UN FILM DE chad stahelski  * par ANTONY PORTIER

Sacré John Wick. Après deux opus meurtriers au bodycount impressionnant, voilà que le bonhomme reprend les armes pour un troisième chapitre qui promet du bruit et de la fureur à tous les étages. Toujours réalisé par Chad Stahelski, JOHN WICK : PARABELLUM reprend exactement là où le deuxième s’arrêtait, à savoir John en fuite avec tous les tueurs de New-York bientôt à ses trousses.

 

L’amoureux des chiens tient-il toutes ses promesses ?

L’approche de l’équipe de JOHN WICK 3 s’est toujours rapproché de celle de MISSION : IMPOSSIBLE, à savoir rendre hommage aux films d’action “à l’ancienne” à travers leurs morceaux de bravoure souvent ponctués de cascades insensées et un filmage aux antipodes de leur époque. Evidemment, si Keanu Reeves est encore loin de la “folie” qui habite Tom Cruise (il n’en est pas encore à s’attacher à un avion ou piloter un hélicoptère, et le film contient quelques CGI plus ou moins invisibles), il met un point d’honneur à faire pratiquement toutes ses cascades et à subir un entrainement herculéen pour les besoins de la franchise. Une séquence à cheval où Wick est poursuivi par des tueurs à motos ? Pas de problème : l’acteur grimpe sur sa monture et enchaîne les headshots dans la joie et la bonne humeur. Pour autant, le poids des années se fait sentir et Reeves n’est pas Jason Statham ou Scott Adkins quand il s’agit de distribuer les coups de poings, en résulte des enchaînements parfois maladroits et limités par ses capacités martiales (même si l’acteur semble être plutôt maître de son sujet et en tous cas bien au-dessus de la moyenne).

Et c’est là l’intelligence de Chad Stahelski pour ce JOHN WICK PARABELLUM : en mettant plus en avant les adversaires de Wick, Stahelski le rend plus passif, comme s’il encaissait plus qu’il ne donnait. Et ça tombe bien : les opposants sont cette fois-ci beaucoup moins nombreux la plupart du temps et surtout beaucoup plus doués d’un point de vue martial qu’avant (on retrouve des acteurs de la saga THE RAID, TRIPLE THREAT ou encore UNDISPUTED, autant dire pas des amateurs), ce qui rend les combats à mains nues plus intéressants et moins lassants que par le passé. On n’est pas prêt d’oublier ce combat au couteau dans l’armurerie, grosse tuerie parfaitement chorégraphiée à la violence parfois hilarante qui vire au slapstick. Et quand bien même certaines scènes d’action impliquent une armée de bots sans âme qui apparaissent aux quatre coins du cadre avant de se faire dessouder dans les secondes qui suivent, elles sont à chaque fois porteuses d’idées (les chiens, les armures à la fin) qui rendent le tout plus varié que d’habitude. On évite pas quelques longueurs (la longue fusillade à Casablanca paraît interminable) mais il est agréable de voir que le réalisateur n’a pas voulu se reposer sur ses lauriers et a essayé de ne pas refaire exactement les même scènes que par le passé, surtout que le design sonore a encore franchis un cap et compense grandement l’absence d’utilisation de vraies armes lors du tournage. D’un point de vue action JOHN WICK PARABELLUM en fout donc plein les yeux et est d’une très très grande générosité.

Mais le scénario dans tout ça ? Pas qu’on s’en fiche un peu (on vient surtout pour la bagarre après tout) mais entre chaque carnage il faut bien s’occuper et raconter quelque chose. Le premier film avait pour principal défaut une dernière bobine vide d’enjeux, Chadhelski et son scénariste ne sachant plus trop quoi raconter. Le deuxième opus était une agréable surprise, avec un background plus étoffé, sorte d’univers over the top dans lequel même le clochard du coin pouvait être un assassin. C’est tout ce qui tourne autour de cette organisation et le fameux Hôtel Continental qui donne un charme particulier à la franchise JOHN WICK, même si cela implique de laisser son cerveau à l’entrée et de se laisser emporter par ce monde fantasmagorique. Malheureusement JOHN WICK PARABELLUM représente une régression à ce niveau-là, pas parce que rien n’y est développé (l’arrivée du fameux “Juge” ouvre de nouvelles perspectives intéressantes) mais parce que le développement laisse parfois à désirer. Passé une première demi-heure dantesque l’histoire s’enlise dans une série de facilités scénaristiques et de résolutions amenées parfois grossièrement. La partie à Casablanca est probablement la plus problématique. Elle amène une grosse rupture en matière de rythme et c’est là où les longueurs/facilités se font le plus sentir même dans l’action malgré une Halle Berry en grande forme.

On est donc un peu déçu par les événements de ce JOHN WICK PARABELLUM, surtout vu la fin du deuxième film et la première partie absolument parfaite. Il n’empêche qu’on regarde le tout souvent la bouche grande ouverte tant le film aligne les idées sympas tout du long et les plans à tomber par terre. Dan Laustsen, directeur de la photographie dans les derniers Del Toro, y est pour beaucoup : la lumière est encore une fois incroyablement belle, encore plus quand elle est combinée à une direction artistique de très grande qualité (les décors sont vraiment somptueux du début à la fin). On a donc confiance en l’équipe de JOHN WICK pour le prochain opus (car oui, un quatrième est prévu) mais on reste cependant un poil méfiant. N’était-ce pas l’occasion de boucler la boucle ? Etirer la saga jusqu’à plus soif est-il un bon choix ? L’avenir nous le dira, mais en attendant on ressort de JOHN WICK PARABELLUM globalement satisfait, souvent avec des étoiles plein les yeux, parfois déçu, mais toujours avec l’impression d’avoir largement rentabilisé son billet. Tout le contraire de John, bien énervé et décidé à tuer la moitié de la planète dans deux ans pour notre plus grand plaisir.

 

Antony Portier