UN FILM DE STEVEN S.deknight * par antony portier

Officialisé en 2014, PACIFIC RIM UPRISING est une suite qui n’était pourtant pas assurée, le film de del Toro ayant été sauvé de justesse par le box-office chinois à sa sortie en 2013. Le réalisateur de THE SHAPE OF WATER occupe cette fois le poste de producteur et c’est Steven S. DeKnight qui s’occupe de reprendre les rênes de la franchise robotique instaurée par le Mexicain. Ce changement de direction a de quoi faire peur au premier abord : DeKnight vient de la télé et ses précédentes réalisations (des épisodes de BUFFY, ANGEL et DAREDEVIL) n’avaient rien de franchement incroyable. L’histoire et le casting subissent eux aussi un lifting : adieu Charlie Hunnam et bonjour John Boyega, qui incarne ici le fils de Stacker Pentecost (Idris Elba dans le premier donc) dix ans après les événements du premier film. Les premières bandes-annonces annonçaient la couleur : les combats se déroulent cette fois en plein jour, le casting est jeune, l’ambiance est plus décontractée, et le spectaculaire semble prendre le pas sur la poésie du film de del Toro.

 

Cette nouvelle orientation plus grand public, qui apparaît tout autant comme un nouveau départ que comme le reflet de la peur des producteurs de ne pas attirer suffisamment de chalands en salle, est-elle une bonne chose au final ?

Malgré tout le bien qu’on peut penser du film de del Toro il faut rester honnête sur certains points, et notamment sur son casting : Charlie Hunnam était fade et n’avait clairement pas les épaules pour porter PACIFIC RIM pendant deux heures. L’arrivée de John Boyega, qui se révèle meilleur, est donc une bonne nouvelle, surtout qu’il est directement lié au premier opus via ses liens parentaux même si son arrivée dans l’univers de PACIFIC RIM amoindrit voir contredit presque la relation entre Mako et Stacker. DeKnight, ici réalisateur et co-scénariste, prolonge les idées de Del Toro tout en proposant quelque chose de nouveau dans l’univers. Les confrontations se font par exemple désormais aussi entre Jeagers, et DeKnight a l’intelligence de ne pas trop s’aventurer sur les plates-bandes de del Toro quand il s’agit de reprendre certains éléments du récit. Le fameux système de drift, au centre de l’histoire du premier film, est toujours présent mais ne fait jamais redite. Au contraire, DeKnight prend en compte certains événements de PACIFIC RIM et les prolonge intelligemment, allant jusqu’à créer un twist à la fois inattendu et cohérent d’un point de vue scénaristique. Et si tout n’est pas rose (la relation cliché entre les personnages de Boyega et Eastwood, pas aidés par des dialogues assez risibles) il faut saluer le respect qu’à le metteur en scène pour le film de Del Toro et le genre en général.

Car oui, on est aussi venu pour voir de la baston XXL, et de ce côté-là on ne peut pas dire que DeKnight ait pris cet aspect à la légère : PACIFIC RIM UPRISING est très généreux en action et n’a rien à envier au premier en terme de destruction et d’affrontements. Si les héros n’affrontent les Kaijus que lors du dernier tiers, c’est pour mieux faire monter la tension lors des premières bobines et ainsi jouer sur l’attente, ce qui ne veut pas dire qu’il ne se passe rien avant ça. Les deux combats contre Obsidian Fury sont ainsi suffisamment impressionnants pour maintenir l’intérêt et l’attaque du Shatterdome permet au spectateur avide de destruction de patienter sans pour autant s’ennuyer avant le climax. Et contrairement à del Toro qui grillait presque toutes ses cartouches lors de l’incroyable scène à Honk Kong, DeKnight garde le meilleur pour la fin avec un très long climax destructeur et jouissif rempli de money shots qui donneraient presque une érection à Michael Bay, surtout que contrairement à celui du premier film le Kaiju final de PACIFIC RIM : UPRISING est vraiment impressionnant. C’est dans ces moments-là que DeKnight est le plus à l’aise, quand il s’agit de mettre en scène des combats titanesques sans jamais oublier de jouer sur les différentes échelles et en mettant constamment en valeur ses combattants, qu’ils soient Kaijus (l’apparition du Kaiju final, iconique comme pas possible) ou robotiques.

On pardonnerait donc presque le pas en arrière en terme de direction artistique (DeKnight n’est pas un manche mais n’a pas le sens de l’image du Mexicain) même si de nombreux éléments sont repris du premier opus (les hologrammes et tout ce qui touche à la technologie en général, le directeur de la photographie Dan Mindel qui réutilise une partie de la palette chromatique de Guillermo Navarro sur pas mal de scènes) et une direction d’acteurs encore une fois inégale : Scott Eastwood fait ce qu’il peut mais reste assez fade, Boyega se croit parfois dans STAR WARS à faire tout d’un coup des blagues pas drôles, et tous les seconds rôles sont globalement assez mal joués. Reste la petite nouvelle Cailee Spaeny, très convaincante dans un rôle très (voire trop) similaire à celui de Mako. Au final PACIFIC RIM : UPRISING pourra apparaître comme une version light et sans saveur du premier film, un blockbuster sans grande ambition de plus n’ayant pour seule vocation que de divertir. Mais n’était-ce pas l’objectif premier de del Toro en 2013 : faire un film live sur des robots qui se battent contre des monstres géants ? Si PACIFIC RIM : UPRISING manque peut-être d’un supplément d’âme et n’a pas le cœur du film de del Toro, la faute à des arcs narratifs moins forts, il n’en reste pas moins tout aussi généreux et respectueux de son public.

Antony Portier