UN FILM DE bryan kirk  * par ANTONY PORTIER

Réalisateur pour des séries telles que Les Tudors ou Game of Thrones, Brian Kirk passe la seconde avec 21 Bridges (renommé Manhattan Lockdown en France, allez savoir pourquoi), polar produit par les frères Russo avec dans le rôle-titre un Chadwick Boseman fraîchement sorti de Black Panther et Avengers Endgame. Le passé du metteur en scène a de quoi inquiéter, les réalisateurs provenant du petit écran ayant souvent bien du mal à transformer l’essai sur la grande toile.

 

Et pourtant, Kirk réalise avec Manhattan Lockdown ce qu’on pensait presque impossible : tirer vers le haut son script grâce à sa mise en scène et faire de son premier film une excellente surprise.

New-York, début de soirée, un simple casse qui tourne à la fusillade, deux fugitifs en cavale, et toute la police de Manhattan à leur poursuite après que le fameux quartier est mis en quarantaine. Parmi eux, Andre Davis, détective droit dans ses bottes à la gâchette soi-disant facile, doit découvrir ce qui s’est vraiment passé avant qu’il ne soit trop tard. On n’en dira pas plus pour éviter les spoilers (au passage évitez la bande-annonce qui spoile déjà pas mal), mais sachez toutefois que l’histoire de Manhattan Lockdown est cousue de fil blanc, probablement déjà vue pour la plupart d’entre nous et réserve des surprises pas si surprenantes que ça. Là où Brian Kirk est très fort, c’est en prenant en compte ce défaut régulier (le personnage principal n’est lui non plus de toute évidence pas dupe), pour traiter le tout sous un angle différent et éloigné des productions récentes. Ici, point de long développement sur tous les protagonistes, en deux scènes le personnage de Davis est posé et le reste de la distribution est caractérisée dans l’action, par le biais de telle réaction, telle décision, ou encore même d’une simple ligne de dialogue. Pas le temps de digresser pendant une longue bobine d’introduction ici, tout s’emballe très vite et on est rapidement lancé en plein milieu d’une chasse à l’homme XXL. Avec ses 1h40 au compteur, Manhattan Lockdown file droit et ne perd pas de temps, ce qui est tout à fait honorable et toujours bon à prendre à l’heure actuelle.

Ce qui pourrait être un simple polar light sans grande saveur prend ainsi vite des allures de série B de luxe au-dessus de la moyenne en grande partie grâce au traitement de l’histoire donc (le frère de Joe Carnahan au script), mais aussi par une patine visuelle qui fait franchement plaisir. Épaulé par Paul Cameron à la photographie (Collatéral, autant dire que le bonhomme sait filmer une ville de nuit) et le directeur de seconde équipe Spiro Razatos (fidèle collaborateur des Russo, Michael Bay ou encore de Justin Lin sur les Fast & Furious), Brian Kirk met en scène son film avec talent, que cela soit lors des scènes d’action (fusillades parfaitement découpée et à la gestion de l’espace impeccable, poursuites à pied ou en voiture trépidantes) ou des passages plus calmes. L’arrivée sur les lieux du crime sans aucun dialogue qui renvoie à Jack Reacher, ou encore l’amorce de la deuxième grosse scène d’action qu’on croirait sorti d’un film fantastique sont des choix de mise en scène qu’on n’attendait pas forcément et surprennent régulièrement. Alors quand en plus l’ambiance générale est à tomber par terre (très gros mood urbain qui ne lâche pas le spectateur tout du long), on ne peut que pardonner les grosses ficelles du scénario et adhérer à la proposition.

C’est donc avec surprise qu’on découvre Manhattan Lockdown, qui fait beaucoup penser aux anciennes productions Joel Silver dans son ton et son ambiance (le score démentiel d’Henry Jackman sonne très Michael Kamen/Marco Beltrami). Le genre de péloche urbaine qu’on ne voit que trop rarement et qui fait les choses bien, et qui donne envie de suivre la carrière d’un réalisateur qu’on espère revoir au cinéma prochainement.

Par Antony Portier

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