UN FILM DE Christopher mcquarrie * par FOUAD BOUDAR

ETHAN CRUISE :

A 34 ans, affichant déjà un CV long comme le bras, Tom Cruise gagne avec MISSION IMPOSSIBLE (Brian De Palma-1996) ses jalons de producteur tout-puissant afin de mieux contrôler sa destinée au sein de l’industrie Hollywoodienne. En apparence véhicule dédié à sa gloire (ce qu’elle est assurément), la saga qui se dessine avec les volets suivants évolue vers le commentaire sur la vie personnelle de l’acteur. Ethan Hunt est devenu l’alter ego de Tom Cruise, une fenêtre ouverte sur sa psyché.

En amoureux du cinéma, il injecte dans cette saga son exigence hors norme, son envie de livrer des films d’action pleins, généreux et définitifs. Ainsi, pour dessiner cette fresque flamboyante dédiée à sa gloire, il fait preuve d’un flair savant en allant chercher de véritables auteurs qui sauront y mettre leur patte. Son souhait de travailler avec David Fincher puis Joe Carnahan (alors débutant) sur MISSION IMPOSSIBLE 3 est révélatrice de sa compréhension innée de l’art cinématographique.

Le chef d’œuvre matriciel de Brian De Palma, servira de mètre-étalon aux films suivants, d’où leur excellente tenue globale si on les compare à la saga DIE HARD par exemple. Même si on peut déplorer un ou deux volets un peu plus faibles que les autres, la saga MISSION IMPOSSIBLE brille par une incroyable homogénéité qualitative, rarissime dans le paysage actuel. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les films les moins convaincants (le 2 et le 3) correspondent aux périodes les plus troublées de la vie de Tom Cruise.

Après un volet salvateur signé Brad Bird (GHOST PROTOCOLE-2011) qui ajouta de nouveaux marqueurs à la franchise, l’apothéose est atteinte avec Christopher McQuarrie et son ROGUE NATION (2015) qui fait évoluer la saga vers le thriller d’espionnage aux parti pris esthétiques old school.

L’arrivée d’un personnage majeur, la sublime et troublante Ilsa Faust (Rebecca Ferguson) a redéfini les enjeux dramatiques de la franchise. Double parfait d’Ethan Hunt, il est l’un des plus beaux personnages de cinéma d’action de ces vingt dernières années.

 

Le retour de McQuarrie sur FALLOUT est à la fois logique et inévitable car il s’agit de la suite directe de ROGUE NATION. Ainsi que de sa prolongation sublime et crépusculaire.

Les scènes d’action sont aussi immersives que viscérales car filmées comme des extensions de la psychologie de Hunt : la fuite en avant et la quête de salut.

FALLOUT enchaîne les morceaux de bravoure mis en scène avec une précision diabolique à un rythme insensé, dans un sentiment d'urgence : un saut HALO à travers un orage au-dessus de Paris,  un combat à mains nues, à l’impact monstrueux,  dans les toilettes du Grand Palais rythmé par le seul son des coups portés, l'extraction d'un prisonnier qui se prolonge en une poursuite homérique à travers les rues de Paris , une course sur les toits de Londres et un final proprement hallucinant qui enterre dix-ans de films d’action dopé à la palette graphique.

Christopher McQuarrie prend soin de renouveler son style visuel et opte pour un ton plus sec et plus dur, servi par une photographie ténébreuse qui distille une atmosphère de fin du monde. Dans le prolongement de son travail sur ROGUE NATION, sa mise en scène est précise, lisible et sans fioriture. Il confirme qu’il est en train de devenir un très grand réalisateur qui marche dans les pas de formalistes comme John McTiernan. A l’heure où les grosses franchises ne sont plus confiées qu’à des réalisateurs dociles et interchangeables, Christopher McQuarrie fait figure d’exception.

L’ODYSSEE DE HUNT :

Christopher McQuarrie, dans sa volonté de nous proposer un spectacle neuf, développe les enjeux dramatiques de son personnage principal sans toutefois tomber dans le même piège que SPECTRE. Car ici point de tourments artificiels ou de nolanisation. Hunt confronte directement ses principes moraux à la réalité. « Fallout » est le terme utilisé pour qualifier les retombées d’un nuage nucléaire. Un titre on ne peut plus approprié pour un film qui ne cesse de malmener son personnage pour lui faire affronter les conséquences de ses choix. Ethan Hunt est hanté par son passé, en quête de paix. Une fragilité émotionnelle inédite qui le rend plus attachant et plus téméraire.

 

« Une faille, tout au fond de votre être, vous empêche de choisir entre sauver une vie et en sauver des millions. » Alan Hunley (Alec Baldwin) à Ethan Hunt – MISSION IMPOSSIBLE – FALLOUT

 

La fragilité nouvelle d’Ethan Hunt donne toute sa légitimité à son équipe dont il a plus que jamais besoin ici. Les personnages de Simon Pegg, Ving Rhames et Rebecca Ferguson gagnent en profondeur. Henry Cavill continue de confirmer son potentiel dans la peau d’August Walker. Ambigu à souhait, aux allégeances changeantes, il donne au métrage un parfum de thriller d’espionnage des années 70 et sert de catalyseur aux traumas de Hunt.

Scénariste de génie, Christopher Mc Quarrie est parvenu à donner à une saga composée de films « unitaires », une cohérence inespérée. Il embrasse le meilleur des volets précédents pour donner, à rebours, une uniformité bienvenue. Faisant ainsi de FALL OUT une immense tapisserie pleine de bruit et de fureur.

 

Tous les enjeux sont clos et les comptes soldés.

Cette profondeur émotionnelle, inédite dans la saga, trouve sa manifestation physique dans un spectacle jouissif et jubilatoire.

« Monsieur Hunt est la manifestation vivante du destin, et il a fait de vous sa mission. »

Alan Hunley (Alec Baldwin) – ROGUE NATION

TOM CRUISE L'ÉTERNEL :

A l'image de son personnage prêt à se sacrifier pour le bien commun, la star de cinquante-six ans semble prête à risquer sa vie pour notre divertissement.

Tom Cruise perpétue l’héritage de Buster Keaton, Jean-Paul Belmondo et Jackie Chan en entreprenant lui-même ses cascades avec le souci permanent de se dépasser. Une démarche émouvante de la part d’un homme qui aura donné sa vie à son art. Film d’action absolu, frontal et d’une générosité inouïe, FALLOUT vous explosera les sens.

 

Merci pour tout Tom. On se revoit très vite !

Fouad Boudar