UN FILM DE DANIEL ESPINOSA * par Antony portier

À bord de la Station Spatiale Internationale, les six membres d’équipage font l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité : la toute première preuve d’une vie extraterrestre sur Mars. Alors qu’ils approfondissent leurs recherches, leurs expériences vont avoir des conséquences inattendues, et la forme de vie révélée va s’avérer bien plus intelligente et dangereuse que ce qu’ils pensaient… Vous avez probablement déjà vu ça une centaine de fois. Le film d’horreur spatial a en effet engendré des dizaines et des dizaines de métrages avec des résultats très inégaux. LIFE : ORIGINE INCONNUE fait heureusement partie des bonnes surprises qu’on ne voyait pas forcément venir, surtout vu le passé du réalisateur. Oscillant entre le sans plus (SECURITE RAPPROCHÉE) et le franchement nul (EASY MONEY, ENFANT 44), le metteur en scène suédois Daniel Espinosa n’a jamais vraiment brillé par la qualité de ses travaux. Alors quand en plus les scénaristes de DEADPOOL et G.I JOE 2 font équipe avec lui on est en droit d’avoir de grosses craintes. Et pourtant Espinosa vient de réaliser l’impensable : un bon film. Un très bon film même.

Arriver à faire son nid dans le monde du film d’horreur spatial n’est pas chose aisée pourtant, le genre étant suffisamment répandu (et ce depuis des décennies maintenant) pour que la lassitude pointe le bout de son nez. Autant le dire tout de suite : LIFE : ORIGINE INCONNUE n’est pas d’une originalité folle. Ce n’est pas un film qui va redéfinir le genre ou qui va apporter quelque chose de nouveau malgré un ou deux aspects inédits (à savoir : l’utilisation de la gravité zéro tout du long et l’alien). Mais ça, Espinosa le sait apparemment très bien, et c’est avec modestie que le metteur en scène traite son film. Et c’est probablement l’aspect qui va en déranger plus d’un, alors que c’est ça sa grande qualité. À l’heure où Ridley Scott tente tant bien que mal de traiter de questionnements philosophiques sur la vie, la foi et Dieu à travers des scénarios foireux et en salopant une mythologie vieille de quarante ans, Espinosa préfère jouer la carte de l’efficacité sans pour autant copier mollement ses aînés. Son atout numéro un : son monstre. Et c’est probablement la plus grosse réussite de LIFE : ORIGINE INCONNUE. Véritable boogeyman increvable au design original, la bête (appelée Calvin par les personnages) est LA star du film. Vicieuse, déterminée et très maligne, la chose d’un autre monde donnera beaucoup de fil à retordre au casting lors de scènes tendues comme un arc. À ce titre on est pas prêt d’oublier la première altercation avec Calvin en tant que prédateur (qui renvoie à une scène mythique du ALIENS de James Cameron) ou ce final terrifiant de noirceur. Plus terrifiant et marquant est le monstre, meilleur est le film. Voilà la philosophie que s’est imposée l’équipe du film, et c’est sur ce point précis que LIFE va se démarquer de la concurrence. En caractérisant son alien de manière presque humaine (on lui donne un nom, on en fait tout d’abord une star qui fait la une des news à la télé) et en voulant ainsi traiter sa découverte de la façon la plus rationnelle possible, les scénaristes optent pour un premier acte très optimiste qui célèbre la découverte du nouvel organisme sans que la peur ou l’inquiétude ne pointe le bout de son nez. Et quand le récit bascule dans l’horreur, c’est avec une approche très sèche et finalement très effrayante qu’Espinosa traite le tout, en jouant avec l’aspect claustrophobique de sa station et la manière dont son monstre y évolue (vous vous voyez enfermés dans une pièce avec une petite saloperie qui se cache quelque part sous les meubles ? Voilà, c’est exactement ça).

Évidemment le film s’écroulerait si toutes ses péripéties étaient vécues par des personnages bêtes comme des oies. Ce n’est heureusement pas le cas ici. Tout le monde est suffisamment bien loti (non, ce ne sont pas forcément les acteurs les moins connus qui y passent en premier) et doté d’un background solide (qui justifie à la fois leur présence au sein de la station, leurs motivations et même certains twists vicieux) pour remporter l’adhésion auprès du spectateur et susciter son empathie, surtout que le syndrome PROMETHEUS (à savoir : une bande d’idiots qui réagissent n’importe comment) est ici totalement absent, les protagonistes prenant des décisions toujours cohérentes même si parfois vouées à l'échec. Car chaque tentative de l'équipage pour se débarrasser de la bête se soldera par un retour de bâton, le monstre faisant preuve d’une redoutable intelligence. C’est une des grandes forces du récit : si son rythme s’avère au bout d’un moment assez mécanique, il permet à chaque fois de relancer la machine de façon dynamique et de renforcer le sentiment de  désespoir qui plane sur les personnages. Malgré les nombreuses tentatives de tuer ou de contenir la bête le rapport de force semble inégal, mais c’est cette détermination et la cohérence des choix qui finissent par rendre l’équipe attachante.

Si Daniel Espionosa n’a donc pas l’intention de réinventer l’eau tiède, il parvient à livrer une série B solide (la réalisation est à ce titre très léchée, avec en bonus un excellent plan-séquence qui joue sur le hors-champ et le cadre dans le cadre) et un véritable film de monstre impeccable qui sait faire peur (la première mort pousse le sentiment de malaise au maximum) et qui reste ainsi en tête après visionnage. On en demandait pas tant de la part de l’équipe de LIFE : ORIGINE INCONNUE. Autant dire que la surprise est totale et qu’on recommande chaudement ce petit film qui vous coupera l’envie d’appeler votre fils Calvin.

 

Par Antony Portier