UN FILM DE JOHN WOO * par ANTONY PORTIER

Réalisateur de véritables chefs-d’œuvre tels qu’À TOUTE EPREUVE, John Woo s’est fait discret depuis son diptyque LES TROIS ROYAUMES il y a maintenant dix ans. Son seul signe de vie depuis n’était autre qu’un autre film en deux parties : le décevant THE CROSSING, inédit en France. Dire que l’attente autour du nouveau film d’action du metteur en scène de THE KILLER était grande serait donc un euphémisme, tant le retour au cinéma d’action par un des maîtres du gunfight sur pellicule avait de quoi donner des frissons rien qu’en l’évoquant.

 

Seulement voilà, MANHUNT est totalement indigne de la filmo de John Woo et a plus sa place dans les abysses de Nanarland que dans la vidéothèque de n’importe quel fan du monsieur.

Il n’empêche que ces énormes problèmes de postproduction mis de côté, MANHUNT ne ressemble de toute façon à rien. Même les scènes d’action sont nulles, blindées de moments embarrassants et de CGI moches avec un sound design cheap et un découpage qui n’a parfois aucun sens. De la part d’un des piliers du gunfight au cinéma c’est incompréhensible, le pire étant les passages dialogués en anglais (il y a de tout ici : du japonais, du doublage japonais, du mandarin, de l’anglais pour une raison parfois inconnue) qu’on croirait sortis d’une parodie de Mozinor. Pas un personnage n’existe, tout est amené grossièrement, les rares idées sympas deviennent vite risibles dans leur traitement (les deux tueuses, doux Jésus) et on passe plus de temps à rigoler/pleurer en position fœtale qu’autre chose.

Tout commence très mal et très vite. Le montage est grossier, les effets de style sont atroces et cheaps, les acteurs jouent comme dans un porno et déblatèrent des dialogues d’une nullité affligeante (votre serviteur s’est demandé s’il n’y avait pas un problème avec les sous-titres tellement le tout était à mourir de rire) et la musique est la plupart du temps complètement à l’ouest (imaginez l’intro de QUESTION POUR UN CHAMPION lors d’une baston et vous avez une idée). On se dit alors qu’on va passer un bon moment à se poiler, et c’est probablement le meilleur angle pour aborder MANHUNT tant l’ensemble est d’une médiocrité effrayante. Rien ne fonctionne dans ce gloubi-boulga qui sent bon le gros Z du début à la fin avec son scénario complètement incohérent, cliché et ridicule. Les vingt dernières minutes, sorte de mix entre UNIVERSAL SOLDIER et RESIDENT EVIL (oui, ça part très loin, vous êtes prévenus) valent leur pesant de cacahuètes. Pour la défense de John Woo le film est passé en phase de remontage très intense après sa présentation au festival de Venise, et ça se voit constamment: les transitions sont très problématiques et le montage en général rend certains pans entiers de l’histoire incompréhensibles.

Finalement on passe presque un bon moment devant MANHUNT tellement tout est over the top et ridicule. Le film fera la joie des soirées nanar, c’est sûr, et avec une bande de potes et une solide appréhension de la chose on peut se marre pendant 1h40.

 

Pas sûr cela dit que John Woo avait ça en tête lors du tournage.

 

Antony Portier