UN FILM DE Léo KARMANN * par ANTONY PORTIER

Il est toujours intéressant d’accueillir une nouvelle proposition dans notre cher paysage cinématographique, surtout quand elle a le mérite de se démarquer et d’apporter quelque chose de nouveau. Le premier film de Léo Karmann fait donc partie de ce cinéma français devenu un cinéma de niche pas spécialement très populaire ni même rentable la plupart du temps. La Dernière Vie de Simon n’échappe malheureusement pas à la règle (on y reviendra plus tard), mais ses énormes qualités font de ce long métrage un objet fascinant qu’on voit rarement par chez nous.

Le petit Simon, orphelin qui rêve d’avoir une famille, a un secret : il peut prendre l’apparence des personnes qu’il touche. Cet étrange pouvoir va lui être utile pour devenir ce qu’il a toujours rêvé d'être, mais le chemin est semé d’embuches et ce grand pouvoir importe de grandes responsabilités (oui, elle était facile). Il est difficile de trop parler du scénario sans spoiler certains événements clés de l’histoire, mais l’intelligence du script de Léo Karmann et Sabrina B. Karine fait que ce concept redistribuera constamment les cartes. Si La Dernière Vie de Simon n’a pas le budget d’un Spielberg (grosse influence assumée par le réalisateur), Léo Karmann fait à chaque fois preuve d’inventivité pour rendre sa mise en scène pertinente. Chaque effet est justifié par une émotion ou une rupture de ton, et la maîtrise technique du metteur en scène impressionne pour un premier film. L’élégance de son découpage et des mouvements de caméra, l’importance donnée aux silences et aux couleurs ainsi qu’aux regards font de La Dernière Vie de Simon un petit bijou de mise en scène réfléchie. Et pourtant, Karmann et sa coscénariste n’oublient jamais l’essentiel : frapper en plein cœur.

Car malgré la tenue visuelle impeccable de l’ensemble, c’est bien la façon dont les deux acolytes ramènent constamment les enjeux à hauteur d’homme qui rend le long-métrage passionnant. Jamais l’élément fantastique ne semble prendre le dessus, jusqu’à n’être presque qu’un prétexte à cette histoire d’amour dont le poids dramatique ne fait qu’amplifier à mesure que le film avance. C’est un habile travail d’équilibriste qui a été accompli par les deux scénaristes, bien aidés par des acteurs excellents de bout en bout (surtout qu’ils doivent parfois jouer avec une palette d’émotions complètement différente d’une scène à l’autre). Et si l’influence de Spielberg paraît un peu trop évidente/écrasante dans les premières minutes, Karmann est suffisamment intelligent pour prendre du recul par la suite et voler de ses propres ailes en insufflant une dramaturgie parfois inédite qui fonctionne du tonnerre. Qu’on ne s’y trompe pas, La Dernière Vie de Simon touche à plein de genres, mais l’aspect dramatique du film prédomine et fait de cette histoire d’amour déchirante une expérience parfois inoubliable.

La Dernière Vie de Simon n’a pas rencontré son public en salles lors de sa sortie en février dernier. L’incrustation du merveilleux dans le cinéma français est toujours un projet délicat à vendre, mais on espère que le film de Léo Karmann aura le droit à une seconde vie en vidéo et ouvrira des portes à un metteur en scène très prometteur qui a tout d’un grand.

Par Antony Portier

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