UN FILM DE matthew vaughn * par Fouad boudar

« Sur X-MEN FIRST CLASS, je me suis senti invité par Bryan(Singer). Il m’a prêté ses jouets. Je n’avais pas le désir de retourner dans cet univers. J’en avais fait le tour ».  Matthew Vaughn

Toujours initiateur de ses projets, il cultive une farouche indépendance pour laquelle il refuse des blockbusters de prestige qui lui assureraient une position confortable dans le Game Hollywoodien. CASINO ROYALE, THOR, X-MEN 3 font partie de cette longue liste. Le bonhomme ne cachetonne pas et ne s’engage dans un projet que s’il en a envie. A l’inverse de son ami Guy Ritchie, il préfère la casquette de bâtisseur d’empire à celle de faiseur de luxe. Il accepte cependant sa seule commande à ce jour, X MEN FIRST CLASS, car très fan de la BD, pour en faire le meilleur volet de la franchise. Transposés dans l’atmosphère vintage des années 60, les super héros gagnent en humanité et en réalisme. KINGSMAN-SERVICES SECRETS, adapté de la B.D de son ami Mark Millar, représente l’aboutissement de son travail sur les codes de la culture populaire en donnant cette fois sa propre version du mythe Bondien. Ultra fun, le film illustre une nouvelle fois le talent de Vaughn et de sa scénariste Jane Goldman pour concocter un divertissement attaché à ses personnages, subversif à souhait et toujours respectueux de son public. KINGSMAN 2 était une évidence.

Un enfant désiré

« J’aime profondément les personnages de KINGSMAN. J’avais envie de les retrouver. C’est pour cette raison que j’ai voulu en réaliser la suite ». Matthew Vaughn

Sorti de nulle part, KINGSMAN - SERVICES SECRETS était un prototype qui échappait à toute formule. Fun, violent et décomplexé le film de Matthew Vaughn était une anomalie. A rebours de la tendance sombre et torturée de la saga James Bond, Kingsman nous rappela avec vigueur le rôle premier du cinéma de divertissement, à savoir vibrer pour des personnages et passer un bon moment. Sans oublier au passage de faire preuve d’une subversion salutaire ; la fameuse scène de l’église en est l’exemple le plus marquant, mais aussi d’un point de vue social : voir un adolescent des bas quartiers londoniens finir dans le fondement d’une princesse suédoise avait quelque chose d’inédit et réjouissant. Rapidement mise en chantier, KINGSMAN LE CERCLE D’OR traduit une logique de franchise qui pouvait facilement le reléguer au statut d’opportunité commerciale. Le doute est dissipé dès les premières minutes du métrage avec une scène de combat contenu dans un taxi londonien qui donne d’emblée la note d’intention du film : nous servir un spectacle fou et jouissif.

Matthew Vaughn prolonge ses recherches esthétiques du premier volet pour leur faire atteindre une énergie cinétique jamais vue sur un écran de cinéma. Cette férocité formelle est démultipliée par un scénario d’une rare intelligence. En effet, le cinéaste décide de redistribuer les enjeux en détruisant l’organisation des Kingsman pour ramener ses personnages à la case départ et nous présenter leurs « cousins américains » les Statesmen. L’univers initial s’étend de manière naturelle, presque organique.

 

«  Je m’ennuie devant la plupart des films oscarisés. Je n’ai pas envie de me les repasser. ». Matthew Vaughn

D’une grande humanité, le script veille constamment à baigner d’émotions ses personnages ; ils sont tous attachants, même dans leur cruauté car toujours motivés par des fêlures psychologiques bien établies. Ainsi, Julianne Moore est la grande méchante dans la peau d’une ancienne femme au foyer psychotique, Poppy Adams, dont le repère, niché dans la jungle, est entièrement fait de décors des années 50. Une idée folle, dont le film regorge et nous sert à chaque photogramme. Chaque scène contient une proposition qui fait mouche et nous procure des chatouillements dans le ventre, de ceux qui sont donnés par les spectacles hors normes et précieux.

KINGSMAN – LE CERCLE D’OR est réalisé comme si c’était le dernier film de son auteur. Une jubilation exacerbée par un casting dément et complètement méta. Comme si chaque nouvel acteur jouait la variante rock’n roll d’un rôle qu’il a précédemment interprété. Comment ne pas voir en Poppy, une évocation du rôle de Cathy que Julianne Moore interpréta en 2002 dans LOIN DU PARADIS de Todd Haynes. Une femme au foyer dans l’Amérique des années 50. Un hasard ? Gageons que c’est un choix volontaire. De même que l’acteur chilien Pedro Pascal, issu de la série NARCOS, joue ici un agent des Statesmen qui lutte contre la drogue, mais d’une manière sensiblement différente. Des échos de ce type, par acteurs interposés, le film en est plein.

L’effet Barnum et l’effet Scarlet

Le cœur émotionnel de cet univers, à savoir le trio Eggsy, Harry et Merlin atteint une nouvelle dimension à la faveur, là encore, d’un scénario subtil qui inverse la dynamique du duo Eggsy/Harry. Annoncé par une affiche teaser publiée l’année dernière, le retour d’entre les morts de Harry est brillamment exploité pour être une source de tension dramatique mais également d’humour et d’émotion. Harry n’est plus le même et doit se redécouvrir, aidé en cela par un Eggsy qui devient temporairement son mentor, puis le fils qu’il aurait aimé avoir. Cette filiation bouleversante est entérinée par un plan discret mais lourd de sens montrant Harry saisir la main de Eggsy pour l’aider à se relever après la fusillade finale.

MARV : LE NOUVEAU LUCASFILM 

Il est avec Edgar Wright l’un des derniers tenants d’un cinéma pétaradant, décomplexé et enrichi en cool. Le Britannique Matthew Vaughn débute sa carrière en tant que producteur, sur des séries télévisées et les films de Guy Ritchie (SNATCH, ARNAQUES CRIMES et BOTANIQUE). Il démarre donc dans le milieu à un poste qui le familiarise avec les contingences financières et logistiques d’un tournage. En 2004, LAYER CAKE est son baptême de réalisateur, un film de gangsters avec Daniel Craig dans lequel il démontre déjà ses talents de narrateur et son goût pour la subversion. Motivé par son amour pour les histoires qu’il aborde, il revisite le conte de fées avec le sous-estimé STARDUST qui lui permet de prouver sa maîtrise des effets spéciaux et sa capacité à entraîner des stars iconiques (Robert De Niro et Michelle Pfeiffer) dans des univers inédits, en leur offrant des rôles qui les éloignent de leur registre habituel. Avec ces deux premiers opus Matthew Vaughn livre ses intentions : revisiter des figures archétypales en les détournant afin d’en offrir une vision inédite et rock’n roll. Il aime embrasser le cinéma de genre pour le dynamiter de l’intérieur tout en proposant un spectacle abrasif mais toujours respectueux. Ce qui se confirmera avec KICK ASS. Réalisé en toute indépendance, ce film, au-delà du plaisir jouissif qu’il procure, confirme le talent de Vaughn pour mettre « tout l’argent sur l’écran ». Aidé en cela par ses compétences de producteur, le cinéaste produit intelligemment ses œuvres en donnant l’impression qu’elles ont bénéficié d’un budget supérieur à la réalité.

« Le fun est plus dur à faire que le drame ». Matthew Vaughn

La mise en scène, soignée et généreuse, intensifie à un niveau viscéral de gros morceaux de bravoure pétaradants. Sans chercher à surpasser la scène de l’église du premier volet, Matthew Vaughn fait le choix de scènes d’action plus courtes mais plus nombreuses ; toujours servies par une idée géniale leur donnant un caractère inédit et mémorable. Le rythme est soutenu, sans être hystérique, pour faire aboutir le récit à un combat final d’une virtuosité inouïe, chorégraphié comme un ballet de danse. Cette forme cartoonesque et fulgurante rehausse un récit centré sur ses personnages, tour à tour émouvants, parfois tragiques, souvent drôles, en un savant mélange de spectacle (l’effet Barnum) et d’émotion (l’effet Scarlet).

 

Véritable doigt d’honneur au divertissement conçu en laboratoire, KINGSMAN LE CERCLE D’OR propage une joie indescriptible, de celle qui vous donne envie de vivre.   

Fouad Boudar