UN FILM DE juan ANTONIO BAYONA * par FOUAD BOUDAR

Inaugurée par le classique inoxydable de Steven Spielberg, la franchise JURASSIC PARK (1993) n’a fait que décliner avec des suites de moins en moins convaincantes. En pilote automatique, tonton Steven livre avec LE MONDE PERDU (1997) un divertissement certes généreux mais passe à côté d’un grand film d’aventure. Simplement titré JURASSIC PARK 3 (2001), le troisième volet signé Joe Johnston est une série B de luxe qui se contente d’aligner les scènes d’action comme autant d’épreuves d’un jeu vidéo. Peinant à revitaliser la franchise, malgré son énorme potentiel cinématographique, le studio Universal laisse ses dinosaures en sommeil pendant près de 15 ans.

BIENVENUE… A JURASSIC WORLD

Le principal mérite de la suite tardive réalisée par Colin Trevorrow était de mettre fin à une contradiction majeure de la saga, inhérente à son titre : jamais celle-ci ne nous montrait de parc jurassique. A l’image de son principal dinosaure génétiquement modifié, le réalisateur tente désespérément de mêler l’ADN du premier film à la surenchère des blockbusters actuels pour un résultat mitigé. JURASSIC WORLD multiplie les clins d’œil, les hommages, jusqu’à copier-coller des plans voire des scènes entières du chef d’œuvre de Spielberg. Trevorrow tire sur la corde nostalgique, s’acharne en vain à reconstituer une magie originelle et oublie de nous livrer sa vision de cet univers. Peut-être n’en n’avait-il pas.

Le triomphe du film au box-office valide cependant ce revival et met sur les rails JURASSIC WORLD-FALLEN KINGDOM.

L’ORPHELINAT DES DINOSAURES

« Pour moi, chaque angle est important. Chaque plan doit faire monter la tension, de façon très hitchcockienne. La scène de la gyrosphère était de cet ordre-là. » J.A. Bayona

Un parti pris de mise en scène est sans doute ce qu’il manquait à Colin Trevorrow afin d’élever son matériau. Originaire de Barcelone, Juan Antonio Bayona construit une œuvre bouleversante, empreinte de sensibilité exacerbée et son arrivée sur la franchise lui fait passer un cap salutaire.

Maîtrisée et inventive, sa mise en scène transcende un scénario imparfait pour donner à FALLEN KINGDOM des allures de blockbuster d’auteur. Bien que simple exécutant ici, il s’accommode d’un cahier des charges verrouillé en se focalisant sur ce qu’il sait faire : nous émouvoir par le langage des images.

S’ouvrant par des scènes amples et spectaculaires, le film clôt son premier acte avec une image d’une puissance terrassante, la mort d’un brachiosaure, le premier dinosaure dévoilé dans JURASSIC PARK. En un seul plan, Bayona concentre le thème principal de son métrage : la fin d’un monde. Il prend le contre-pied des films précédents et réduit le cadre de l’histoire à un lieu unique ; un manoir. L’occasion pour lui d’étaler tout son savoir-faire et nous livrer un dernier acte absolument poignant et captivant. Ainsi, il joue de l’ombre et de la lumière afin de dévoiler les dinosaures, aligne les images marquantes aux teintes gothico-horrifiques tout en permettant à ses personnages d’exister. Jamais Chris Pratt et Bryce Dallas Howard n’ont été aussi convaincants.

« Steven Spielberg est la seule raison pour laquelle j’ai signé pour FALLEN KINGDOM. » J.A. Bayona

Empruntant juste ce qu’il faut au film originel - Ian Malcom de retour pour servir de caution philosophique - Bayona se permet quelques échos subtils au film de Spielberg qui viennent renforcer sa narration sans la faire tomber dans l’hommage béat.

Véritable miracle, FALLEN KINGDOM démontre de manière spectaculaire le pouvoir d’un metteur en scène. D’une générosité totale, il est la digne suite de JURASSIC PARK. Une filiation renforcée par un dernier plan qui rend par ailleurs un hommage direct à E.T.

Fouad Boudar