UN FILM DE BRIAN TAYLOR * par ANTONY PORTIER

Remarqués en 2006 avec un HYPER TENSION complètement barré, Mark Neveldine et Brian Taylor ont vite imposé leur style à Hollywood, restant fidèle à la patte qui rend leurs films directement reconnaissables, quand bien même celle-ci ne fait que tirer leur projet vers le bas. Si HYPER TENSION 1 et 2 étaient de bonnes petites surprises sorties de nulle part, la lassitude a vite pointé le bout de son nez, les deux réalisateurs tombant dans une surenchère visuelle fatigante à la longue. Dès leur troisième film ULTIMATE GAME, Taylor et Neveldine ont prouvé qu’ils n’arrivaient pas à retranscrire des émotions ou des points de vue, multipliant les angles de caméra jusqu’à la nausée et secouant leurs caméras dans tous les sens sans qu’à aucun moment le découpage n’apparaisse cohérent. Leur GHOST RIDER 2 ne fera que confirmer le constat : malgré les quelques idées de mise en scène qui parsèment leur filmographie, Taylor et Neveldine ne sont pas les dignes héritiers de Tony Scott. C’est donc chacun de leur côté que les deux réalisateurs officient désormais, et après LES DOSSIERS SECRETS DU VATICAN par Neveldine c’est au tour de Taylor de passer tout seul derrière la caméra pour les besoins de MOM & DAD, dans lequel les parents (en l’occurrence : Nicolas Cage et Selma Blair) sont pris d’une crise de rage soudaine et tentent de tuer leurs enfants. Un pitch qui a tout de la petite série B d’horreur sympathique à première vue, même si la présence de Cage n’est plus un gage de qualité depuis un moment.

 

Pas de bol : si le film est raté, ce n’est pas à cause de sa star mais encore une fois de son réalisateur.

Que reste-t-il alors ? Principalement, et c’est même LA grosse surprise : Nicolas Cage. L’acteur, tombé dans les abysses du DTV ringard depuis des années, est ici étonnamment très bon dans un registre qu’il connait certes jusqu’au bout des doigts (à savoir : le cabotinage) mais qui fait ici sens, surtout qu’il se paye même le luxe d’avoir une longue scène dramatique en milieu de métrage qui fonctionne parfaitement. C’est donc peu dire que Nicolas Cage porte le film sur ses épaules, quand bien même on en n’attendait plus rien. Selma Blair est elle aussi parfaite et apporte un joli contrepoids au personnage du père, même si son personnage n’est pas aussi intéressant. On retrouve même ce bon vieux Lance Henriksen dans un rôle qu’il vaut mieux garder secret. Mais malgré ces quelques bons points on reste, de loin, sur notre faim lorsque le générique arrive. L’arrivée d’un twist malin et bien trouvé aurait pu relancer l’intérêt pour le film, mais il arrive cinq minutes avant la fin et donc bien trop tard pour être exploité de façon jouissive.

Taylor a beau essayer de placer quelques plans en rollers dont il a le secret depuis ses débuts, toutes les scènes de tension font constamment l’effet d’un ballon de baudruche à cause d’un découpage et d’un filmage approximatifs rendant lesdites scènes aussi inoffensives qu’un épisode de PLUS BELLE LA VIE. Pour un film censé montrer des parents tuer leurs enfants, MOM & DAD est très sage, les quelques scènes violentes étant constamment tuées dans l’œuf ou extrêmement décevantes. Que cela soit dans le hors champ ou par le biais d’une violence plus frontale, Taylor échoue à chaque fois à rendre MOM & DAD un tant soit peu dérangeant. Ainsi, toute l’introduction (très courte) tombe à plat étant donné qu’aucun suspense n’est vraiment amené et qu’il n’y a aucune mise en place de la menace. On n’ose imaginer ce qu’un John Carpenter aurait fait avec un sujet pareil, surtout que la musique rappelle à plusieurs reprises certains films du réalisateur. En l’occurrence Taylor n’a pas un dixième du sens du cadre ou du découpage du réalisateur de THE THING, et le résultat est un beau gâchis compte tenu du potentiel du projet.

Petit projet qui avait tout pour être une bonne surprise, MOM & DAD s’avère être une déception et la preuve supplémentaire que Brian Taylor, avec ou sans son ami co-réalisateur, n’a jamais su transformer l’essai et s’émanciper d’un style plus problématique qu’autre chose s’il n’est pas suffisamment contenu. Ce n’est pas les quelques tentatives de ruptures de ton qui vont nous donner tord : Taylor a beau essayer d’insérer quelques touches d’ironie et d’humour noir au milieu du carnage, on ne rigole jamais et on a jamais peur.

 

Et vu la note d’intention du projet c’est très problématique.

 

Antony Portier