPERS est donc extrêmement décevant, ce nouvel opus réussissant l’exploit de raconter moins de choses que les deux premiers ou de répéter ce qu’on savait déjà via des pistes qui se terminent par des non-révélations. La vérité concernant le fameux mystère de la main est sans équivoque : « c’est ancien ». Ça tombe bien, on le savait déjà depuis 2003. Et si Salva n’a pas complètement perdu son talent, il paraît fatigué derrière la caméra. La jolie photo de Don E. FauntLeRoy rend l’ensemble agréable à regarder la plupart du temps et rassure quant à la tenue visuelle du projet. Le problème c’est que même si Salva a toujours des idées de mise en scène, celles-ci seront constamment sabotées par une exécution maladroite. On pense à ce plan qui tente de jouer sur le hors champ avec un crash de voiture mais qui au final ne fonctionne pas à cause d’un jeu d’acteur approximatif et d’une réalisation bancale, certes pas aidée par des SFX indignes.

Que reste-t-il alors ? Le Creeper, toujours aussi classe (sa première apparition très iconique fait son petit effet), malgré le fait qu’il soit moins effrayant en plein jour. C’est probablement la seule chose à sauver avec le score très efficace de Andrew Morgan Smith et le choix de faire du camion une entité vivante avec quelques gadgets (sous-exploité ceci dit). Le reste est un gâchis monumental. Et vu qu’on a attendu 15 ans, on ne peut même pas dire que JEEPERS CREEPERS 3 soit une déception.

 

C’est carrément une abomination !

 

Antony Portier